La prière dans la ferveur

A-t-on déjà reproché à Dom Minier ainsi qu'aux... (Archives, La Tribune)

Agrandir

A-t-on déjà reproché à Dom Minier ainsi qu'aux autres moines de Saint-Benoît-du-Lac de louanger leur Dieu avec trop de ferveur? On convient plutôt que leurs chants grégoriens élèvent l'âme et qu'en plus de la spiritualité, ces cantiques ont une valeur artistique. Les prières musulmanes à la mémoire de victimes de la grande mosquée de Québec ressemblaient à une messe à l'Abbaye.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / En 2006, la première fois que j'ai mis les pieds à la mosquée de Sherbrooke pour assister à la prière du vendredi, j'étais en mission : décris-nous l'atmosphère, rapporte-nous le prêche de l'iman, dis-nous si la façon dont les choses se passent de l'intérieur a de quoi nourrir des craintes à l'extérieur.

Je n'ai pas été seulement spectateur, cette semaine, durant la Salat Janaza, la prière islamique des rites funéraires que des millions d'autres Québécois et Canadiens ont également aussi pu voir à la télé, en hommage à des victimes de l'attaque gratuite et sans fondement contre des membres de la communauté musulmane.

Les émotions traversaient l'écran, on sentait le courant passer « du coeur vers le coeur », pour reprendre les propos de l'un des porte-parole de la communauté musulmane de Sherbrooke, Mohamed Golli.

« De voir le maire de Québec pleurer, d'entendre les paroles senties et bien choisies des premiers ministres Trudeau et Couillard, c'était des moments forts et percutants. C'était l'expression du désir de s'unir pour accomplir, de resserrer la volonté humaine ayant mené à tant de réalisations à travers les siècles », retient M. Golli des cérémonies des deux derniers jours.

Parfaitement d'accord.

On aurait aimé mieux que cette chaîne humaine se forme en d'autres circonstances, sans que des familles aient à subir la perte de leurs proches. Il faudra se rappeler notre devoir de mémoire les jours où des portes bloqueront l'ouverture aux différences.

Avez-vous, comme moi, été touché par l'intensité des prières des musulmanes? C'est le jour et la nuit avec le ton monocorde de nos célébrants catholiques et les prières répétées du bout des lèvres et sans trop de conviction par les pratiquants.

Il y a bien eu certains efforts pour tenter de raviver la flamme de la piété au Québec. Lorsque le catholicisme s'est retrouvé en perte de vitesse, la prière à gogo est entrée dans nos églises. Sans verser dans le Gospel, on a voulu rendre le cantique plus moderne et plus joyeux. Chanter des louanges à Dieu au lieu de seulement les réciter. Cette mode n'a pas duré.

Par ailleurs, quand on ne connaît pas la langue, qu'on ne saisit rien du message, on s'attarde à la forme plus qu'au fond. En plus d'être intense, à l'oreille, la prière musulmane est plaintive. Dans les reportages, les documentaires ou dans les films, les quelques secondes qu'on entend du minaret sonnant l'heure du rassemblement nous paraissent larmoyants, insistants.

Se peut-il que nos repères face à une Église assez pépère teintent nos perceptions et alimentent nos peurs face à une religion suscitant autant de ferveur?

Faut se rappeler alors que « l'exotisme de la chrétienté », c'est une messe catholique à l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. Les chants des moines en grégorien, les incantations dans chaque nuance de leurs voix, leur ferveur, leur intensité qui touche le coeur et élève l'âme. Outre la spiritualité, on leur reconnait une valeur artistique. C'est plus apaisant qu'inquiétant.

Les rockeurs d'Offenbach ne sont pas seulement passés à l'oratoire Saint-Joseph, ils sont déjà venus s'inspirer de la musique grégorienne à Saint-Benoît-du-Lac. Sans pour autant que l'on ait pensé que le défunt Gerry Boulet et ses comparses songeaient à porter la soutane pour devenir les messagers de Dieu!

Un acte violent et sans fondement a été perpétré dimanche dernier à la grande mosquée de Québec. On n'a cessé de le répéter cette semaine. Pas mal plus de gens équilibrés l'ont dénoncé qu'il y a eu de radicaux pour l'applaudir. Malheureusement, c'est de cette minorité que pourrait provenir le prochain illuminé qui sera tenté de prendre les armes pour imposer son propre code de valeurs.

Après la compassion et le soutien moral exprimés, qui s'imposaient dans les circonstances, nos dirigeants politiques sont investis de la mission de nous amener plus loin. Pendant que Donald Trump bâtit son mur à la frontière du Mexique, de ce côté-ci de la frontière, employons-nous à faire tomber les barrières.

La toute première est bien entendu celle de l'emploi. Si les musulmans et tous les autres immigrants sont des citoyens à part entière, ils ont aussi droit à une pleine reconnaissance de leurs compétences sur le marché du travail. L'emploi est le plus grand facteur d'intégration.

La publication en cours d'année des statistiques détaillées du recensement de 2013 mettra les données à jour, mais on retrouvait à Sherbrooke en 2011 deux fois plus de détenteurs de baccalauréats et autres diplômes d'études supérieures que chez les non-immigrants. Le ratio est de pratiquement trois pour un en se limitant aux immigrants arrivés dans la région au cours des dix dernières années.

Est-il normal que la tendance soit toujours l'inverse pour l'emploi? Le taux de chômage demeure deux fois plus élevé chez les immigrants que chez les Sherbrookois en général. C'est la situation dans la plupart des régions du Québec.

On en parle depuis longtemps et ça prendra plus que des prières pour atteindre l'équité et l'égalité.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer