L'exil sans préavis

Même après s'être rendu en Turquie, le reporter... (Photo fournie par Télé-Québec)

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Même après s'être rendu en Turquie, le reporter Raed Hammoud a retrouvé des traces du passage, mais pas d'indices pouvant le conduire à son ami Youssef Sakhir ou à l'un des autres Sherbrookois qui se seraient joints à l'État islamique.

Photo fournie par Télé-Québec

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Avant de s'aventurer dans des zones périlleuses du Moyen-Orient, Raed Hammoud a demandé à ses parents libanais établis à Montréal comment ils auraient réagi en apprenant qu'il voulait devenir soldat de Daech.

« Nous serions devenus fous », répond sa mère.

« On aurait tout fait pour te ramener ici parce que tu aurais fait fausse route », enchaîne son père.

Dès lors, quiconque a des enfants en âge de s'exiler sur un coup de tête se met dans la peau des parents de Youssef Sakhir, de Zakria Habibi et de Samir Halilovic, les trois Sherbrookois disparus depuis l'automne 2014.

Diplômé en sciences politiques de l'Université de Sherbrooke, recherchiste à la radio de Radio-Canada, Raed Hammoud s'est livré à des recherches fouillées pour essayer de comprendre les motivations soudaines ayant poussé son camarade Youssef Sakhir à se radicaliser, puis à disparaître. Malgré un travail structuré et une détermination hors du commun, l'auteur du documentaire T'es où Youssef?, présenté à l'antenne de Télé-Québec, n'est pas parvenu à percer le mystère.

L'examen des faits est interprété avec une certaine partialité, l'auteur du documentaire avouant avoir déjà été plus assidu et plus engagé que son compagnon dans la prière.

« À ce moment-là, tu voulais que je me voile... » lui rappelle même sa maman.

C'est le genre de réplique qui aurait été coupée au montage s'il y avait eu intention de manipuler. C'est à mes yeux gage d'intégrité de l'auteur.

Si l'assassin présumé à la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, a été décrit comme un homme isolé et renfermé, il en serait autrement des Sherbrookois dont les motivations ont été scrutées à la loupe. Doués, studieux et charismatiques, ces trois jeunes étaient semblent-ils inspirés et inspirants.

C'est à travers les contacts qu'ils entretenaient sur le campus qu'ils auraient tissé des liens avec Assane Kamara, un quatrième étudiant de l'UdeS ayant été soupçonné d'intentions terroristes une fois rentré dans son pays, le Sénégal.

Durant les entrevues réalisées en Estrie, Raed Hammoud a recoupé les informations portant à croire qu'un nid de radicalisation avait existé à Sherbrooke.

« C'est vrai. On ne va pas nier que Sherbrooke avait sa part dans les événements du radicalisme. Après les départs des jeunes, nous avons toutefois pris des dispositions, dont celle d'interdire les rassemblements à l'intérieur comme à l'extérieur de la mosquée, avant et après la prière, de manière à de ce que des intrus ne puissent plus avoir de mauvaise influence », commente dans le reportage un ancien président de l'Association islamique de l'Estrie, Mohamed Kouna.

Un manque de vigilance est également reconnu par Abdelilah Hamdache, un chargé de cours de l'UdeS ayant effectué des prêches et rencontré en privé les jeunes en cavale.

« Samir et Zakria, je les connaissais depuis qu'ils étaient des enfants. Ils ont grandi devant moi... C'était la surprise d'abord, et un remord de conscience ensuite parce qu'en tant qu'adultes, on a peut-être laissé ces jeunes à des malveillants », confesse M. Hamdache.

Cela dit, aucune influence directe de représentants de la communauté islamique estrienne n'est démontrée dans le documentaire.

Pensez-vous qu'en interviewant toutes les personnes qu'Alexandre Bissonnette a rencontrées au cours de la dernière année à Québec on arrivera à trouver celui ou celle qui aurait programmé ce sombre dessein dans son cerveau?

Le documentaire de Raed Hammoud ne répond pas à toutes les questions, mais il apporte un éclairage supplémentaire très intéressant. Si vous l'avez manqué, il sera présenté en reprise vendredi à 13 h et dimanche à 20 h.

*****

Puis-je aller écouter le documentaire avec vous, ai-je demandé à Shah Ismatullah Habibi, le père sans nouvelles de son fils Zakria depuis plus de deux ans.

« De nouveaux Sherbrookois nous arrivent cette semaine et j'ai tellement de travail que je ne pense même pas pouvoir le regarder en direct. Je vais l'enregistrer, mais je ne mise pas là-dessus pour apprendre du nouveau. Je ne passe pas mes journées à attendre le retour de Zakria. Si mon fils a fait ce choix, c'est le sien et seulement le sien », m'a répété le directeur général de l'Association éducative transculturelle de l'Estrie.

Tous les parents voudraient pouvoir convaincre leur enfant qu'ils sont dans l'erreur. Quand la distance persiste et le silence dure depuis aussi longtemps, on commence sûrement à se convaincre que ça n'arriverait jamais.

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