La capacité d'adaptation des enfants

Élissa Grondin vit maintenant sans l'attirail médical qui... (Photo fournie par la famille Grondin)

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Élissa Grondin vit maintenant sans l'attirail médical qui l'accompagnait à sa sortie de l'Hôpital Sainte-Justine, en juillet, à la suite d'une greffe du coeur subie en mars dernier. Bien que la fillette de cinq ans ait réalisé d'énormes progrès, ses parents jugent qu'il est prudent de retarder son entrée à la maternelle.

Photo fournie par la famille Grondin

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le matin brutal s'en vient pour les parents appréhendant l'instant où ils laisseront leur « grand de cinq ans » à la maternelle. La rentrée est dans cinq dodos.

« On se revoit ce soir. Tu vas voir, ça va bien aller », chuchoteront lundi matin à l'oreille de leur enfant les mamans et les papas cherchant à se réconforter eux-mêmes.

Les deux fois que ça m'est arrivé, j'ai pleuré.

« T'en fais pas, papa. Je saurai me débrouiller », me soufflera probablement cette fois ma « p'tite de 23 ans » qui m'a demandé d'aller la déposer en fin de journée au terminus.

Notre bébé quitte le nid familial. Comme sa soeur aînée, elle prend le large. Montréal l'attend, avec un premier logement.

Papa va encore avoir les larmes aux yeux. Petits ou grands, c'est le même déchirement.

Pendant que je ressassais les souvenirs d'heureux moments avec mes pitchounettes m'est revenue l'image de la petite Élissa Grondin étrennant son nouveau coeur sur son tricycle à la sortie de l'Hôpital Sainte-Justine.

C'est vrai, cette jeune greffée du coeur a aussi cinq ans. Est-elle déjà prête à entrer en classe?

« Depuis qu'elle a quitté l'hôpital, au début du mois de juillet, Élissa a pris du mieux. Beaucoup de mieux. Le gavage est terminé, elle a recommencé à manger. Elle respire par elle-même, sans oxygène, de nuit comme de jour. Elle retrouve de sa motricité et de son agilité. La progression est très encourageante » rapporte fièrement sa mère Josée Scantland.

C'est phénoménal, quand on pense que la vie de la petite ne tenait plus qu'à un fil le printemps dernier. Son corps était à la limite de ce qu'il pouvait supporter avec un coeur mécanique (de Berlin).

L'entrée en classe, elle, peut attendre.

« La médication antirejet qu'elle reçoit affaiblit toujours son système immunitaire. Exposée aux microbes se propageant inévitablement dans un milieu où il y a des centaines d'enfants, elle risquerait une contamination ambiante et des complications pulmonaires », explique sa maman.

Outre les risques bactériologiques, les parents ont considéré les écarts physiques s'étant creusés durant les années au cours desquelles le développement d'Élissa a été hypothéqué par les malformations cardiaques de naissance que seul un nouveau coeur pouvait corriger.

« Bien qu'elle soit âgée de cinq ans, Élissa a actuellement le corps d'un enfant de seulement trois ans. Elle trouverait difficilement sa place au milieu des autres enfants. Les médecins nous disent qu'une seule poussée de croissance peut corriger tout cela. Il vaut donc mieux attendre.

Peut-être pourra-t-elle entrer en classe dans six mois ou alors, seulement l'an prochain. Un décalage de douze mois ne serait pas significatif dans son apprentissage académique tandis qu'il peut faire une énorme différence pour elle sur le plan physique. Nous voulons lui donner la chance de grandir normalement, sans attirer le regard des autres enfants », précise Mme Scantland.

Pour le moment, même dépouillée de son attirail médical, Élissa ne passe pas inaperçue.

« Dans les magasins, beaucoup de gens la reconnaissent. Ils prennent le temps de nous saluer et de nous encourager. Ça fait chaud au coeur. Si Élissa reste aux yeux des adultes un symbole de l'importance des dons d'organes, nous n'aurons aucune difficulté avec cela. Il faut que le message se répande, que d'autres parents éprouvés par la mort d'un enfant épousent la cause afin que les médecins puissent en secourir d'autres enfants ».

Il est effectivement secondaire qu'Élissa ne soit pas encore prête à porter son sac d'école. