Un opportuniste en attire un autre

La présence régulière de chevreuils dans plusieurs quartiers... (La Tribune, Luc Larochelle)

Agrandir

La présence régulière de chevreuils dans plusieurs quartiers résidentiels de Sherbrooke exerce un attrait pour les prédateurs que sont les coyotes. Les rencontres fortuites entre humains et coyotes, comme celle de samedi soir dernier, sont cependant très rares.

La Tribune, Luc Larochelle

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / L'effet de surprise est multiplié par cent lorsqu'une rencontre fortuite en forêt se produit à la noirceur. Ayant déjà vécu, de jour, la stupéfaction de voir surgir devant moi des coyotes qui avaient figé autant que moi, j'imagine qu'on a le souffle coupé en découvrant la présence d'une meute de canidés à quelques mètres de soi avec une vision réduite la nuit.

Des policiers municipaux ont sorti d'embarras deux promeneurs ayant vécu ce face-à-face inconfortable, samedi soir à Sherbrooke. Habituellement plus craintifs qu'agressifs au contact des humains, les coyotes ont peut-être réagi par défiance sous l'effet de la surprise. Ils n'ont toutefois jamais attaqué.

À croire que cette scène était teintée de fiction, les petits cousins du loup se sont approchés des maisons à la lueur de la super lune, qui gagnait en rondeur et en intensité. Ils ont été vus derrière le parc du Debonair, version anglaise de l'adjectif débonnaire, qui colle aux personnes accommodantes et conciliantes...

Ce n'est pas la première fois que des coyotes se manifestent à Sherbrooke et ce n'est sûrement pas la dernière non plus puisque cette espèce vit aux portes des grandes métropoles, aux États-Unis comme ici, y compris dans Central Park au coeur de New York.

Comme il arrive fréquemment que nos phares éclairent en soirée les yeux verts de chevreuils en sortant du stationnement de La Tribune, pas étonnant que la présence d'un coyote sur la rue Roy ait été signalée au bureau régional de la Faune l'an dernier. La découverte de la carcasse dévorée d'un chevreuil, durant l'hiver 2008, avait été associée à la présence de coyotes dans l'arrondissement de Rock Forest - Saint-Élie - Deauville où le noyau urbain est entouré de terrains servant d'habitat aux chevreuils.

Cette fois encore, la ceinture végétale partant du parc Victoria, longeant le boulevard Saint-François et se raccordant aux nombreux terrains boisés ou en friche menant vers les secteurs de Brompton, Beauvoir et Fleurimont est propice à la présence de cerfs.

« Des coyotes, j'en prenais au piège il y a 25 ans sur la ferme Laliberté derrière le Canadian Tire de Fleurimont. Avec la prolifération des chevreuils, je suis persuadé qu'ils sont encore plus nombreux aujourd'hui », croit Laurent Cloutier, le trappeur ayant capturé un loup (un vrai de vrai !) en 2002 dans le secteur de Ste-Marguerite-de-Lingwick.

Trouvant de la nourriture en abondance sans subir la pression des chasseurs, les cerfs ont pris leurs aises à proximité des zones habitées, bénéficiant en plus avec leur grâce d'une plus grande tolérance des citoyens que d'autres espèces sauvages.

Sauf que dans la nature règne la loi de la facilité. Un opportuniste en attire un autre.

Les coyotes se déplacent en meute à compter du mois d'août et durant une partie de l'automne. C'est la période au cours de laquelle les rejetons du printemps apprennent à chasser.

« En hiver, ils se dispersent et travaillent généralement en duo ou en trio pour se trouver de la nourriture », explique M. Cloutier.

L'expansion des dindons sauvages est également facteur d'intrusion des coyotes. Les dindons sont alertes. Toutefois, les mâles qui se pavanent pendant l'accouplement du printemps paient parfois pour leur insouciance.

« Nous avons toujours suspecté la présence de coyotes, mais celle-ci est discrète. Le régime alimentaire que vous me décrivez correspond par ailleurs à ce que nous observons. Les embouteillages sur les chemins secondaires ne sont pas causés par des voitures, mais par des dindons. Les chevreuils raffolent des raisins autant que des pommes. Nous arrivons à protéger nos cultures avec des filets durant la production, mais certaines de nos vignes n'ont pas donné un seul fruit depuis dix ans parce qu'elles sont rasées chaque hiver par les cerfs », décrit Geniève Chabot, coordonnatrice du vignoble la Halte des Pèlerins, qui se trouve dans le secteur concerné.

La présence de coyotes dans cet environnement faunique vivant et invitant n'a rien d'étonnant.

« Il faut s'intéresser au phénomène, mais j'espère qu'on évitera les réactions humaines brusques et émotives pour éliminer les coyotes autour de la ville », ajoute Mme Chabot.

« Je vois régulièrement des chevreuils près de chez moi. Je ne m'étais par contre jamais arrêtée à réfléchir aux répercussions possibles de cette vie faunique pour nos citoyens. Ces derniers s'attendent sûrement à ce que la Ville démontre dorénavant plus la vigilance », commente la conseillère du district du Pin-Solitaire, Hélène Dauphinais, qui habite le secteur.

Les coyotes sont là pour rester.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer