Les principes d'intégrité

Lorsqu'il est question de sécurité nationale, on n'arrive... (Archives, La Tribune)

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Lorsqu'il est question de sécurité nationale, on n'arrive même pas à obtenir de nos propres autorités les réponses qu'on voudrait de nos puissants voisins.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Soyons réalistes, les gardiens de la frontière américaine n'allaient tout de même pas admettre un abus de pouvoir, avouer qu'une malencontreuse erreur de jugement a empêché Yassine Aber d'aller compétitionner à Boston avec son équipe d'athlétisme de l'Université de Sherbrooke.

L'Agence des services frontaliers du Canada ne désavoue pas son personnel publiquement. Si un douanier canadien juge qu'il a des motifs valables pour interdire à un étranger d'entrer au pays, à moins que cette décision soit jugée abusive par un supérieur consulté au besoin, la décision s'applique sur-le-champ et elle est défendue par l'organisation. D'accord ou pas.

J'ai reçu une courte réponse de la direction des U.S. Customs and Border Protection à propos du cas de l'athlète sherbrookois refoulé jeudi dernier au poste principal de Derby Line. Pour des complications survenues au Vermont, la réponse m'est parvenue de Los Angeles.

« Notre organisation applique les plus hauts standards de professionnalisme, d'éthique morale et de respect. Chaque jour, nous contrôlons 1,2 million de voyageurs. Notre personnel accomplit son travail avec vigilance, en se référant aux lois, sans discrimination religieuse, de race ou d'orientation sexuelle. L'intégrité est le fondement de notre travail », a émis comme brève déclaration Jaime Ruiz, haut responsable du bureau des communications des services frontaliers américains.

C'est assez standard comme réponse. Peu éclairant, même. Il faut cependant reconnaître objectivement que nos propres organisations se limitent à ces principes généraux lorsqu'elles sont questionnées sur les contrôles de sécurité exercés au Canada.

De la référence au respect des différences, dont celles de la religion, on décode par contre que les autorités américaines rejettent toute critique à l'effet que Yassine Aber a été le seul des sept athlètes à avoir été longuement interrogé du seul fait qu'il est de confession musulmane.

Rappelons que les douaniers américains ont titillé sur des liens que M. Aber a entretenus dans le passé, ne furent-ils qu'indirects et passagers, avec l'un des trois Sherbrookois qui se sont radicalisés et auraient joint les rangs de l'État islamique.

Impossible de questionner plus à fond là-dessus, de demander pourquoi a-t-on exigé du jeune Estrien né au Canada une prise d'empreintes digitales. Comme c'est le cas au Canada, les services frontaliers américains invoquent les politiques de confidentialité auxquelles ils sont assujettis pour justifier leur refus de traiter de cas particulier.

On n'est guère plus avancés, on n'a pas la moindre idée du nombre de dossiers d'Estriens possiblement « contaminés » dans les registres informatisés qui apparaissent sous les yeux de douaniers américains dès qu'ils scannent un passeport canadien. La seule preuve obtenue à travers ces maigres réponses, c'est que l'Université de Sherbrooke perdrait son temps à partir en croisade pour réclamer davantage de justifications quant au traitement infligé à son athlète de pointe.

Au fait, avez-vous déjà cherché à savoir ce que nos propres douaniers voient de nous à partir du passeport confirmant notre citoyenneté canadienne? Faites le test au retour de votre prochain séjour aux USA, demandez à voir les informations inscrites à votre dossier. On aura tôt fait d'invoquer la sécurité nationale pour refuser de vous les montrer. Si vous vous montrez trop insistant, vous repartirez escorté par un agent de la SQ ou de la GRC.

Il est donc illusoire d'espérer la transparence la plus totale de nos voisins américains, de croire qu'ils justifieront la valeur du profil qu'ils tracent de nous à partir de données récoltées, recoupées et fichées grâce aux balayages effectués par des ordinateurs ultras sophistiqués.

Je vous renvoie une fois de plus aux dénonciations du « traître » Edward Snowden. Replacez dans le contexte de notre sujet d'aujourd'hui un autre passage de ce film dont je vous ai récemment parlé, soient les propos qu'auraient tenus l'un des supérieurs de Snowden à l'Agence américaine du renseignement : « Vos concitoyens américains se soucient moins de nos jours de liberté que de sécurité ».

L'intégrité de la réputation des individus a bien peu de poids par rapport à l'intégrité du territoire que les douaniers et les services de sécurité américains ont ordre de protéger. Cela ne veut pas dire qu'il faille accepter de subir toutes les injustices sans protester. Mais c'est une mentalité bien ancrée, qui existait avant l'arrivée de Donald Trump.

Intéressons-nous davantage d'ailleurs au projet de loi ayant cheminé de part et d'autre de la frontière depuis 2015, initié sous la présidence de Barrack Obama et le règne de Stephen Harper, qui proposerait des pouvoirs accrus pour les douaniers américains à l'aéroport Montréal-Trudeau. À ce qu'il paraît, les Canadiens seraient disposés à renoncer à l'intégrité territoriale même dans leur propre pays...




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