Une ville de son temps

Le pavillon Pierre Lassonde du Musée national des... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec, qui a été inauguré en juin dans la capitale nationale, détonne de la trame historique reconnue comme patrimoine mondial par l'UNESCO. Aux yeux de plusieurs, il représente un chef-d'oeuvre architectural.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Il n'y a pas encore une cenne dans le coffre des dons afin de soutenir le projet d'agrandissement du Musée des beaux-arts de Sherbrooke alors qu'il en faudra au minimum 5 ou 6 millions. Il reste donc pas mal de temps pour se crêper le chignon sur le type de bâtiment qui aurait sa place sur notre patrimoniale rue Dufferin.

Ce bâtiment serait en rupture avec tous ceux... (Espace vital Architecture) - image 1.0

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Ce bâtiment serait en rupture avec tous ceux qui sont alignés jusqu'à l'église Plymouth-Trinity, incluant celui qui abrite les professionnels de la firme Espace vital Architecture, conceptrice de cette première ébauche.

Espace vital Architecture

Quand même un peu surpris par la levée immédiate de boucliers soulevée par l'esquisse publiée ces derniers jours par La Tribune.

« Les architectes ne sont-ils pas capables d'offrir à la population autre chose que ces horribles boîtes carrées », soulevait mardi une Sherbrookoise dans notre page Opinions. J'ai lu le même genre de critiques sur les réseaux sociaux.

Si vous n'avez pas vu ladite esquisse, il s'agit effectivement d'une superposition de formes à angles droits. La plus petite servirait de socle à celle qui serait de plus grande superficie au-dessus.

Rien à voir, j'en conviens, avec la partie existante du musée. Pas davantage avec l'édifice voisin, celui de la Société d'histoire de Sherbrooke, dont l'horloge ayant vu circuler les tramways à Sherbrooke a récemment été restaurée. Ce bâtiment serait en rupture avec tous ceux qui sont alignés jusqu'à l'église Plymouth-Trinity, incluant celui qui abrite les professionnels de la firme Espace vital Architecture, conceptrice de cette première ébauche.

On peut cependant tracer un parallèle avec le pavillon Pierre Lassonde, dernière composante du Musée national des beaux-arts du Québec, qui s'avère l'un des hits culturels de l'été. Son architecture contemporaine brille à côté du presbytère centenaire des Dominicains, aux portes du parc des Champs-de-Bataille, lieu historique de la capitale nationale.

Le nouveau pavillon suscite l'intérêt. Aux yeux de plusieurs, il s'agit d'un autre chef-d'oeuvre architectural dans une ville dont la richesse patrimoniale est reconnue mondialement par l'UNESCO.

On est loin d'être à l'étape des décisions, mais où serait le blasphème d'avoir à Sherbrooke la même ouverture à ce que la modernité côtoie des bâtiments historiques?

L'espace disponible pour agrandir le Musée des beaux-arts est restreint au centre-ville. L'étroit terrain vacant est pris en serre entre la rivière Magog et l'immeuble existant. Pas moyen de reculer, l'usine d'American Biltrite est juste derrière.

Pas le choix donc d'avoir un minimum d'emprise au sol et de donner un peu plus de volume en hauteur, pour épurer et aérer tout en ayant le souci de maximiser la superficie qui serait ajoutée pour exposer des oeuvres.

Le concept peut sans doute être bonifié, mais en considérant également l'abondante fenestration du côté de la rivière, ça ne serait ni difforme ni monstrueux. Ça pourrait même aller.

J'étais jeune journaliste, en 1987, lorsque l'actuel palais de justice a été inauguré sur le plateau Marquette. L'immeuble de bureaux qui est voisin a été construit à la même époque. Lorsque ces édifices neufs sont apparus à côté de l'ancien complexe manufacturier de la Paton, j'ai entendu les mêmes réserves. Trois décennies plus tard, les uns sont fondus parmi les autres.

L'Hôtel Grand Times, qui a ensuite été construit sur le site convoité bordant le lac des Nations, ne ressemble en rien à la Paton ou au Manège militaire, situé juste en face. Tant que le gouvernement fédéral aura le souci de sauvegarder ce dernier édifice construit en 1908, il ne perdra rien de son lustre. La vieille gare ne souffre pas davantage du contraste d'époque avec le complexe hôtelier n'ayant même pas encore dix ans.

Les vues panoramiques à Sherbrooke, de chaque côté de la rivière Saint-François ou du haut du mont Bellevue, nous offrent un voyage dans le temps. Elles nous montrent que le charme d'une ville tient à la diversité des bâtiments qui sont des jalons de son histoire.

Il n'y aurait rien de plus moche et de plus terne qu'un regard sur l'uniformité. En plus d'être ennuyeux à mourir, ça ne ferait pas grand-chose à exposer dans un musée!

Une ville de son temps n'est pas figée dans le passé. C'est une communauté capable de construire des ponts entre les époques et entre les générations.

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