La fiscalité écoresponsable

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Le gouvernement suédois veut recourir à des mesures fiscales pour rendre la réparation de biens matériels comme les appareils ménagers moins coûteuse que le remplacement.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller voir le film Snowden  au cinéma. Je n'y manquerai pas.

Isoler nos murs en pensant les rendre totalement étanches au passage des courants d'air ou renforcer la sécurité de nos portes en installant une serrure à pêne dormant ne suffit plus. Les intrus robotisés de Big Brother franchissent le seuil de nos vies privées sans même avoir la politesse de s'essuyer les pieds.

Je suis dans une passe d'alerte extrême, appréhensions également nourries par ma lecture de chevet, Purity, de Jonathan Franzen. Cet excellent thriller nous trempe dans le même univers de la manipulation informatique et des lanceurs d'alerte.

Un exemple concret, par quelle surveillance furtive les Suédois ont-ils bien pu être informés que mon mini-frigo est capoute et s'apprête à quitter la maison? Si ce n'est pas le gouvernement de Stockholm qui m'espionne, c'est son géant commercial IKEA, qui a déjà poussé sa pub Décocool dans ma boîte de courriels.

Pas de panique ou de paranoïa, ce n'est qu'un hasard...

Au fait, c'est plutôt moi qui surveille constamment les Suédois, qui épie leur moindre geste. Autant la domination canadienne est évidente sur patins, autant ce peuple avant-gardiste semble indélogeable au chapitre de la créativité.

Cette avance se confirme une fois de plus dans la nouvelle circulant depuis quelques jours sur le web, intention déclarée pour laquelle l'un des membres du gouvernement suédois a accordé une entrevue à un collègue québécois, Nicolas Bérubé, qui rapportait les propos du ministre Per Bolund dans l'édition de mercredi de La Presse +.

Au lieu d'instaurer une autre taxe pour réparer les pots cassés de la surconsommation, la Suède veut introduire un régime fiscal écoresponsable visant à ce que la réparation d'un bien coûte moins cher que son remplacement.

Au rythme où les Chinois produisent, avec les bas salaires payés à des travailleurs qui s'épuisent : oubliez ça ! C'est ce que nous sommes portés à répondre en bons perroquets répétant les commentaires entendus de la bouche des champions de la vente sous pression. OK, je ménage un peu les commis qui, souvent, sont tenus de suivre à la lettre les instructions de leurs patrons. En bons perroquets, nous répétons les avis tranchés de conseillers dont l'atteinte des objectifs de croissance passe essentiellement par l'insistance à nous convaincre d'acheter.

Ainsi donc, les Suédois veulent briser le cercle vicieux des produits juste bons à jeter, au mieux à recycler. Ils croient que cela est possible en offrant un avantage concurrentiel sur la taxation aux artisans ou aux commerçants se spécialisant dans la réparation ainsi que des abattements fiscaux à leurs clients.

Autrement dit, au prix du neuf s'ajoutera une taxe de consommation de 25 pour cent (pas mal plus élevée que les taxes TPS et TVQ applicables au Québec), qui sera réduite de moitié chez celui qui offrira le service de réparation. La dépense d'entretien deviendra en plus déductible sur la déclaration de revenus du client alors que celle du remplacement ne le sera pas.

Au compte à compte budgétaire, ça s'équilibrera vraiment?

L'État suédois anticipe des pertes de revenus à court terme, qui sont chiffrées à une centaine de millions de dollars. Celles-ci pourraient toutefois être compensées par des gains en emplois.

Globalement, convenons que la balance commerciale qui fut jadis positive dans la plupart des pays occidentaux est en perte d'équilibre. Elle glisse inexorablement vers les pays concurrents, où les multinationales déplacent leurs unités de production en s'installant là où les coûts de main-d'oeuvre sont les moins élevés et où les règles sociales et environnementales sont les moins contraignantes. Cette érosion des employés manufacturiers est problématique partout. La Suède doit y faire face au même titre que le Canada ou le Québec.

À défaut de produire ici, réparons localement. Ainsi, notre monde pourra travailler dans des métiers spécialisés pour lesquels l'attention et la passion compensent très souvent les connaissances académiques, prévoient ceux qui veulent engager leurs commettants dans cette voie.

« Bien des gens au chômage ont déjà ces compétences, mais les occasions sur le marché du travail sont peu nombreuses, et on pense fouetter la demande avec ces propositions », analyse le ministre Bolund.

Plutôt génial, non?

Aussi prometteur en tous les cas que de miser l'État pour subvenir aux besoins de tous les salariés dont les emplois sont fauchés par la mondialisation sans véritables espoirs d'un renversement des tendances.

Le Québec ne serait pas en reste. Un comité gouvernemental aurait déjà commencé à explorer cette voie. Le bureau du ministre David Heurtel, responsable de l'Environnement autant que du Développement durable, devrait être en mesure de fournir plus de détails au cours des jours à venir. À suivre.

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