Prisonniers de nos contradictions

La commémoration des attentats du 11 septembre 2001... (Agence France-Presse)

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La commémoration des attentats du 11 septembre 2001 doit nous rappeler que les bombardements incessants en Syrie causent la même dévastation que celle qui affligeait New York au lendemain de l'effondrement des deux tours du World Trade Center.

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / À l'échéance de notre passeport, ça vaut la peine d'opter pour un renouvellement de dix ans.

New York est redevenue une ville relativement sécuritaire. Boston, aussi. Ça dissipe les craintes que nos terres soient des planques et que notre frontière serve de porte d'entrée ou de corridor de fuite à des terroristes.

Ça fomente encore en Europe, car les services de renseignements français viendraient de faire avorter une attaque contre la gare de Lyon. En même temps, les résultats obtenus avec une vigilance accrue ont quelque chose de rassurant.

Non, vraiment, pas question de rester encabanés, enchaînés par la peur.

D'ailleurs, les probabilités de mourir lors d'une collision avec un orignal sur la route 26 qui mène à Old Orchard sont nettement supérieures à celles d'être déchiqueté lors de l'explosion d'un avion en vol. Malgré cela, on ne se prive pas d'une baignade à la mer.

Cela dit, ne nous leurrons pas non plus en cette fin de semaine de commémoration du 15e anniversaire du 11 septembre 2001. Le nombre d'attentats terroristes n'a cessé d'augmenter depuis que les tours jumelles du World Trade Center sont tombées et peu d'experts s'avancent à prédire que cette menace planétaire sera bientôt éliminée.

Pour venger la mort des 3000 victimes de ces attaques barbares, nos voisins sont partis aux trousses d'Oussama ben Laden, qu'ils ont exhibé comme un trophée le matin où ils ont fini par le trouver.

Le terroriste a été éliminé manu militari sans qu'on lui laisse le temps d'invoquer l'article 10 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, pour réclamer que « sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial ».

Suffisait-il d'associer cet assaut à une déclaration de guerre contre Al-Qaïda pour soustraire les Américains au devoir d'expliquer LEUR justice qui, en plus, a été exercée en violant le territoire pakistanais?

Pas besoin de verser dans l'excès comme Donald Trump pour admettre que le président s'apprêtant à quitter la Maison-Blanche n'a pas toujours agi en enfant de choeur!

Nous nous sentons plus forts, avec Barack Obama de notre côté, pour réprimander les Saoudiens qui piétinent les droits individuels en emprisonnant notamment le blogueur Raif Badawi dont la famille vit à Sherbrooke. Mais il y a des jours où nous avons manqué d'objectivité et de fermeté à l'endroit de M. Obama.

Ben Laden, Saddam Hussein, les Américains en ont fait du ménage. Pas assez au goût de Donald Trump, mais suffisamment pour causer des ressacs un peu partout à travers le monde. Mais surtout, sans réussir à assurer la stabilité avant d'avoir quitté les territoires où ils ont déployé leur armée.

Nous avons la plupart du temps été leurs alliés en estimant ces interventions nécessaires. Y compris pour essayer de mettre un terme aux carnages auxquels se livrent les fanatiques religieux qui se proclament les citoyens d'un pays qui n'existe que dans leur esprit dérangé.

En revoyant des centaines de fois la fin de parcours des kamikazes qui ont enfoncé des jets dans les gratte-ciel de New York s'étant par la suite effondrés, nous avons été témoins de gestes barbares. Une tuerie épouvantable a résulté de ces attaques ayant semé la peur et causé un chaos indescriptible. Il ne faudra jamais l'oublier.

Mais ne perdons surtout pas de vue que cette même dévastation résulte actuellement des furieux bombardements qui font toujours rage en Syrie. Le décompte des victimes et des blessés dépasse celui de New York. Tout aussi désolant, nous semblons totalement désarmés, à court de moyens, pour ramener le calme et garantir un minimum de sécurité aux gens vivant dans cette zone d'agitation, parmi lesquels on compte des dizaines de milliers d'enfants.

En plus d'être jour de recueillement à la mémoire des victimes de ces attaques hargneuses, de solidarité envers leurs proches et d'appui aux personnes ayant miraculeusement survécu dans cet enfer de feu et de ferrailles, le 11 septembre doit aussi être une prise de conscience de tout ce qui s'en est suivi.

Le temps qui s'est écoulé depuis cette offensive sournoise nous a placés en face de nos contradictions. Il nous a donné le recul nécessaire pour comprendre que ce n'est pas en pourchassant un homme ou en éliminant une poignée d'individus qu'on sortira de ce bourbier inquiétant, mais aussi très complexe.

Il faut continuer d'avancer, même les jours où d'autres actes de violence ravivent la peur. Mais sans la hargne, le rejet et le mépris qui nous enliseraient davantage.

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