Pour que tout soit accompli

L'archevêque du diocèse de Sherbrooke, Mgr Luc Cyr,... (Spectre média, René Marquis)

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L'archevêque du diocèse de Sherbrooke, Mgr Luc Cyr, juge que l'assistance qu'a reçue l'ex-infirmière Suzanne Nadeau-Whissell  pour mettre fin à ses souffrances est une forme d'euthanasie. Mgr Cyr et la théologienne Micheline Gagnon, agente de pastorale pour le support aux ainés et aux malades, ont expliqué sur quoi reposent leurs réticences face à l'aide médicale à mourir, qu'a demandée et obtenue Mme Nadeau-Whissell.

Spectre média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) Les mots d'adieu de Suzanne Nadeau-Whissell  parus dans notre édition de mardi me remuent encore. Son désir de passer un dernier Noël avec les siens a été compromis par les ravages de sa maladie, la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Elle n'en pouvait plus de souffrir, de voir « la vie qu'elle avait jadis trouvée si belle, devenir si laide ».

Ses proches l'ont appuyée jusqu'à la fin, y compris dans sa décision de recourir à l'aide médicale à mourir plutôt que d'aller vers les soins palliatifs. Une préférence que cette ancienne infirmière a exprimée lucidement et sereinement, sans jamais dénigrer le travail des équipes spécialisées qu'elle avait côtoyées. Au contraire, elle s'est employée à promouvoir l'élargissement des soins de fin de vie en milieu institutionnel comme à la maison.

Suzanne Nadeau-Whissell n'a pas cherché à nous orienter vers une seule voie. Elle s'est prévalue de la liberté de choix endossée par une forte proportion de Québécois. Avec une photo à la une de La Tribune et une page complète sous la plume de ma consoeur Sonia Bolduc, qui a agi à quelques reprises au cours de la dernière année comme porte-voix de la femme qui avait perdu l'usage de la parole, ses propos secouaient pour la peine.

Ils bousculaient notamment le discours religieux nous renvoyant à la seule volonté de Dieu.

« C'est sûr que ça donne beaucoup de place à toute la question de l'euthanasie, réalité qui est au coeur de nos débats de société... » a réagi Monseigneur Luc Cyr, le pasteur du diocèse de Sherbrooke qui m'a reçu à l'archevêché.

Sans doute venez-vous de commettre un lapsus, vous parlez bien de l'aide médicale à mourir...

« L'usage d'euthanasie est très volontaire. Des fois, on veut changer les mots pour mieux faire avaler la pilule, mais c'est un acte pour provoquer la mort ».

En une fraction de seconde, j'ai mesuré les 2000 ans qui nous séparent, Mgr Cyr et moi, sur le plan des croyances. L'archevêque s'est toutefois empressé de revenir dans le présent millénaire.

« On n'en est plus au Dieu interventionniste, ce n'est pas du tout ce dont il est question. Sans banaliser les choix individuels, l'Église maintient tout de même le grand principe que chaque personne est une histoire sacrée, que tout être mérite un accompagnement délicat et respectueux, avec la plus grande considération humaine. C'est cet aspect qu'on écarte souvent en présentant l'euthanasie comme une solution. Pourtant, quand on écoute les témoignages de parents d'enfants handicapés ou encore d'accidentés de la route dont la vie a basculé, ils décrivent la catastrophe qui était au départ appréhendée comme un cheminement, une adaptation qui fait grandir ».

En Estrie, l'aide médicale à mourir disqualifie-t-elle un chrétien de funérailles présidées par un prêtre?

« Non. Le respect dont je vous parle, il va jusqu'à accepter ce choix même s'il n'est pas celui que nous défendons », répond à ce sujet Mgr Cyr.

La théologienne Micheline Gagnon, agente de pastorale affectée au soutien aux aînés et aux malades, participe également à l'entrevue.

« On ne sait pas ce que l'inconscient porte. À la Maison Aube-Lumière, quelqu'un m'a raconté le cas d'une mère dont la vie s'est prolongée malgré l'augmentation des doses de morphine qui, normalement, auraient accéléré sa mort. Même inconsciente, et avec une douleur soulagée par la puissante médication, elle a résisté jusqu'à ce que tous ses enfants soient réunis. Ces histoires ne font pas la manchette, mais les soins palliatifs permettent une fin de vie humaine et sereine », ajoute-t-elle.

La croix à porter, la couronne d'épines, les trous dans les mains, tous ces symboles de l'Église catholique ne restent-ils accrochés au discours d'une rédemption qui passait par la souffrance?

« Il faut sortir des lectures fondamentalistes, des images d'une autre époque. Inspirons-nous du Jésus compatissant, qui était soucieux de la condition des malades, rappelons-nous que l'être humain a toujours été habité par le désir de vivre », argumente Mme Gagnon.

« Gardons la foi. Dans l'un des derniers numéros du National Geographic, on démontrait sur des bases scientifiques le lien entre l'équilibre d'une personne et ses croyances. Le National Geographic, ce n'est quand même pas une revue produite par les Jésuites! » renchérit Mgr Cyr.

« Tout est accompli », aurait lancé le Christ en croix avant de rendre l'âme et après avoir demandé aux chrétiens de marcher dans ses pas.

« Ma mission sur terre est terminée », a humblement dicté comme dernière phrase Mme Nadeau-Whissell, en nous invitant à poursuivre sa croisade afin que « tous (sans exception) puissent avoir droit un jour à une mort dans la dignité, où et comme on le désire ».

Convictions religieuses ou pas, les considérations humaines doivent effectivement être éternelles dans nos consciences. Sans quoi, y'a pas que la mort. Même la vie perd un peu de son sens.

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