La détresse et les armes

Le directeur du Service de police de Sherbrooke,... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Le directeur du Service de police de Sherbrooke, Dany McConnell, est d'avis que les résultats positifs obtenus avec l'équipe d'interventions psychosociales peuvent mener à une collaboration plus large en matière de santé et de sécurité. Selon  lui, la vigilance face aux armes à feu peut et doit notamment être améliorée.

Spectre Média, Frédéric Côté

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / On savait que la recette était gagnante avec les résultats probants obtenus dans la lutte contre les groupes criminalisés. La fréquence et la portée des frappes contre les motards ont augmenté en Estrie après avoir réuni des effectifs de différents corps policiers au sein de l'escouade régionale mixte.

L'équipe mobile d'intervention psychosociale (ÉMIP) jumelant des policiers à des travailleurs de la santé à Sherbrooke repose sur la même formule. À la différence que les équipiers proviennent d'univers totalement différents.

L'expérience n'est vieille que de six mois et les résultats positifs sautent aux yeux.

Pas mal de bombes ont été désamorcées. Sur 52 quarts de travail, ces ressources mixtes sont intervenues auprès de 163 personnes suicidaires. Il y a eu 497 cas de santé mentale. Avec une moyenne de trois appels de détresse profonde par quart de travail et de pratiquement 10 cas de citoyens troublés, il est très approprié qu'une travailleuse sociale franchisse la porte en même temps qu'un policier.

La complémentarité au sein de ces tandems rend une investigation médicale possible avant même qu'un policier ait sorti son calepin pour prendre les notes qui seront consignées dans son rapport d'événement. Ah tiens, la personne chez qui nous nous rendons a des antécédents en psychiatrie, a notamment relevé la travailleuse sociale Sylvie Desautels en consultant son portable à bord de la voiture de patrouille durant l'une de ces interventions. Les mandataires du réseau de la santé ont accès aux archives médicales, pas les policiers.

À l'opposé, dès qu'il perçoit chez une personne le moindre signe que sa rage ou sa colère peut la pousser à s'en prendre violemment à autrui, le policier peut rapidement vérifier s'il est en présence d'un individu détenant un permis pour posséder une arme à feu. Ce ficher national existe toujours et il est à jour, au Québec comme ailleurs au pays. Les médecins et autres professionnels de la santé ne sont toutefois pas autorisés à le consulter.

Après l'attentat à l'aéroport de Fort Lauderdale, après que le frère de l'auteur présumé eut dénoncé le laxisme des autorités, qui auraient pu et dû lui retirer ses armes après son hospitalisation en psychiatrie, j'ai cherché à savoir s'il existait un pont plus efficace au Québec entre le personnel soignant et les policiers. Pas vraiment.

La Sûreté du Québec a procédé l'an dernier à 487 saisies préventives d'armes à feu dans toute la province, dont 25 en Estrie. C'est très peu par rapport aux cas potentiellement explosifs signalés chaque jour. On n'a pas pu me préciser à la SQ si certaines de ces saisies préventives découlaient d'une alerte lancée par un professionnel de la santé.

Le Service de police de Sherbrooke (SPS) ne tient pas de données spécifiques là-dessus. Les saisies préventives comptabilisées peuvent aussi bien être celle d'une arme à feu que celle d'une corde à danser sortie du domicile d'une personne ayant des pensées suicidaires.

Le directeur du SPS, Dany McConnell, admet sans réserve qu'une gestion d'information plus efficace est souhaitable. Selon lui, cela est possible sans enfreindre les règles de confidentialité.

« Ce clivage doit tomber. Cela a été d'ailleurs la prémisse de notre collaboration avec les responsables de la santé. Suivant des protocoles bien précis, le partage de l'information est possible pour offrir une réponse optimale lorsque nous nous retrouvons en présence de gens vulnérables ».

Le directeur McConnell voit dans cette première démarche conjointe, l'amorce d'une collaboration plus large et plus soutenue en matière de santé et de sécurité.

« Notre discussion, en fait tout questionnement public sur le sujet est positif, car il est susceptible d'éveiller le réflexe des médecins de venir vers nous. Ces derniers ont l'obligation légale de nous informer seulement s'ils sont appelés à soigner un patient blessé par balle. Autrement, c'est selon leur jugement. Je n'ai pas souvenir que nous soyons intervenus pour des armes à feu sur la recommandation d'un médecin. Un jour, je pense que nous irons plus loin. J'en suis même persuadé », entrevoit le directeur du SPS.

« Je ne pourrais vous dire si des signalements médicaux ont été effectués aux policiers de l'Estrie et combien de fois cela a été fait. Par contre, ce n'est pas une pratique systématique. Sûrement qu'on peut réfléchir à la question », répond la directrice des services généraux du CIUSSS-CHUS de l'Estrie, Lyne Cardinal.

Plus la réponse des premiers intervenants sera adéquate, plus les informations liées à la sécurité comme à la santé seront justes et éclairantes. En autant qu'on apprenne aussi à mieux les utiliser.

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