La gestion équitable des vaccins

Les responsables de la santé en Estrie disent... (Spectre Média, René Marquis)

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Les responsables de la santé en Estrie disent prendre un « risque calculé » en éliminant la vaccination universelle dans les résidences privées pour aînés. Les personnes autonomes habitant dans ces résidences ne peuvent plus être immunisées contre la grippe dans leur milieu de vie, elles doivent obtenir un rendez-vous dans un centre de vaccination de masse comme le Centre de foires de Sherbrooke.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Projetons-nous dans le temps. Le 1er novembre 2017, tiens, qui pourrait être jour de vote par anticipation dans certaines résidences privées pour aînés dans le cadre des élections municipales à Sherbrooke.

« Les électeurs utilisant une marchette peuvent voter ici. Quant aux personnes autonomes, vous n'aurez qu'à mettre votre manteau et à vous rendre dimanche prochain comme tout le monde dans le bureau inscrit sur votre carte d'électeur. Ce sera équitable pour tous. »

Le responsable de scrutin qui oserait l'an prochain appliquer un raisonnement comme celui-là ne finirait même pas sa journée de travail. Les électeurs, les candidats et les journalistes le dévoreraient en quelques heures.

Le CIUSSS de l'Estrie - CHUS n'a pas présenté sa nouvelle politique de vaccination contre la grippe de manière aussi cavalière, mais c'est essentiellement sa façon de promouvoir l'équité.

« On ne parle pas du tout de la même chose, voter est un droit démocratique tandis que la vaccination n'est qu'un service de prévention sur une base volontaire », s'élève devant ma comparaison Annie-Andrée Émond, coordonnatrice des communications de notre mégastructure régionale de santé.

Gardez-la tout de même en mémoire, j'y reviendrai.

Ainsi donc, l'éligibilité d'un aîné à la vaccination dans son milieu de vie est maintenant évaluée selon des critères d'autonomie; capable d'aller à l'épicerie, apte à se magasiner un rendez-vous dans un centre de vaccination de masse, comme le Centre de foires à Sherbrooke.

Cette approche remplace la politique du « tant qu'à y être ». Tant qu'à dépêcher une équipe dans une résidence pour aînés, on vaccinait auparavant tous ceux qui le demandaient.

Le changement de pratique touche combien de personnes âgées, que vous renvoyez vers des lignes téléphoniques déjà engorgées pour la procédure de rendez-vous?

« Je n'ai pas cette information spécifique, nous aurons une meilleure idée de cela au terme de la campagne de vaccination, car nous saurons le nombre de jours qu'il aura fallu ajouter à notre calendrier », répond Mme Émond.

Combien coûtait le service « tant qu'à y être » et quels gains pensez-vous réaliser en l'abolissant? « Chiffrer les déboursés de l'an dernier obligerait à passer en revue les rapports de toutes les entités distinctes qui offraient ce service avant la fusion. Nous estimons par contre que la vaccination des personnes autonomes dans les résidences pour aînés mobilisait en ressources supplémentaires l'équivalant de quatre infirmières par jour, quatre jours par semaine durant quatre semaines. C'est l'équivalent d'une infirmière qui, durant 64 jours, peut offrir d'autres services à domicile à des patients. Dans les centres de vaccination de masse, il y a moins de pertes de temps, nous sommes capables d'adapter les ressources au nombre de rendez-vous. C'est assurément le modèle le plus efficient », défend la porte-parole du CIUSSS.

En contrepartie, si moins d'aînés sont vaccinés, si la grippe sévit davantage dans ces milieux où la clientèle est plus vulnérable et l'indice de propagation plus élevé, ça risque de nous coûter plus cher en soins de santé. C'est l'évidence même.

« C'est un risque calculé. Au fait, sur quoi vous basez-vous pour anticiper une baisse du taux de vaccination? », me demande spontanément la porte-parole du CIUSSS.

Sur la participation électorale.

Il est statistiquement démontré que plus il est facile de voter, plus il y a de gens qui votent. On fait tout pour faciliter la participation, en particulier celle des personnes âgées, et c'est une préoccupation croissante avec le vieillissement de la population.

« Les aînés votent toujours plus que les jeunes adultes. On remarque toutefois une diminution marquée du taux de participation chez les plus de 75 ans » a notamment relevé une équipe de recherche d'Élections Canada.

Oui, de plus en plus d'aînés sont familiers avec les nouvelles technologies de l'information et les services en ligne proposés (monvaccin.ca) pour obtenir un rendez-vous. En admettant par contre que l'utilisation de l'informatique chez les personnes âgées est proportionnelle à la richesse, ce que des études ont aussi démontré.

Quand elle nous présente son Tableau de bord, c'est-à-dire le profil détaillé des communautés, la santé publique de l'Estrie insiste toujours sur l'indice de vulnérabilité des milieux. Ses analyses associent la défavorisation matérielle et sociale à l'état de santé et à ses déterminants.

« Dans un monde idéal, la vaccination contre la grippe serait offerte gratuitement à tous et tout frein à l'accessibilité serait réduit au maximum. Il n'en reste pas moins que chez les aînés, on constate une bonne adhésion. Si on compare les territoires dans lesquels la vaccination n'était pas offerte d'emblée à tous les résidents d'une résidence privée pour aînés à un territoire où elle l'était, on ne note pas de différence significative. Bon an mal an, 63 pour cent des aînés sont vaccinés », commente sans bémol la directrice de cette unité administrative, Dre Mélissa Généreux.

Pauvres ou riches donc, pas de différence, organisez-vous pour aller vous faire vacciner.

Au pire, les urgences déborderont en janvier. De toute façon, on est habitués.

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