Le voile de la honte

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Les dénonciations de femmes victimes de violence à caractère sexuel doivent continuer pour faire tomber le voile du déni, de la tolérance et de l'indifférence.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Pas question de laisser une femme portant un tchador prendre une craie et s'installer devant un tableau pour instruire nos enfants. Aux yeux de certains, elle pourrait les amener à accepter la discrimination. Pire, la soumission.

Le tchador est redevenu un enjeu électoral dans le cadre des partielles qui auront lieu dans quatre circonscriptions, lundi prochain. On le renverra dans la garde-robe, après.

On pourra alors parler d'autre chose. Comme de l'humiliante soumission appelée relations sexuelles non consentantes.

Quand on met bout à bout les témoignages de femmes autochtones, les statistiques révélant qu'une membre sur quatre des forces régulières de l'armée canadienne a subi l'insistance déplacée d'un confrère ou très souvent d'un supérieur hiérarchique, et qu'une proportion semblable de jeunes Québécoises a été victimes d'une agression sexuelle au cours de son enfance, force est d'admettre que notre portrait de famille est aussi sombre que l'uniforme noir que tiennent à porter certaines pratiquantes de l'Islam.

Comme père de deux jeunes femmes épanouies, ça me trouble de penser que mes filles ne sont qu'objets de désir aux yeux de mâles grossiers ou de ti-mononcles cochons qui, en certaines occasions, les suivent avec un regard envieux et pernicieux. Dieu merci, elles ont des chums plus intimidants que moi pour tenir les malappris à distance.

Sauf qu'encore là, pour une femme, la menace est constante. La vulnérabilité tient à un soir, à un lieu, à une rencontre qui finira dans la domination et par une agression.

J'entendais la ministre Marie-Claude Bibeau, il y a quelques jours, parler de l'insistance avec laquelle le Canada défend les droits et l'égalité des femmes à l'étranger. Allez Mme Bibeau, ne vous privez pas de semoncer en notre nom les hommes de pouvoir qui marchent sur les femmes. Nourrissez l'espoir d'un futur plus juste dans les pays rétrogrades chez les femmes qui sont encore opprimées.

Arrivera sans doute par contre le jour où la ministre Bibeau, son collègue Stéphane Dion ou le premier ministre Justin Trudeau sera confronté par des journalistes étrangers : les femmes du Nord abandonnées à leur sort, les combattantes que vous déployez dans des missions de paix pour aller défendre la liberté mais qui ne peuvent pas rentrer seules au terme d'une soirée de détente sans risquer d'être harcelées, ces étudiantes sur les campus qui sont les proies de gars éméchés, vous vous en souciez tant que cela?

Ça m'embarrasserait un peu d'avoir à répondre à cette question...

Je dirais qu'on essaie de faire plus, mieux, qu'il y a une réelle volonté de faire tomber le voile de la honte qui, durant plusieurs années, a masqué cette réalité. Le voile du déni, de la tolérance et de l'indifférence.

Je veux bien qu'on débatte sur le tchador. Pourvu qu'on n'en fasse pas qu'un symbole superficiel, qu'on ne s'en serve pas seulement comme propagande politique. Sans que cela surtout détourne nos regards de ce que nos femmes et nos filles subissent, endurent et portent malheureusement en elles dans plusieurs cas, c'est-à-dire un lourd secret les rendant prisonnières des années durant.

Tant qu'à aborder la question, revenons sur les statistiques de 2012 qui plaçaient Sherbrooke au deuxième rang au Québec pour la prévalence des crimes à caractère sexuel contre des enfants. De quoi embarrasser encore plus la ministre Bibeau à l'étranger puisqu'une partie de son électorat est constitué de Sherbrookois. De tripoteurs et de jeunes tripotés.

Les analyses de criminalité n'étant plus produites de la même façon par Statistique Canada, il est difficile d'établir des comparables depuis. Sauf que les 2800 signalements de mauvais traitements reçus au cours de la dernière année par la DPJ de l'Estrie (hausse de 1,2 pour cent) ainsi que la revue judiciaire de 2016 (qui rappellera les cas de pédophilie ou de pornographie juvénile) ne suggéreront pas une amélioration.

Nos femmes, nos filles et nos enfants sont encore trop souvent victimes d'une liberté qui leur est volée. « Le mouvement des agressions non dénoncées en 2014, les nombreux témoignages qui ont suivi, les résultats d'enquêtes publiés cette année, la nouvelle politique du gouvernement québécois, la prise de conscience est plus forte et la volonté d'agir plus soutenue. C'est un long combat à mener pour changer les comportements et les perceptions, mais qui prétendra aujourd'hui que l'offensive contre l'alcool au volant n'a rien changé chez les conducteurs », trace comme parallèle la professeure Geneviève Paquette de l'Université de Sherbrooke, membre de l'équipe ayant produit L'étude sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire.

Aujourd'hui, demain, l'an prochain, il faut tous admettre que ça ne peut plus durer.

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