Un record de contradictions

Le maire Bernard Sévigny peut s'estimer chanceux d'avoir... (Archives, La Tribune)

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Le maire Bernard Sévigny peut s'estimer chanceux d'avoir en face de lui une opposition peu alerte et désorganisée, car il aurait pu sortir de la dernière séance du conseil municipal pas mal plus amoché à cause d'une gestion brouillonne d'un contrat d'ingénierie.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Les membres du conseil municipal de Sherbrooke ont établi au cours de la séance publique de lundi soir dernier un record de contradictions.  J'aurais pu vous en présenter plusieurs autres, mais voici les plus frappantes.

1. Les employés plus heureux que les patrons

Le refus de quatre conseillers municipaux d'approuver le projet d'entente avec les cadres et les cols bleus fait en sorte que la nouvelle convention prévoyant des hausses salariales de 2 pour cent par année pendant cinq ans a été approuvée à 94 pour cent par les syndiqués, mais à seulement 80 pour cent du côté patronal. Si les deux autres conseillers ayant exprimé des réserves avaient aussi voté contre, les appuis aux négociateurs de la Ville auraient chuté autour de 60 pour cent.

Est-il nécessaire de délibérer plus longtemps pour déclarer un gagnant?

2. L'équité et la courbe de l'inflation

Julien Lachance, l'un des conseillers dissidents face aux offres que les cols blancs viennent à leur tour d'accepter, s'est montré agacé que la Ville augmente les salaires de 2 % cette année alors que le taux d'inflation est à seulement 0,6 %.

Il n'a aucunement été mention durant les échanges que les élus ont eu droit cette année à une hausse salariale de 1,5 %, deux fois supérieure donc à l'indice des prix à la consommation. C'est la faute du gouvernement provincial, qui fixe la cadre de rémunération des élus municipaux dans tout le Québec...

Au moins, le maire et les conseillers ont la décence de ne pas se plaindre d'un manque d'équité par rapport aux employés municipaux!

3. Anticiper sans savoir

La conseillère Hélène Dauphinais, qui se montre souvent pointilleuse sur les dépenses municipales, n'avait pas saisi que l'anticipation des hausses de salaire dans les provisions budgétaires des deux dernières années annonçait une intention bien arrêtée de la Ville.

« Moi, 2 %, ça m'apparaissait comme le maximum qu'on allait peut-être atteindre, mais que peut-être on n'atteindrait pas non plus ».

La première convention collective avec ce cadre salarial, celle des employés d'Hydro-Sherbrooke, a été signée à l'été 2015. Dès lors, le maire Sévigny a admis publiquement qu'il ne comptait pas offrir moins aux autres groupes. C'est pourquoi d'ailleurs une autre provision de 2 % a été ajoutée pour 2016 à la masse salariale, le plus important poste budgétaire de la Ville. Difficile de plaider l'ignorance.

4. Prière de vous retirer, Madame

Le directeur de cabinet de la mairie, Étienne Vézina, a-t-il manqué de tact en invitant la conseillère Annie Godbout à quitter avant le début d'une rencontre à l'hôtel de ville avec de jeunes entrepreneurs qui avaient été invités à une discussion « sans filtre » avec Bernard Sévigny?

Si l'on convient que le chef d'un parti municipal qui détenait 10 des 20 votes à l'hôtel de ville depuis l'élection de 2014 (9 maintenant que Serge Paquin a quitté) peut se comporter comme un chef de gouvernement, on reconnait que le maire a des prérogatives s'apparentant à celles d'un premier ministre. Jean-François Lisée ou François Legault n'obtiendrait pas beaucoup de sympathie si l'un d'eux se plaignait d'une manque de considération à propos d'un différend semblable.

