Sur les braises de la politique

L'homme d'affaires Mario Côté se retrouve au coeur... (Spectre Média, René Marquis)

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L'homme d'affaires Mario Côté se retrouve au coeur de la tempête secouant le ministre Laurent Lessard après avoir investi 1 M$ dans la construction de cinq chalets à Adstock sur la recommandation d'un ex-collaborateur du ministre.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / L'empire que Mario Côté a bâti dans la production et la transformation du porc est parfois pour lui source de tracas. Les incendies des derniers mois ayant lourdement endommagé différentes installations de Canards du lac Brome compliquent également les projets d'expansion de cette autre entreprise contrôlée par M. Côté.

Voilà que l'homme d'affaires de Stoke se retrouve en plus au coeur de la tempête secouant le ministre des Transports, Laurent Lessard, vertement critiqué pour l'attribution de subventions qui auraient servi les intérêts personnels de l'un de ses anciens collaborateurs, Yvon Nadeau.

Sur la recommandation de M. Nadeau, Mario Côté a bâti en 2008 cinq chalets qui devaient générer des revenus d'appoint pour la coopérative exploitant la station de ski du mont Adstock. M. Côté n'a pas touché un sou en revenus de location et l'argent qui aurait dû être redirigé en son nom vers la coop n'a pas été versé en totalité par son gestionnaire délégué, qui se trouve à être l'ancien employé du ministre.

Yvon Nadeau est également l'intermédiaire politique avec lequel la communauté de la région de Thetford Mines a travaillé afin d'obtenir une subvention de 1,1 M$ pour la Coopérative... dont il était alors actionnaire.

Mario Côté admet avoir investi 1 M$ sans plan d'affaires, sur la seule recommandation de M. Nadeau.

« J'ai pris un guess. Pour moi, ça ne représentait pas un gros montant. J'ai une compagnie de construction et je ne veux pas perdre mes meilleurs éléments. À cette époque, c'était tranquille dans le porc. J'ai participé aux travaux, mon épouse aussi. Ça nous changeait les idées », explique M. Côté tout précisant que le volet construction représente près du tiers du chiffre d'affaires total de ses 45 compagnies.

Quels suivis financiers ont permis de valider la fiabilité de votre instinct?

« Je ne peux vous dire quels ont été les revenus de location. J'ai l'air un peu tata d'admettre ça, mais c'est la vérité. Comme j'ai vendu dès le départ l'un de ces chalets, je sais que je n'ai pas de perte de valeur. Des chalets à 200 000 $ sur le bord de pentes de ski, vous n'en trouverez pas beaucoup. Ce n'est pas le placement du siècle, mais je n'ai aucune inquiétude pour mon argent », répond M. Côté.

Il est anormal, convient ce dernier, que les exploitants du centre de ski n'aient pas reçu leur quote-part de l'immobilier au cours des cinq dernières années.

« Il faut régulariser cela rapidement ».

Un investissement immobilier à Adstock vous apparaissait vraiment un meilleur placement que dans le pourtour d'Orford, Owl's Head ou Bromont?

« Même du temps où M. Charest était premier ministre, aucun député ou ministre de l'Estrie ne m'a approché pour des projets de ce genre. Eux l'ont fait » rétorque celui qui pilote un projet d'expansion de 30 M$ avec Canards du Lac Brome, qui doit notamment relancer l'usine de transformation de Viandes Laroche à Asbestos.

Construire cinq chalets dans la circonscription de Laurent Lessard, du temps où celui-ci était ministre de l'Agriculture, ne représentait-il pas plutôt un placement politique pour Mario Côté?

« Je n'ai pas construit ces chalets pour faire plaisir à M. Lessard ou en pensant m'avantager. Je n'ai rien reçu en retour. Pour ce qui est de mes contributions politiques, oui, elles traduisent ce qu'était alors mon niveau de satisfaction à l'égard du ministre et des politiques qui touchaient l'agriculture. C'est normal que je sois plus sensible à cet aspect de la gestion gouvernementale » assume Mario Côté, un donateur du Parti libéral du Québec.

Sa générosité a cependant varié au fil des ans. Après être passé droit en 2006 et 2007, M. Côté a versé la contribution maximale de 3000 $ en 2008 et son épouse Lucie Guillemette en a fait autant. Mme Guillemette n'avait pas souscrit à la caisse libérale auparavant. Elle n'a pas récidivé non plus. Les contributions de M. Côté au PLQ sont demeurées substantielles en 2009 et 2010, mais elles ont chuté depuis. Son nom n'apparait pas sur la liste des donateurs pour 2015.

Rappelons qu'une aide totalisant 13 M$ a été consentie cet été par le gouvernement provincial à Canards du Lac Brome.

« Je ne suis pas un politicien et je n'avance pas grâce à la politique. Ce n'est pas une subvention, c'est un prêt. C'est de l'argent que je rembourserai en livrant des résultats à la hauteur des attentes », promet-il.

« Les entreprises de M. Côté réussissent bien et nous ne mettons pas ses compétences en doute, bien au contraire. C'est son détachement dans la gestion des chalets qui laisse perplexe. Convenons que ce ne sont pas des pratiques usuelles en affaires » relève la députée péquiste Agnès Maltais qui a bombardé le ministre Lessard de questions durant toute la semaine à l'Assemblée nationale.

M. Côté se passerait bien de la rôtisserie politique, lui qui gère les après-sinistre.

« Ça avance bien avec les assureurs. La transformation des canards à Montréal ainsi qu'en Indiana nous coûte cependant 150 000 $ par semaine. Comme nous produisons moins, il est aussi plus difficile d'approvisionner nos clients. Ça nous occasionne évidemment des pertes de marché. Pour avoir une vitrine et un comptoir de vente au Festival du canard du Lac Brome, nous devons nous installer dans une remorque réfrigérée ».

Vraiment pas le moment, pour Mario Côté, d'avoir à gérer cette crise.

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