Survivre aux exigences réglementaires

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L'aide gouvernementale pour l'installation de gicleurs dans les résidences pour personnes âgées est plus généreuse pour les petits établissements que pour les gros.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le maire de Weedon, Richard Tanguay, est décontenancé. La Résidence St-Janvier, facteur de rétention des aînés dans sa municipalité, va fermer ses portes. L'entreprise n'aurait pas les reins assez solides pour investir ce qu'il lui en coûterait pour se conformer aux nouvelles normes que Québec impose aux résidences privées pour personnes âgées.

Small is painful dans cette industrie. On recensait il y a quelques années au Québec autour de 900 établissements hébergeant dix pensionnaires ou moins. Le tiers de ceux-ci aurait depuis été rayé de la carte, selon les chiffres fournis par le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA).

Pendant que les grandes entreprises multipliaient les investissements dans des constructions neuves ou modernisaient leurs installations, les petits joueurs peinaient à survivre. Très souvent dans des bâtiments vieillissants.

Une réalité qui rattrape bien du monde depuis qu'elle a été exposée par l'incendie meurtrier de L'Isle-Verte, qui a emporté 32 vies. Plusieurs aînés des communautés rurales vivent dans des charpentes de bois plutôt qu'à l'intérieur d'édifices en béton, dans des établissements sans gicleurs et en misant sur des pompiers volontaires plutôt que sur des effectifs permanents pour écourter le temps d'intervention en cas de sinistre.

« Les autorités provinciales savaient tout cela, elles étaient conscientes du défi que posent les mises à niveau. Les programmes ont été adaptés en conséquence. Je ne pense pas qu'on puisse reprocher au gouvernement d'avoir ignoré la réalité des petits établissements et des communautés rurales », juge Stéphane Dufresne, le consultant coordonnant le programme Assistance Bâtiment que le RQRA offre à ses membres pour les aider à survivre aux nouvelles exigences réglementaires.

Pour appuyer ses dires, M. Dufresne se réfère à l'aide financière de Québec pour d'amortir les coûts d'installation des gicleurs, qui deviendront obligatoires à compter du 2 décembre 2020 dans toutes les résidences pour personnes âgées, à l'exception des habitations qui compteront au plus 8 logements ou qui hébergeront au plus 16 personnes.

« Le soutien est inversement proportionnel à la taille d'une résidence. Le gouvernement offre de défrayer 60 pour cent des coûts d'installation de gicleurs dans les établissements comptant 30 résidents et moins. Pour la tranche de 31 à 91 résidents, la contribution gouvernementale est de 40 pour cent. Elle chute à 20 pour cent pour les gros propriétaires. L'aide financière peut donc atteindre autour de 1800 $ sur des coûts moyens de 3300 $ par unité », décrit le professionnel.

M. Dufresne fait également valoir que Québec prend à sa charge la presque totalité des coûts de raccordement des résidences pour personnes âgées à un réseau d'aqueduc. Il note par ailleurs que l'installation des systèmes d'alarme et des mitigeurs d'eau (rendus obligatoires pour éviter que d'autres aînés soient exposés à de l'eau bouillante) occasionne des coûts devant être supportés à 100 pour cent par les propriétaires.

« On ne se cachera pas que la bureaucratie gouvernementale n'est jamais très invitante, c'est beaucoup de paperasse. Nous aurions tous été plus heureux si le gouvernement avait pu nous offrir davantage, mais il faut objectivement reconnaître que le Québec allonge 70 millions de dollars alors que les propriétaires de l'Ontario n'ont eu droit à aucune subvention pour se conformer aux mêmes exigences », juge également le président du RQRA, Yves Desjardins.

De quoi pondérer les critiques du maire de Weedon, qui juge que les petites communautés comme la sienne sont abandonnées à elles-mêmes.

Le maire Tanguay, qui a l'expertise des projets financés avec le programme provincial AccèsLogis, reconnaît que sa municipalité pourrait parrainer une autre demande afin de pallier la fermeture de la Résidence St-Janvier.

« Nous avons déjà une quinzaine de logements communautaires à Weedon et, oui, ce serait envisageable de soumettre un autre projet. Jusqu'à quel point par contre les deniers municipaux et provinciaux doivent-ils servir à concurrencer les investissements privés? Je ne veux pas tuer l'entrepreneuriat dans ma ville », fait-il valoir.

Selon M. Tanguay, la fermeture de la Résidence St-Janvier obligera seize personnes à se trouver un nouveau toit. Dans le registre gouvernemental, l'établissement est inscrit avec une capacité d'hébergement de 36 personnes. Le taux d'occupation actuel serait donc inférieur à 50 %.

« Il y a énormément de fluctuation dans la clientèle et c'est un volet très difficile à contrôler. Un petit milieu peut se retrouver avec une trouée démographique pendant quelques mois, quelques années, ensuite, la demande explose. Les nouvelles normes ajoutent à la pression financière causée par la hausse des autres coûts fixes, dont l'augmentation du prix des aliments. C'est toute une gymnastique pour les petits propriétaires », résume Yves Desjardins.

La sécurité coûte cher et elle cause passablement d'insécurité. Non seulement à Weedon, mais dans tout le Québec.

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