Le cadeau à ne pas oublier

Alors que l'actuelle ligne aérienne des Cantons--Nouvelle-Angleterre bifurque... (La Tribune, Luc Larochelle)

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Alors que l'actuelle ligne aérienne des Cantons--Nouvelle-Angleterre bifurque vers le Vermont à la hauteur du mont Hereford, le BAPE doit statuer sur ce que devraient être les infrastructures de la future ligne d'exportation dont le point de raccordement sera au New Hampshire.

La Tribune, Luc Larochelle

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Après avoir entendu un certain nombre d'objections face au tracé retenu par Hydro-Québec pour la construction d'une nouvelle ligne d'exportation vers le New Hampshire, les commissaires du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) vont délibérer jusqu'en janvier.

En juin dernier, le 25, précisément, j'avais déploré notre culte du pylône. Notre aplaventrisme à accepter les structures métalliques de ce côté-ci de la frontière alors qu'en ardents protecteurs de leurs paysages et de leur milieu de vie, nos voisins ont contraint HQ et ses partenaires américains à accepter d'enfouir pratiquement le tiers des 307 km à franchir au New Hampshire.

Ça aura pris quatre mois à sortir des vapes de la Fête nationale, mais des groupes environnementaux ont finalement pris le taureau par les cornes en allant dénoncer devant le BAPE les doubles standards qui seront appliqués si Hydro-Québec est autorisée à aller de l'avant sans avoir à réviser ses plans.

About Time !

Le combat est engagé depuis cinq ans chez les Yankees. Mieux vaut tard que jamais, c'est vrai. Sauf qu'à s'en remettre seulement au bras protecteur du BAPE, on pourrait vivre des déceptions.

Le passage d'une dizaine de kilomètres de cette ligne sur l'héritage de générateux donateurs américains est évidemment un enjeu important. Neil et Louise Tillotson ont cédé à la collectivité 5600 hectares, une superficie de même envergure que le gouvernement du Québec cherche à atteindre avec des acquisitions à coups de millions pour finir qu'à livrer sa promesse de doubler la superficie du parc national du Mont-Orford.

Ce cadeau a été obtenu en échange d'un reçu de bienfaisance de 8,6 M$ applicable aux filiales canadiennes des entreprises de la famille Tillotson. Sagement, il est arrivé ficelé de règles testamentaires fixant les usages autorisés.

À ne s'en remettre qu'au bras protecteur du BAPE, on pourrait vivre de la déception

Il a été question la semaine dernière de la valeur légale et morale des servitudes de conservation comme celle consentie à Forêt Hereford, la corporation constituée pour veiller au bien collectif du massif du mont Hereford. Ses représentants ont soumis au BAPE des documents démontrant qu'ils avaient informé Hydro-Québec il y a plus d'un an de l'incompatibilité d'ériger une ligne de transport d'électricité sur des terres que les donateurs voulaient sans « activité industrielle ».

Impliqué dans l'élaboration du cadre légal de Forêt Hereford, l'organisme Conservation de la nature du Canada (CNC) a soulevé ces mêmes arguments dans son mémoire au BAPE.

Ne nous méprenons cependant pas, il ne s'agit pas d'un blindage rendant la forteresse impénétrable.

De l'aveu même de la porte-parole de Forêt Hereford, Sylvie Harvey, une entente avec Hydro-Québec est possible sans nécessairement sortir la ligne et ses pylônes de la forêt communautaire.

« Nous avons exprimé plusieurs préoccupations auxquelles le promoteur devra d'abord répondre, mais, considérant que des infrastructures sont autorisées sur une certaine superficie de notre territoire, ce scénario n'est pas totalement exclu », précise Mme Harvey en réitérant le souci des administrateurs de ne pas pousser le problème chez les voisins.

« Ce n'est pas blanc ou noir, le portrait est effectivement plus nuancé. Notre responsabilité collective est de trouver une approche originale qui nous mènera vers une nouvelle façon d'aborder de tels projets transfrontaliers », ajoute la vice-présidente de CNC au Québec, Nathalie Zinger.

Les pressions sont accentuées sur Hydro-Québec afin que l'enfouissement soit étudié avec plus d'ouverture et de rigueur dans le secteur du mont Hereford, mais ce n'est visiblement pas la seule avenue.

Par ailleurs, un élément me laisse perplexe. Bien au fait des arguments légaux et moraux soulevés aujourd'hui, pourquoi les maires d'East Hereford et de Saint-Herménégilde n'ont-ils pas été tentés de les utiliser avant, pour appeler plus rapidement la communauté estrienne ainsi que les groupes environnementaux en renfort ?

Ces deux municipalités étant héritières directes du legs, Richard Belleville et Gérard Duteau sont administrateurs de Forêt Hereford. M. Belleville en est même le président. Or, relisez leurs déclarations du mois de juin, les deux semblaient avoir rendu les armes et hissé le drapeau blanc.

Où ces acteurs-clés logent-ils maintenant qu'un vent se lève pour les appuyer afin de tenter de rééquilibrer le rapport de force en visant à obtenir la même considération au nord qu'au sud de la frontière ?

Je suis curieux de le savoir et il sera opportun que les soldats de la garde aillent le leur demander rapidement pour fournir un complément d'éclairage, qui serait sans doute utile aux commissaires du BAPE avant qu'ils ne rendent une décision.

On part tard, gang. Ne perdons pas de vue que janvier, c'est juste après le magasinage des Fêtes qui monopolisera toute notre attention au cours des 10-12 prochaines semaines.

Comme ça laisse peu de temps pour trouver le ou les points de convergence, il faudrait s'en parler quasiment chaque jour d'ici Noël : quel est notre niveau d'engagement comme région pour préserver la montagne reçue en cadeau ?

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