Garder le fantôme en cage

C'est en réaction à des imprévus dérangeants qu'on... (La Tribune, Luc Larochelle)

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C'est en réaction à des imprévus dérangeants qu'on prend les grands moyens pour mieux protéger nos maisons contre l'humidité et l'eau alors que ces gestes devraient être posés en prévention.

La Tribune, Luc Larochelle

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Vous avez sûrement à la maison un hygromètre que vous déplacez de temps en temps, d'une pièce à l'autre, pour veiller à votre confort...

Un quoi?

Un hygromètre, le petit instrument aussi appelé « humidimètre » en référence à son utilité : mesurer le taux d'humidité.

Pas sérieux, vous ne vous souciez même pas des dommages que l'humidité pourrait causer à vos appareils électroniques? Vigilance, les copains, car bien qu'un peu moins sensible à l'humidité que les humains, votre téléviseur intelligent payé 4000 $ pourrait développer des maladies. Fouillez sur internet, c'est un risque connu, documenté.

Aussi rigoureusement démontré que les conclusions de jeunes chercheurs en santé de l'UdeS, qui ont constaté que 36 pour cent des 2097 étudiants rejoints durant leur enquête menée à Sherbrooke vivent dans des conditions malsaines causant des problèmes respiratoires.

La science vient nous secouer un peu l'inconscience sans toutefois nous dévoiler un grand secret puisqu'une semblable étude menée par les responsables de la Santé publique de Montréal avait révélé dès 2006 qu'au sein de la population habitant l'île, « des problèmes d'humidité excessive et de moisissures étaient présents dans 36 pour cent des domiciles où vivent des enfants de 6 à 12 ans ».

Je ne mets pas en doute ces observations faites tant à Sherbrooke qu'à Montréal, je les trouve même plutôt conservatrices. Ce risque, on devrait commencer par se demander comment on le gère dans notre propre maison.

Parmi les souvenirs de ma jeunesse, il y a celui des fenêtres qui suintaient à la maison. Tellement que durant l'hiver, on plaçait dans les glissières des serviettes qui servaient d'éponges. La maison était trop isolée et le problème a été résolu en évacuant cette humidité.

À l'achat de ma maison, mon père n'a pas eu de difficulté à me convaincre d'investir dans un échangeur d'air. J'ai pris des précautions additionnelles : déshumidificateur dans le sous-sol durant l'été, marmite d'eau sur le poêle à bois et l'humidificateur au besoin durant l'hiver pour éviter l'autre extrême, l'air trop sec. J'étais persuadé que je tenais le fantôme en cage.

De la façon dont nos sous-sols sont construits, les premières infiltrations d'eau peuvent rester invisibles, ruisseler sous le faux-plancher. Il n'y avait rien de perceptible, les piles de linge sale de mes ados ne captaient pas d'humidité même après avoir été deux semaines sans bouger.

« C'est un problème pernicieux. Un hygromètre aurait cependant détecté des variantes qui, elles, auraient pu vous mettre la puce à l'oreille », m'a expliqué l'expert que mon assureur a dépêché pour évaluer les dommages une fois que le fantôme eut révélé sa présence sur le plancher dénudé de mon atelier.

L'eau dans un sous-sol, c'est la conséquence. Faut que tu trouves les causes. Détection de fissure, inspection des drains, tu nages dans une mer de suppositions. Le moindre brin de pluie devient source d'appréhension. L'eau nous perle dans le front bien avant d'entreprendre les travaux de reconstruction.

Heureusement, j'ai évité les complications. Les problèmes de moisissures, les répercussions sur la santé, etc. T'en viens quand même à t'admettre que t'aurais dû faire les choses autrement. J'aurais dû me soucier davantage de l'eau avant d'agrandir les galeries, le patio, de construire les murets décoratifs, etc. Passer des drains de fondation sous l'oasis de détente, ça complique pas mal les choses après.

Pour chaque mini-excavatrice que vous verrez autour d'une maison dont les fondations sont dénudées, ajoutez une décimale aux cas risqués n'ayant pas nécessairement été recensés par nos chercheurs universitaires. Sur des murs trop humides, la peinture s'étend moins bien que dans les émissions de décoration. Elle colle au rouleau! On n'en parle pas très souvent à la télé, où l'on aime plutôt nous faire rêver.

L'eau est maintenant la plus importante cause de réclamations pour des dommages aux habitations, véhicule les assureurs dans des publicités à la radio. Même si le message est d'ordre général, il fait ressortir l'ampleur de problèmes qui iront en s'amplifiant avec le vieillissement du parc immobilier, la météo extrême et l'eau de surface que les propriétaires se renvoient dans une ville accidentée comme Sherbrooke où il n'est plus permis de déverser les gouttières directement dans la rue.

Les dirigeants de la Santé publique devraient songer à se réserver immédiatement un kiosque en prévision du Salon Expo-habitat de l'an prochain. Ils pourraient ainsi donner du poids aux chiffres décrivant une problématique très sérieuse pour laquelle il n'y a malheureusement pas d'efforts de prévention assez soutenus.

En attendant, songez à vous procurer un hygromètre. Soyez à l'affût des innovations. Comme on commence à être saturés d'applications pour téléphones intelligents afin de calculer nos pas, enregistrer nos battements cardiaques, contrôler la porte de garage ou le chauffage, d'autres usages communs susciteront bientôt l'intérêt.

Ça ne doit être qu'une question de temps avant de voir apparaître la sentinelle informatique qui nous préviendra que le taux d'humidité a franchi un seuil critique à l'intérieur de nos maisons. Ce serait utile, en s'il vous plaît.

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