Deux maires, une réalité

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Bien que la division soit bien affirmée au sein du conseil municipal, le maire Bernard Sévigny se dit satisfait de la dernière année.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Les conseillers dissidents lors de l'adoption du budget 2017, lundi soir, auraient voulu accorder un répit aux Sherbrookois. C'est vrai, un gel de taxes aurait été possible, mais il n'aurait pas été sans conséquence, ont réagi le maire Bernard Sévigny et son bras droit Serge Paquin.

Le dernier gel de taxes à Sherbrooke remonte à 2005, année du premier rendez-vous électoral de Jean Perrault et des autres élus qui avaient pris les commandes de la ville unifiée. Tous les propriétaires n'avaient pas été épargnés puisque près du tiers des contribuables (principalement à Saint-Élie et Deauville) avaient encore un bras dans le processus d'harmonisation des taxes qui leur imposait un rattrapage de 5 % par année.

La précarité des finances municipales (voir tableau) a cependant vite rattrapé M. Perrault au cours de son dernier mandat à la mairie. Les augmentations de taxes de 2007 et 2008 ont été particulièrement salées.

Le conseiller Jean-François Rouleau, qui a reproché cette semaine au maire Sévigny d'avoir présenté un budget « bâclé », a été solidaire de toutes les ponctions fiscales de l'ère Perrault.

« Au-delà des taxes et de l'inflation, quand viendra le moment de comparer deux époques et deux maires, on comparera leur héritage. On verra lequel a fait avancer Sherbrooke et lequel l'a fait reculer » répond M. Rouleau.

À l'opposé, alors qu'elle fut réfractaire aux acquisitions pour la Cité des rivières, la conseillère Diane Delisle, aujourd'hui membre du parti du maire, appuie sans réserve les investissements majeurs dans Well Inc.

« Sous M. Perrault, la Ville avait mal joué ses cartes en négociant avec les propriétaires alors qu'ils connaissaient nos intentions. Nous avons évité toute surenchère en procédant aux acquisitions sur Wellington Sud avant d'annoncer le projet. De plus, les 15 M$ qui sont aujourd'hui investis dans nos rues collent aux priorités des gens », se justifie Mme Delisle.

« La solution magique n'existe pas, c'est en planifiant sur du moyen terme, comme dans une entreprise, qu'on parvient à changer les choses » enchaîne Robert Pouliot, un autre qui prenait régulièrement ses distances il y a dix ans et qui est aujourd'hui solidaire de son chef de parti.

Dix des 19 membres du conseil municipal actuel ont siégé avec les maires Sévigny et Perrault.

« Oui, avec l'augmentation de la tarification sur l'eau, la facture de taxes grimpera de 1,84 %. Mais comme il s'agit d'une taxe dédiée, calculée en fonction du coût réel de la distribution de l'eau, c'est dire que la Ville parviendra à financer tous les autres services municipaux avec la seule ponction supplémentaire de 1,44 % sur le taux foncier. Sans les économies découlant du plan d'optimisation, cela aurait été impossible », fait valoir la conseillère Chantal L'Espérance qui siège à l'exécutif.

Lors de son premier mandat, Bernard Sévigny est presque parvenu à superposer la courbe de taxation à celle de l'inflation. Cet effort n'a pas résisté au temps.

« Plusieurs tuiles nous sont tombées sur la tête du temps de M. Perrault, mais nous n'avions jamais encaissé un coup dur comme les impacts simultanés des caisses de retraite, la baisse des profits d'Hydro-Sherbrooke et la réduction des compensations gouvernementales. J'accepte les critiques, j'ai cependant le sentiment que nous avons fait nos devoirs », argue le grand argentier Serge Paquin.

« Les déficits des caisses de retraite ont commencé sous M. Perrault, mais la claque c'est moi qui l'ai mangée. Qu'on ait pu, en dépit de cela, multiplier par quatre les sommes consacrées à nos rues, je vis très bien avec nos choix », renchérit le maire Bernard Sévigny.

Les déboursés municipaux pour les caisses de retraite ont été de 2,5 M$ dans le budget 2009, le dernier de Jean Perrault. Ils ont grimpé à 9 M$ deux ans plus tard et seront encore supérieurs à 10 M$ cette année.

« J'ai souvent dit qu'il fallait mieux contrôler la rémunération et j'ai aussi hâte que tous les citoyens qu'on y parvienne. En même temps, quand on regarde la croissance de la population ainsi que la croissance économique de Sherbrooke depuis dix ans, on ne doit pas faire que des mauvais choix » pondère Julien Lachance, qui représente le secteur Saint-Élie depuis 2002.

« Je n'ai jamais été favorable aux gels de taxes. Les appels que je reçois ne sont pas des plaintes là-dessus. Les gens me demandent des améliorations pour les patinoires, les parcs ou l'entretien des rues. La comparaison a été déjà faite, mais il faut la répéter : les dépenses de cellulaires, de câble ou d'internet augmentent beaucoup plus rapidement que les taxes municipales, qui financent pourtant des services importants comme la police, les pompiers, le transport ou le loisir » commente à son tour la représentante de Brompton Nicole Bergeron.

À 11 mois du rendez-vous électoral, Bernard Sévigny est serein. Même s'il sait pertinemment que s'il obtient en novembre prochain un troisième mandat, il le passera à l'intérieur du même carcan financier puisque les caisses de retraite continueront à drainer 10 M$ dans chaque budget pour quelques années encore.

« Le soleil va réapparaître en 2021 et quelqu'un d'autre que moi en profitera... » badine-t-il.

Les mots taxes et inflation ne réapparaîtront donc pas dans la même phrase lorsque le maire Sévigny nous déballera ses engagements électoraux au cours des mois à venir.

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