La loterie de la décontamination

L'imposant volume de matériaux secs que le ministère... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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L'imposant volume de matériaux secs que le ministère de l'Environnement a fait disparaître à grands frais alimente encore un doute quant à la valeur de l'ancien site de Conteneurs Rock Forest puisque celui-ci devra être décontaminé. Cette propriété bordant l'autoroute pourrait néanmoins être vendue le mois prochain par la Ville de Sherbrooke pour acquitter les taxes impayées de 5430 $.

Spectre Média, Jessica Garneau

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Propriété à vendre le long de l'autoroute des Cantons-de-l'Est. Le prix demandé est 5430 $ alors que l'évaluation municipale est de 377 300 $. Contactez Luc.

Bon diable comme je suis, pas nécessaire de m'appeler. Je n'exigerai pas de commission non plus. Si on s'entend comme quoi vous renouvelez votre abonnement pour au moins un an, je vous refile le tuyau.

Pour une deuxième année consécutive, l'ancien site de matériaux secs qu'opérait Conteneurs Rock Forest figure sur la liste des propriétés susceptibles d'être vendues le mois prochain par la Ville de Sherbrooke pour défaut de paiement des taxes municipales. Je sais, même les plus téméraires ont laissé passer l'an dernier l'occasion d'acheter ce nid à problèmes. Par contre, celui-ci finira bien par devenir une opportunité d'affaires.

Avant de mettre le topo à jour un an plus tard, rappelons d'abord que le ministère de l'Environnement du Québec a déboursé plus de 5,5 M$ pour faire disparaître la montagne de débris (bois, plastique, béton, bardeaux d'asphalte) pour laquelle l'ancien exploitant a perçu des revenus avant de filer en douce.

Au terme de cette corvée de nettoyage, une étude de caractérisation des sols et de l'eau souterraine a été commandée. Les conclusions sont toutes fraîches :

« L'étude a révélé trois endroits (de faible superficie) sur le site où il y a présence d'hydrocarbures, qui devront être décontaminés », rapporte la direction régionale de l'Environnement.

Cette description laisse un point d'interrogation, mais n'annonce pas la catastrophe. Elle pourrait piquer la curiosité de promoteurs ayant géré cette contrainte dans le passé et les inciter à se pointer à l'hôtel de ville lors la vente aux enchères annoncée pour le 17 novembre.

Au premier chef, la Ville ne devrait-elle pas considérer l'acquisition de ces lots totalisant 15 467 m², qui offrent une vitrine autoroutière à l'entrée ouest de Sherbrooke ?

« La Ville a l'option légale d'acheter la propriété pour la valeur des taxes impayées. Elle s'en est prévalue dans le passé. La recommandation qui avait été faite l'an dernier n'était pas en ce sens. Cette évaluation relève d'autres services, qui analyseront si la donne a changé cette année », commente la directrice du contentieux municipal Me Isabelle Sauvé.

Dans l'espoir de récupérer un jour une partie de ses déboursés, le ministère de l'Environnement a enregistré une hypothèque légale sur la propriété afin d'être reconnu comme créancier garanti. En supposant qu'une offre soit adjugée au prix de l'évaluation municipale, une fois les taxes municipales acquittées, ces créanciers de premier rang auraient quelques centaines de milliers de dollars à se partager.

« Une acquisition par la Ville ou par un privé lors d'une vente pour taxes laverait la propriété de toutes dettes antérieures », précise toutefois Me Sauvé.

C'est dire qu'un maigre chèque de 5400 $ pourrait passer la moppe sur des déboursés gouvernementaux de 5,5 M$. Malgré cela, Québec n'entend pas participer au processus de vente, même pas pour faire grimper la mise.

« Les coûts de décontamination seront à la charge de l'éventuel acquéreur et le ministère veillera à ce que toutes les dispositions de la Loi sur la qualité de l'environnement soient respectées », se limite à dire à ce sujet le porte-parole régional, Daniel Messier.

Un maigre chèque de 5400 $ pourrait passer la moppe sur des déboursés gouvernementaux de 5,5 M$.

Qui sont les autres créanciers garantis et quelle sera leur stratégie afin d'atténuer leurs pertes si une vente à prix dérisoire devait se dessiner ? C'est l'une des informations qui manquent.

En plus du montant des coûts de décontamination, insistez-vous !

C'est vrai. Mais ne voyez pas cette montagne plus grosse que l'amas de matériaux qui pourrissait debout. Les bons développeurs réussissent la plupart du temps à trouver la bonne porte.

Par exemple, en 2012, l'ex-député péquiste Serge Cardin a annoncé fièrement au nom de son collègue de l'époque, Yves-François Blanchet, alors ministre du Développement durable, de l'Environnement de la Faune et des Parcs une subvention de 1 M$ pour défrayer les coûts de décontamination des terrains voisins de la Place Belvédère, là où une nouvelle bâtisse est en construction. De par la configuration, celle-ci comprendra vraisemblablement un commerce qui offrira le service au volant. Comme client, c'est pratique d'être servi sans débarquer dans notre voiture. Par contre, ce mode de consommation ne s'inscrit pas tellement dans la lutte aux changements climatiques...

En jouxtant les mots développement et environnement, on n'est jamais à une contradiction près. Les deux peuvent même venir qu'à se conjuguer.

Y'a pas de garantie, mais un chèque de 5430 $ et de la patience pourraient être une combinaison gagnante pour remporter la loterie de la décontamination à Deauville.

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