La candeur de Bob

Le conseiller municipal Robert Pouliot est propriétaire d'un... (Spectre Média, René Marquis)

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Le conseiller municipal Robert Pouliot est propriétaire d'un immeuble et exploite un commerce depuis 40 ans sur la rue Wellington Sud, à l'intérieur du périmètre que la Ville veut revitaliser avec le Quartier de l'entrepreneur. Il n'a pas jugé nécessaire de déclarer ses intérêts et de s'abstenir de voter sur les acquisitions municipales.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Est-ce un conseiller municipal partisan ou un commerçant enthousiaste qui s'est levé, puis est resté debout une bonne quinzaine de secondes même s'il était le seul à applaudir pendant que le maire Bernard Sévigny détaillait le projet du Quartier de l'entrepreneur, mardi soir, sur la tribune de la Chambre de commerce?

Les deux sont difficilement dissociables puisque Robert Pouliot porte les chapeaux de propriétaire d'un immeuble et d'exploitant d'un commerce sur la rue Wellington Sud, à l'intérieur du périmètre que la Ville veut revitaliser en lui donnant cette vocation particulière.

Le magasin « Équipement de bureau Sherbrooke » est à quelques portes des bâtiments acquis pour être rasés afin d'agrandir le stationnement étagé et ensuite y construire du neuf. Il est voisin de l'Auberge de jeunesse ayant fermé ses portes, un édifice également ciblé parmi les acquisitions stratégiques.

M. Pouliot a tout de même voté cette semaine au conseil municipal, appuyant chacune des recommandations engageant la Ville financièrement dans le projet. S'est-il de ce fait placé en situation de conflit d'intérêts?

« Pas du tout », répond-il catégoriquement.

Des juristes spécialistes en droit municipal, à qui j'ai soumis le cas, lui donnent raison.

En se targuant de présenter « un projet ambitieux, structurant, se voulant l'impulsion dont ce secteur du centre-ville a besoin pour rebondir », le maire Bernard Sévigny nourrit évidemment l'espoir que les commerces du secteur prendront du mieux et que, de ce fait, les propriétés prendront de la valeur.

C'est l'objectif visé, mais seulement présumé. Une distinction importante d'un point de vue légal, m'ont précisé les juristes.

« Le projet, bien qu'intéressant, n'est pas gage de hausse de valeur foncière pour le secteur. La question serait tout autre si l'immeuble de M. Pouliot avait été visé par le projet, par exemple par une démarche d'expropriation », m'a notamment répondu l'un d'eux.

« À première vue, je ne pense pas que M. Pouliot a un « intérêt pécuniaire particulier », car le projet peut profiter à plusieurs autres commerces que le sien », a relevé un autre avocat en me référant à de la jurisprudcence en ce sens.

Va pour l'aspect légal. Abordons maintenant l'aspect politique.

La conseillère Nicole Bergeron, elle, s'est abstenue de voter lundi soir en raison de son emploi. Elle est directrice générale de Pro-Gestion Estrie, l'organisme sans but lucratif lié à la Maison de l'entrepreneuriat de l'Estrie, l'intermédiaire à qui la Ville a confié les négociations pour acquérir les immeubles afin d'éviter que les deniers publics nourrissent la spéculation.

« Je n'avais aucun intérêt personnel mais, par prudence, j'ai préféré m'abstenir », m'a-t-elle précisé en entrevue.

En se laissant guider par la même prudence, à titre de membre du Renouveau sherbrookois, M. Pouliot aurait pu agir comme bouclier du maire Sévigny qui, rappelons-le, est aussi son chef de parti. Il aurait pu utiliser son droit de parole pour préciser publiquement, par exemple, qu'il n'avait eu accès à aucune information privilégiée et qu'il avait appris l'existence du projet en même temps que tous les autres élus ne siégeant pas l'exécutif, membres ou pas à l'équipe du maire.

D'autre part, après consultation auprès d'un juriste, il aurait reçu le conseil de prévenir toute insinuation politique malveillante en évitant de se prononcer sur le dossier.

« Moi, je lui aurais fortement recommandé de ne pas voter », a été catégorique à ce sujet un vétéran du droit municipal.

« J'ai un commerce à cet endroit depuis 40 ans. J'ai survécu en dépit de tout ce qui a été dit et écrit à propos de la rue Wellington Sud. La santé de mon entreprise n'a jamais eu à voir avec des investissements de la Ville ou ceux d'autres gouvernements. Le plus grand avantage que je peux retirer de ce projet comme commerçant-propriétaire, c'est d'espérer le rétablissement du service d'autobus sur la rue Wellington Sud et peut-être l'élimination du sens unique » juge quant à lui M. Pouliot.

Eh ben...

S'il faut en croire ce vieux routier de la politique municipale qui était maire d'Ascot avant la fusion et que Bernard Sévigny a désigné comme maire suppléant, si ce rare survivant du cataclysme commercial de la rue Wellington Sud a raison. Il est loin d'être certain que le projet de la décade va sortir le centre-ville de la décadence.

Du grand Bob! La même spontanéité que le jour où il avait recommandé aux policiers municipaux - à titre de président du comité de la sécurité publique - de s'abstenir de fréquenter les mêmes établissements que les Hells.

Les adversaires politiques du maire oublieront vite que M. Pouliot a voté en faveur de son projet fétiche. Par contre, ils sont susceptibles de prendre un malin plaisir à mettre ses promesses d'éclat en contradiction avec les modestes attentes du cofondateur de son parti.

Pas sûr que Bernard Sévigny a envie ce matin de rendre la politesse à son homme de confiance et de se lever pour l'applaudir. Quoique, il savait dès le départ, lors de la création du Renouveau sherbrookois en 2008, que la candeur de Bob vient avec le personnage. Les deux sont indissociables.

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