Le maire précautionneux

Bernard Sévigny n'a pas à déterminer, selon son... (Archives, La Tribune)

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Bernard Sévigny n'a pas à déterminer, selon son bon vouloir, du délai pour rendre disponible de l'information pouvant être obtenue en suivant le protocole établi par les autorités provinciales.

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Ainsi donc, le maire Bernard Sévigny a pris sur lui de retarder pendant quatre mois le dévoilement de la liste des contrats d'ingénierie attribués par la Ville de Sherbrooke, pour veiller sur la qualité de l'information qui allait être rendue publique.

Samedi dernier M. Sévigny a admis dans nos pages « avoir escamoté » les délais de la loi d'accès à l'information en refusant de livrer de données « en vrac », sous prétexte que celles-ci auraient pu être mal interprétées.

Le souci de rigueur du maire était tel, qu'il a refusé les deux premières versions du rapport soumis au comité exécutif par les fonctionnaires. À ses yeux, ce travail manquait « d'analyse et de profondeur ».

Parlez-moi d'un maire précautionneux, une chance qu'on l'a!

Plus sérieusement, ça fait ronflant de se prétendre l'unique gardien de la rigueur intellectuelle. C'est également une attitude pompeuse que celle d'agir au mépris des lois sous prétexte que c'était la seule façon de garantir de l'information fiable aux citoyens.

Le maire est d'une part persuadé que le conseiller Marc Denault a cherché à l'envoyer dans un guet-apens en lui demandant publiquement si le Groupe SM avait été avantagé par la Ville pour l'obtention de contrats.

« Il n'était pas question de donner à M. Denault les 34 pages en lui disant de tirer des conclusions qu'il voulait », a soulevé le maire Sévigny pour justifier les longs délais avant de fournir une réponse au conseiller du district de Montcalm.

Là, c'est le conseiller Denault. Demain, la menace viendra peut-être d'un autre membre du conseil municipal. Sous le contrôle absolu du maire, on va rendre l'information disponible seulement au mérite ?

De la même façon, à en croire les propos de M. Sévigny, le filtre de la mairie était absolument nécessaire afin de prévenir un dérapage dont La Tribune aurait pu se rendre responsable, du fait que mon collègue Jonathan Custeau avait demandé par écrit à obtenir les contrats.

Les délais prescrits pour lui fournir l'information n'ont pas été respectés. La fin justifiait les moyens, essaie de nous vendre le maire Sévigny. Rigueur pour rigueur, avant d'insinuer que nous ne sommes qu'une bande d'imbéciles à l'esprit servile, je vous prierais, Monsieur Sévigny, de bien vouloir exposer le fondement de vos inquiétudes.

Qu'est-ce qui vous amène à mettre ainsi en doute notre discernement, avez-vous été traîné dans la boue sans fondement? Avez-vous été victimes d'insinuations déplacées et malveillantes? Si oui, exposez-nous vos doléances afin que nous puissions examiner si vous méritez des excuses. Le cercle des journalistes de l'Estrie est assez mature et assez responsable pour se regarder dans le miroir si besoin est.

Les liens de proximité entre des élus et des professionnels de l'ingénierie ont éveillé des soupçons dans le passé. À Sherbrooke, comme ailleurs, et tant autour de l'ex-premier ministre Jean Charest que d'élus siégeant à l'hôtel de ville.

Ça n'a jamais viré pour autant en chasse aux sorcières dans les différents médias estriens.

Lorsque votre propre parti a été pris en défaut d'avoir reçu des contributions illégales, le printemps dernier, les médias régionaux ont rapporté votre étonnement autant que l'empressement avec lequel le Renouveau sherbrookois a remboursé les sommes réclamées. De façon très objective, à part cela.

Qu'un citoyen ne connaissant rien à la profession nous prenne pour des pas fiables, je peux toujours comprendre. Quand ces mêmes doutes sont véhiculés par un homme politique ayant exercé notre métier pendant dix ans, c'est plus agaçant. Surtout quand celui-ci ne se donne même pas la peine d'expliquer les causes de sa méfiance.

« C'est un choix que j'ai fait et je l'assume pleinement », s'est défendu le maire Sévigny.

La délinquance est avouée, mais pas l'erreur d'avoir agi sur la base de craintes qui n'étaient pas fondées et de convictions qui étaient nettement exagérées. M. Sévigny a lui-même toujours clamé qu'il n'avait rien à craindre parce qu'il n'aurait rien à se reprocher.

Le maire occupe un poste d'élu lui accordant des pouvoirs décisionnels que je lui ai toujours reconnus. Là, par contre, il s'est accordé des pouvoirs qu'il n'a pas.

Bernard Sévigny n'a pas à déterminer, selon son bon vouloir, du délai à rendre disponible de l'information pouvant être obtenue en suivant le protocole établi par des lois provinciales. Son autorité sur la Ville ne lui accorde pas non plus de prérogatives pour entraver le travail des journalistes. Nonobstant la perception qu'il peut en avoir.

La première chose qu'il aurait dû assumer, c'est d'avoir erré.

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