Par contre, le premier ministre Couillard serait assez mal vu d'écarter un de ses lieutenants économiques. Annie Godbout n'est évidemment pas ministre, mais c'est le maire qui l'a choisie en début de mandat pour siéger avec lui au conseil d'administration de Sherbrooke Innopole. Sous cet angle, ce n'est certes pas la meilleure façon d'encourager l'esprit d'équipe au conseil municipal.

5. La protection du grand frère

Sur le même dossier, Jean-François Rouleau a adressé des remontrances à la mairie en se faisant l'avocat d'Annie Godbout qu'il appuiera, n'en doutez point, si elle défie le maire sortant l'an prochain. Mauvaise stratégie.

Si tel était son désir, Mme Godbout aurait pu argumenter pour chercher à démontrer qu'elle peut tenir tête au maire. Une sortie du vétéran Rouleau en appui l'aurait mieux servie qu'une dénonciation par personne interposée pouvant laisser croire qu'elle est incapable de se défendre

6. Le manque de transparence reproché au maire

Le maire Sévigny est critiqué pour sa gestion de l'information, qui manquerait de transparence. Annie Godbout est de ceux qui s'en sont plaints.

M. Sévigny a coupé court en séance publique sur la transaction préparant l'arrivée de la multinationale Soprema dans le parc industriel de Sherbrooke. Mme Godbout n'a pas réagi.

Or, comme administratrice de Sherbrooke Innopole, elle aurait pu vanter l'efficacité de l'équipe de négociation, expliquer ouvertement que la réduction de 15 % du prix du terrain était nécessaire pour obtenir cet investissement d'une vingtaine de millions, parler du crédit de taxes rendant Sherbrooke concurrentielle, et faire valoir que les citoyens ont le discernement pour comprendre ces choix en autant qu'on leur donne de l'information.

Les principes de transparence d'Annie Godbout n'ont pas été plus manifestes que ceux du maire. C'est La Tribune qui a dévoilé ces informations passées sous silence au conseil.

7. Le « plat de bonbons » de l'ingénierie

Il a été pour le moins imprudent qu'une conseillère de l'équipe du maire, Christine Ouellet, parle « des professionnels ayant pigé dans le plat de bonbons » en référence à un contrat d'ingénierie que la Ville a mal géré et dont les dépassements de coûts ont été de 40 pour cent.

Les commandes des services municipaux allaient plus vite que l'addition des factures à la trésorerie, un laxisme administratif ayant profité à une firme s'étant déclarée coupable de collusion dans d'autres villes du Québec. Un cocktail politique potentiellement explosif.

L'erreur d'aiguillage ne nous coûtera pas la peau des fesses, elle est estimée à 150 000 $. Bernard Sévigny peut tout de même s'estimer chanceux d'avoir en face de lui une opposition peu alerte et désorganisée, car il serait sorti pas mal plus amoché à la suite de ces aveux peu glorifiants, lui qui s'était empêtré avec ce dossier plus tôt cet automne.

8. L'irritation de la présidente du CCU

Ayant reçu le feu vert du conseil municipal, le propriétaire de la Résidence Murray, Pierre Chapdelaine, soumettra maintenant son projet d'agrandissement au processus d'approbation par les citoyens. La présidente du comité consultatif d'urbanisme (CCU), Nicole Bergeron est toutefois sortie de ses gonds en votant contre la recommandation d'aller de l'avant.

« Tout au long du processus, j'ai eu un grand souci de neutralité. Or, je suis vraiment déçue de l'issue, et surtout de la façon dont nous sommes arrivés à ce résultat. Je sais que ce que je fais est vain, mais c'est une mesure de protestation », a exprimé avec amertume Mme Bergeron.

Nicole la modérée, l'une des plus neutres de tous les conseillers indépendants qui vote contre les hausses de salaire et qui se plaint ensuite d'interférence comme présidente du CCU : si vous pensiez que l'insatisfaction ne tenait qu'aux cinq ou six conseillers qui votent pratiquement contre tout au conseil municipal, voici un signal que le feu couve ailleurs.

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