La poutine virée en pâté chinois

La dimension politique des discussions sur les contrats... (Archives, La Tribune)

Agrandir

La dimension politique des discussions sur les contrats d'ingénierie a été « escamotée » dans le compte-rendu télévisuel de la séance publique ayant eu lieu lundi soir à l'hôtel de ville de Sherbrooke.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Des courriels de routine à la base d'un imbroglio politique sont maintenant susceptibles d'être interprétés sur des fondements juridiques par la Commission d'accès à l'information du Québec.

Oui, une recette de poutine peut virer en pâté chinois.

Dédramatisons d'abord le contexte dans lequel la demande de mon collègue Jonathan Custeau a atterri au mois de mai au bureau de la greffière Me Isabelle Sauvé, pour demander la liste des contrats d'ingénierie accordés depuis 2007 par la Ville de Sherbrooke.

Au quotidien, les rapports entre les journalistes et le personnel municipal ne sont pas conflictuels. Le service des communications est la porte d'entrée pour traiter les demandes médiatiques et, dans la majorité des cas, j'oserais même dire presque tous les cas, la requête est traitée dans la journée. Pour les cas d'exception, les journalistes sont renvoyés au bureau de Me Sauvé, canal officiel pour adresser une demande d'accès à l'information.

« On m'a dit de vous acheminer un courriel pour que vous puissiez m'ajouter sur la liste d'envoi quand le document (NDRL : la liste de contrats demandée par le conseiller Marc Denault) sera prêt », a écrit dans son premier courriel mon collègue du journal.

« On te met sur la liste pour la liste... » répond alors la directrice des Services juridiques en égayant son courriel d'une émoticône: un Bonhomme sourire.

Quand la Ville, par l'intermédiaire de Me Sauvé, se réfère au libellé de la requête initiale de La Tribune pour affirmer qu'ainsi formulée, cette « demande d'information » ne tombait pas sous le couvert de la Loi d'accès à l'information, voici la phrase qui suit le Bonhomme sourire :

« Tu recevras probablement une réponse officielle en vertu de la Loi d'accès ».

Par la suite, dans chaque correspondance officielle émanant des Services juridiques, il était mentionné en objet « Demande d'accès à l'information ». En se référant chaque fois au même numéro de dossier.

Si la demande du journaliste a été imprécise, la manière d'y répondre a été plutôt confondante.

D'autres ont soulevé que le requérant ne s'était pas montré très insistant auprès de la Ville en patientant quatre mois. Lorsqu'un journaliste mène une enquête, lorsque celle-ci est sur le point d'aboutir, lorsqu'il ne reste qu'un élément à valider en vertu d'une demande d'accès à l'information, il relance et talonne.

Ce n'était pas le cas pour les contrats d'ingénierie. La requête n'était que l'amorce d'une vérification.

Je l'ai écrit la semaine dernière, des soupçons de favoritisme dans l'octroi de contrats, c'est de la poutine politique à Sherbrooke. Un mets qui n'a d'ailleurs jamais vraiment mis les électeurs en appétit. En 2001, lors de la toute première élection de la ville unifiée, Richard Gingras a pratiquement misé toutes ses billes à dénoncer « le club des p'tits amis de Jean Perrault » pour tenter de déstabiliser son adversaire qui, malgré cela, l'a emporté avec une avance somme toute confortable de 10 points.

Le sujet refait surface à l'approche de chaque élection, municipale ou provinciale. Malgré la redondance, aucune preuve n'a, à ce jour, mis en cause des élus ou des hauts dirigeants municipaux.

C'est ce qui me ramène à la chronique de la semaine dernière sur « Le maire précautionneux ». Je n'ai jamais insinué qu'il y a eu une quelconque intention de dissimuler de l'information. Mes seuls reproches à l'endroit du maire Sévigny étaient d'avoir refusé de livrer de l'information en vrac aux journalistes par crainte de dérives médiatiques. À mes yeux, ses motifs n'étaient pas valables et rien n'a depuis prouvé le contraire.

L'autre préoccupation du maire Sévigny était de prévenir les dérives politiques. Si vous n'étiez pas à l'hôtel de ville lundi soir, il vous sera bien difficile d'en juger. Car les explications et discussions sur ce dossier ont duré 57 minutes. Le compte-rendu de la séance municipale, qui sera présentée à la télé à compter de mercredi, n'en comptera par contre que 21 minutes, soit la durée de la présentation de Me Sauvé. Donc, que l'administratif et le juridique.

Vous ne verrez rien des mises au point de Bernard Sévigny; rien des interrogations soulevées par d'autres élus; vous n'entendrez même pas le conseiller Louisda Brochu, membre du parti du maire, clore les discussions en affirmant que « l'essentiel est d'avoir démontré que rien d'inapproprié n'a été relevé ni dans le processus, ni dans l'attribution, ni dans les montants des contrats ».

Non, la dimension politique a été totalement « escamotée » dans la retransmission des débats à l'hôtel de ville. Au lieu de la poutine, attendez-vous à manger du pâté chinois.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer