Les affaires d'abord

Non seulement le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a-t-il... (Archives, La Tribune)

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Non seulement le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a-t-il pris la défense de Yassine Aber, mais il est prêt si nécessaire à lui servir de chauffeur la prochaine fois qu'il aura à se rendre à une compétition sportive ou à un camp d'entraînement aux États-Unis. L'athlète de l'Université de Sherbrooke a été refoulé jeudi dernier au poste douanier de Derby Line se trouvant sur l'autoroute 91 à l'entrée du Vermont.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Donald Trump n'était pas encore installé à la Maison-Blanche que le Canada tout entier appréhendait les répercussions de son discours protectionniste. Un alligator ne fait pas le printemps, mais le vorace Trump n'a pas dévoré le premier ministre canadien lors de leur première rencontre officielle. Pour avoir déjà vu des brochets avaler des canards tout rond, un huard ne ferait pas long feu dans la gueule d'un crocodile.

Mais non, pas de saute d'humeur. Pas la moindre agressivité.

« La relation qu'on a avec le Canada est remarquable », a même gentiment relevé le nouveau président américain.

La relation d'affaires, on s'entend. Car, si la fluidité des marchandises ne semble pas en danger, on ne peut en dire autant de la libre circulation des personnes. De nos concitoyens canadiens sont taxés de préjugés en tentant de se rendre aux États-Unis. Or, MM. Trump et Trudeau ont l'un comme l'autre ignoré les récents accrocs aux relations de bon voisinage.

Non seulement le sprinter Yassine Aber a-t-il été refoulé jeudi dernier au poste de Derby Line de l'autoroute 91 alors qu'il était en route vers Boston avec son équipe sportive de l'Université de Sherbrooke, il a été invité à fournir des empreintes digitales au cours d'un long interrogatoire de cinq heures.

« Là, on entre dans une autre réalité. Que Justin Trudeau cesse de répéter que les Canadiens ne sont pas affectés », a martelé le chef du NPD, Thomas Mulcair.

Conscient que la colline parlementaire serait déserte parce que la presse nationale était monopolisée pour le voyage de M. Trudeau à Washington, M. Mulcair est venu à Sherbrooke pour s'insurger du silence du premier ministre face à la « discrimination religieuse ».

Les douaniers américains ayant interrogé M. Aber se sont préoccupés de ses liens passés avec Samir Halilovic, l'un des ex-étudiants de l'Université de Sherbrooke ayant quitté le pays en 2014 pour rejoindre l'État islamique, parce que ces deux jeunes auraient été photographiés lors d'un mariage.

« Nous étions des connaissances, sans plus. J'ai voyagé depuis aux États-Unis, j'ai participé à des camps d'entraînement là-bas et ça n'avait auparavant jamais posé de problème », a rapporté Yassine Aber.

L'un des membres de l'équipe du député fédéral Pierre-Luc Dusseault, Harun Jarasevic, est aujourd'hui parmi ceux qui se demandent si le même mur vient de se dresser devant lui à la frontière.

« Plusieurs jeunes de Sherbrooke, des camarades de classe du secondaire, du collégial ou pendant leurs études universitaires, ont côtoyé l'une ou l'autre des personnes qui sont parties. Or, c'est inacceptable que les douaniers américains fassent de la culpabilité par association. Dans une société de droit, ce n'est pas ainsi que ça fonctionne », dénonce M. Dusseault.

Thomas Mulcair va jusqu'à se proposer comme chauffeur pour conduire l'athlète universitaire à sa prochaine compétition aux États-Unis.

« C'est abominable que des citoyens canadiens reçoivent un pareil traitement à la frontière et il est du devoir du premier ministre Trudeau de se tenir debout pour dénoncer le comportement de l'administration américaine et du président Trump », a-t-il insisté.

Des attaques que M. Mulcair poursuivra avec des crocs acérés au retour du premier ministre à la Chambre des communes.

« Qu'un chef fédéral se déplace à Sherbrooke pour renforcer le message qu'on entend un peu partout au pays, c'est apprécié. Je ne m'attendais pas nécessairement à ce que le premier ministre interpelle M. Trump sur la question. Soyons francs, nous ne sommes pas des acteurs de premier plan dans la diplomatie canado-américaine. Mais il faudra aussi employer tous les moyens auprès de nos instances pour que cette situation fâcheuse se produise le moins souvent possible et pas seulement ici, mais pour toutes les universités du pays », a pour sa part commenté le vice-recteur aux affaires gouvernementales de l'Université de Sherbrooke, Alain Webster.

La direction de l'UdeS est parfaitement consciente que si Yassine Aber a été étiqueté par les services de renseignement américain, d'autres membres de la communauté universitaire sherbrookoise sont susceptibles de vivre les mêmes complications à la frontière.

Le Consulat général des États-Unis à Montréal a été informé des motifs de ce refoulement au poste de Derby Line. Daignera-t-on nous rappeler pour nous dire s'il était justifié? Je ne gagerais pas là-dessus.

J'ai acheminé un courriel aux relations publiques des U.S. Customs and Border Protection avec le même espoir contenu. Notre premier ministre ayant lui-même éludé la question, pas sûr que les dirigeants des services frontaliers américains vont s'empresser de nous répondre. D'autant que l'Université de Sherbrooke n'a pas reçu un seul appel de la part de journalistes américains.

Au pays de Donald Trump, l'humeur des Canadiens ne préoccupe personne.

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