La force du message

Le Centre de distribution de Wiptec, qui longe... (La Tribune, Luc Larochelle)

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Le Centre de distribution de Wiptec, qui longe l'autoroute 410 à Sherbrooke, a fait l'objet d'une plainte à l'Office québécois de la langue française. La compagnie accepte d'ajouter une inscription en français à son affichage extérieur.

La Tribune, Luc Larochelle

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le ministre Luc Fortin, gardien de la langue au Québec, ne se retrouvera pas entre l'arbre et l'écorce à cause du « Sherbylove » associé à la nouvelle murale du centre-ville. Même si elle divise, cette expression entre dans la catégorie des dérogations accordées pour les produits culturels.

Toutefois, avant que vous soyez tenté d'écrire au ministre Fortin pour l'inviter à s'ouvrir les yeux lorsqu'il circule sur l'autoroute 410, sachez que l'Office québécois de la langue française (OQLF) s'attarde à l'affichage d'une entreprise du parc industriel.

« Pick, Pack & Ship », s'annonce la compagnie Wiptec sur les façades de son centre de distribution de Sherbrooke, bien en vue le long de l'autoroute 410 et devant lequel passent autour de 33 000 véhicules par jour.

« L'Office nous a contactés, il y a quelques mois, à la suite d'une plainte. On nous exige une inscription en français. Ce sera fait au cours de l'automne. Notre priorité est de croître en affaires, pas de s'engager dans un débat de société » commente le président et chef de la direction de Wiptec, Martin Ball.

Sur la version française du site internet de Wiptec, le logo de l'entreprise est appuyé par l'énoncé « Préparation de commandes ». C'est la mention qui sera ajoutée à l'extérieur du bâtiment.

« Les mots Pick, Pack & Ship vont rester, car c'est notre ADN, notre marque de commerce. Le positionnement d'une entreprise, son identité corporative, c'est fondamental », défend M. Ball, qui est à la tête d'une entreprise familiale embauchant 200 personnes venant de compléter un projet d'expansion de 7,5 M$ à Sherbrooke.

« Je surveille ce qui se passe avec la murale et je ne vois pas d'outrage au français. Sherbylove est une expression populaire, connue, pourquoi ne pas l'utiliser? » s'interroge d'autre part l'entrepreneur de 43 ans.

Le ministre Fortin reste quant à lui dans ses plates-bandes.

« Ce n'est pas à moi de déterminer si Sherbylove est un bon choix. Pour ce qui est de Wiptec, le fait que l'entreprise souhaite apporter les correctifs nécessaires démontre que l'Office fait son travail et que la démarche d'accompagnement fonctionne bien », répond-il.

Le ministre Fortin défendra cet automne à l'Assemblée nationale des changements réglementaires qui obligeront les compagnies dont la raison sociale est en anglais à avoir un affichage complémentaire en français.

« Actuellement, quand vous circulez dans le mail central du Carrefour de l'Estrie, vous ne voyez que le logo de Toys "R" Us. Avec ce que nous proposons, il devra y avoir un générique ou un descriptif en français », illustre le député de Sherbrooke

*****

Revenons à la murale du centre-ville, en commençant par la facture de 339 000 $ qui chatouille.

Ce montant correspond à ce que la Ville va tenter de récupérer si elle réussit à retracer le fantôme qu'elle traque depuis quatre ans, j'ai nommé le propriétaire du défunt Maysen Pub. Une somme de 300 000 $ a été payée à même nos taxes pour démolir SA bâtisse, qui avait été incendiée en 2011 et qui risquait de tomber.

Quand le propriétaire de l'Hôtel Wellington laisse entendre qu'il pourrait nous faire le même coup fourré si la restauration de sa façade fatiguée lui coûte trop cher, j'enrage. Si on est pour hériter d'autres factures improductives, serrons la vis dès maintenant.

Autre élément, la promenade du lac des Nations a été réalisée en accumulant des contributions de la Ville ayant varié entre 1 et à 1,5 M$ par année. En plusieurs occasions, ces sommes autorisées ont été provisionnées en prévision, des acquisitions immobilières et des investissements qui ont été appuyés par les gouvernements supérieurs. L'utilité de cette formule d'anticipation a été démontrée.

Là, ça rouspète au conseil municipal pour quelques centaines de milliers de dollars en réserve ou parce que les dirigeants de Destination Sherbrooke ont pigé dans cette caisse les 139 000 $ représentant les coûts supplémentaires de la murale. Cet acharnement devient lassant.

J'ai gardé Sherbylove pour le dessert. Il est vrai que cette expression a fait pas mal de chemin sur les médias sociaux. Ma réserve n'est pas nécessairement linguistique, elle se résume à un mot : continuité.

La continuité que recherchent les grandes corporations qui n'auront pas à changer leur nom pour opérer au Québec. La continuité qu'invoque le président d'une entreprise sherbrookoise florissante pour s'accrocher aux trois mots en anglais liés à sa bannière et qui seraient son identité corporative.

Bon, ok, Sherbylove est le souvenir d'un roadtrip ben d'adon pour colorer de quelques mots une murale. À part ça, a-t-on aussi choisi d'en faire l'ancrage de notre drapeau, de notre bannière?

Si l'itinéraire est déjà tracé, la suite déjà planifiée, on met du temps à nous l'exposer. C'est ce qui m'amène à craindre une certaine improvisation.

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