Un timbre et des statues

Le premier ministre Trudeau nous fera-t-il vivre avec... (Archives, La Tribune)

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Le premier ministre Trudeau nous fera-t-il vivre avec le service postal l'égarement d'une promesse qui ne parviendra jamais à ses destinataires? Ça regarde plutôt mal.

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Autre gouvernement, mais même réalité. Même gouffre financier.

Même électeur, importe-t-il aussi de rappeler.

Il n'y a pas eu de miracle pour assainir le bilan de Postes Canada depuis que les libéraux de Justin Trudeau ont pris le pouvoir, il y a un an.

« Les coûts augmentent plus rapidement que les revenus... Postes Canada doit revoir son modèle organisationnel sans quoi elle ne sera plus en mesure de s'autofinancer » vient de livrer comme portrait le groupe de travail qu'a dirigé la présidente et directrice générale de la Chambre de commerce du Québec, Françoise Bertrand.

Pour éviter d'empirer les choses, ce comité a établi qu'une tarification annuelle de 88 $ devrait être imposée à chaque domicile voulant se soustraire à la transition vers les boîtes communautaires et conserver la livraison aux portes. Une recommandation qui viserait les citoyens d'une ville comme Sherbrooke.

Payer une franchise, pour recevoir des factures dans ma boîte aux lettres?

Parlant de franchise, voici la prémisse sur laquelle s'appuyait l'engagement de Justin Trudeau d'annuler le plan du gouvernement Harper qui voulait mettre fin à la livraison du courrier à domicile :

« Postes Canada est déjà rentable. Nous sommes complètement en désaccord avec la décision des conservateurs de forcer les Canadiens à payer davantage pour une qualité de service inférieure », retrace-t-on dans les archives libérales de la dernière campagne fédérale.

Des « lignes politiques » que les candidats libéraux de la région, dont Denis Paradis, Marie-Claude Bibeau et Tom Allen, ont répétées sur plusieurs tribunes à l'automne 2015.

La ministre Bibeau avait assez bien calculé ses affaires en tenant sa séance de consultation sur le service postal à Coaticook, vendredi dernier, soit quelques jours avant le dépôt du rapport ramenant son gouvernement sur terre.

La restauration complète du service à domicile coûterait au moins 1,2 milliard de dollars. Pour financer ce niveau de service, des frais annuels de 73 $ par porte devraient être facturés. Les déboursés seraient de 124 $ s'ils n'étaient imposés qu'aux adresses bénéficiant toujours du service à domicile.

On fait quoi, on sort les chéquiers ou on accepte les boîtes communautaires? Attendons un peu avant de renoncer, le temps de laisser Justin Trudeau aller au bout de son raisonnement.

Notre jeune premier ministre a l'air du gars dopé par l'optimisme, parti sur une balloune et qui risque de vivre avec le service postal le même « bad trip » comptable qu'avec le déficit anticipé du pays (qui, je vous le rappelle, s'annonce pour être cette année trois fois plus élevé que prévu). Lorsqu'il s'est commis en faveur de la légalisation de la marijuana, avez-nous pensé deux minutes que « grâce à son réseau de livraison national, inégalé à l'heure actuelle, Postes Canada est en position avantageuse pour saisir une part importante du volume d'expédition de marijuana utilisée à des fins récréatives »?

Pas moi, j'avoue.

Ce dernier extrait n'est pas une bulle libérale. C'est une évaluation par le comité Bertrand, que l'on peut croire assez lucide, du potentiel de nouveaux revenus pour Postes Canada, en distribuant et peut-être même en vendant de la marijuana dans des comptoirs postaux.

Les bureaux de poste transformés en franchises hybrides, où l'on vendrait du vin, des spiritueux, du pot, des timbres et tiens, pourquoi pas, aussi des produits du terroir!

Les villages retrouveraient leur magasin général. Ça créerait de l'ambiance, ça dynamiserait nos communautés dévitalisées qui vivent avec le sentiment d'être dépouillées après avoir perdu leur école et leur bureau de poste.

Au fond, il suffisait d'y penser.

Si Justin Trudeau a rêvé tout cela en écrivant son programme électoral, s'il réussit à attacher tous les fils avec ses ministres, à convaincre ses homologues provinciaux que c'est le concept d'économie du partage qu'il faut pousser à l'extrême pour avoir une gestion publique plus proche des citoyens et de leurs besoins, il méritera plus qu'un timbre. Il faudra qu'on lui érige des statues d'un bout à l'autre du pays.

La jeune garde a pris le pouvoir lors de l'élection du M. Trudeau à la tête du pays. Ce dernier déjante les vieilles pratiques en instaurant peu à peu une nouvelle façon de faire. Mais ce premier ministre fougueux, aimant se donner des airs de rebelle, nous fera-t-il tout de même vivre avec le service postal l'égarement d'une promesse électorale qui ne sera jamais livrée au destinataire?

Ça regarde plutôt mal.

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