Si proche et si loin...

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Fils de parents nés au Québec, commerçant de bois avec des entreprises de l'Estrie, Jack Riendeau était coprésident de la campagne de Donald Trump dans le nord du New Hampshire.

La Tribune, Luc Larochelle

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Luc Larochelle
La Tribune

(ColeBrook, New Hampshire) CHRONIQUE / Le ciel était sans nuages. Le soleil ardent annonçait le printemps plus que la fin du monde appréhendée avec la possible élection d'un arrogant à la présidence des États-Unis.

J'étais attendu à Colebrook par un gars de bois né de parents québécois, qui parle encore le français appris durant son enfance. J'allais à la rencontre de Jack (né Gaston) Riendeau, un vétéran du Vietnam enrôlé depuis un an dans le camp de Donald Trump.

Ce commerçant de bois, qui transige depuis plusieurs années avec des scieries et des papetières de l'Estrie, a agi au cours de la présente élection comme lieutenant de M. Trump dans le Coos County, le comté se trouvant le plus au nord du New Hampshire.

« Viens faire un tour, tu vas voir que tout le monde est Trump icitte », m'avait-il lancé au téléphone.

Je trouvais ce rapport passablement optimiste. L'ex-président Obama l'avait emporté par 17 points sur Mitt Rodney dans le Coos County à l'élection de 2012. Une victoire nettement plus tranchée que dans l'ensemble du New Hamsphire, où l'écart avait été de six points.

C'est l'insolence de Donald Trump qui a séduit et convaincu Jack Riendeau de s'impliquer une première fois en politique, m'a-t-il expliqué chez lui à l'heure du lunch.

Son militantisme a été engagé, mais pas délirant. Avec une présence limitée sur le terrain.

« J'ai donné quelque chose comme 500 $ à la caisse électorale de M. Trump, mais ce n'est pas la politique qui va me donner à manger. Elle ne m'empêchera pas de travailler non plus. »

Au Québec, un organisateur électoral est au front le jour du scrutin. C'est lui qui fouette les troupes jusqu'à la dernière minute.

Rien de tel pour Jack Riendeau, qui a passé une bonne partie de la journée électorale dans son chantier forestier et qui est allé au lit mardi soir sans attendre le dévoilement des résultats. Même si ceux-ci reflétaient le changement de cap qu'il espérait.

Son épouse Sandra a partagé le rôle de coprésident avec lui. Elle a passé quelques heures en bordure de la rue, à proximité du bureau de scrutin, à échanger des sourires contre des votes.

« La sollicitation téléphonique, c'est le parti qui s'en occupe avec du personnel rémunéré », m'a-t-elle expliqué.

J'ai employé le style frondeur du patron : avec un nom francophone, plein de parenté au Québec, j'espère que vous n'êtes de ceux qui ont mis dans la tête de Donald Trump que nous étions de dangereux voisins avec une frontière aussi poreuse que celle du Mexique?

« Les Canadiens sont du bon monde avec qui nous nous entendons bien. Le Mexique, c'est un réel problème. Mais il n'a jamais été sérieusement question d'ériger un mur entre nos frontières. Même si M. Trump revenait là-dessus, je ne le laisserais pas faire », a répondu en souriant M. Riendeau.

Je suis monté sur les hauts plateaux qui dominent la vallée de Colebrook où j'ai croisé un cycliste qui profitait des dernières belles journées de l'automne.

« Donald Trump a effectué des faux pas durant la campagne, mais il sera mieux entouré à titre de président. Il a eu mon vote », m'a confirmé à son tour Alven Moder.

Un peu plus loin, Carrol et William Roy s'affairaient à préparer leur maison pour l'hiver.

Les Québécois ont peur que vous élisiez Donald Trump, vous n'allez quand même pas nous faire ce coup?

« Que ouuuui, et vous ne nous remercierez jamais assez! Le cirque politique a suffisamment duré, les Clinton en ont assez profité. Trump va mettre de l'ordre là-dedans et ça finira par rejaillir sur vous. Je suis natif de Hearst, en Ontario, des membres de ma famille y vivent encore. Nous pousserons vers vous un vent de changement », croit fermement M. Roy.

Seule voix discordante rencontrée sur mon chemin, celle du menuisier Jeff Cullar.

« Le mur de Berlin est tombé, les murs tombent partout dans le monde. J'ai choisi le moins pire des deux singes et, en l'occurrence, c'était Hillary Clinton. Je serais gêné qu'un homme comme Donald Trump devienne mon président. »

« Je sais que tu ne me crois pas, mais la surprise de l'année ce sera Trump », m'a lancé Jack Riendeau au moment où j'allais prendre la route pour rentrer.

On ne bat pas de record de vitesse au New Hampshire. À 23 h, soit quatre heures après la fermeture du vote, seulement 55 % des bulletins avaient été dépouillés. La tendance du vote donnait raison à Jack : Donald Trump devançait Hillary Clinton par quatre points dans l'État et la dominait totalement avec une avance de 12 points dans le Coos County.

Si près géographiquement de nos voisins du New Hampshire qui sont aussi nos partenaires commerciaux, mais si loin de leurs choix politiques...

Même si la campagne présidentielle a été source... (La Tribune, Luc Larochelle) - image 2.0

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Même si la campagne présidentielle a été source de division, Jonathon Dodge, jeune propriétaire d'un atelier de vélos, est persuadé que ses concitoyens de Colebrook reprendront leurs activités sans ressentiment politique.

La Tribune, Luc Larochelle

Même quand la roue tourne carré

Jonathon Dodge s'est retrouvé à devoir cocher un bulletin de vote qui ne lui offrait pas le profil du candidat qu'il recherchait pour occuper la présidence des États-Unis.

« Mon choix lors des primaires n'était ni Donald Trump ni Hillary Clinton. Là, c'était l'un ou l'autre », confie le jeune homme de 37 ans, propriétaire depuis deux ans d'un atelier de réparation de vélos.

M. Dodge met du temps à me confirmer qu'il a accordé son vote à Donald Trump, le politicien pas tellement raffiné. La roue qui tourne carré.

« Si vous vous arrêtez à ce que Trump dit, c'est lamentable. Si vous essayez de comprendre ce qu'il a vraiment voulu dire, le propos a déjà plus de sens. Comme bien d'autres, je l'ai trouvé malhabile durant la campagne. À mes yeux, il a cependant été celui qui a été le plus engagé envers les citoyens ordinaires. »

Les emplois sont de plus en plus rares au nord du New Hampshire pour les jeunes chefs de famille comme Jonathon Dodge.

« J'ai démarré modestement en affaires : petit atelier, petit comptoir de vente, presque pas d'inventaire. J'ai par contre vite senti que les gens d'ici avaient le goût de bouger. Au fur et à mesure, j'ai identifié d'autres besoins. »

Sa boutique Spoke'n'Word est installée dans une ancienne maison située en retrait de la principale artère commerciale de Colebrook. Malgré cela, de plus en plus de gens se donnent rendez-vous dans son salon, où une dizaine de vélos stationnaires ont remplacé les fauteuils.

« Revenez lors de la prochaine séance d'entraînement et vous trouverez dans cette salle des républicains, des démocrates, des gros, des petits, des noirs, des immigrants, des Américains de tous les horizons », caricature M. Dodge en référence au clivage reproché à Donald Trump.

« Nous passerons l'hiver à préparer nos prochaines sorties dans vos sentiers de vélo de montagne à East Hereford, qui sont sur la coche! », ajoute-t-il.

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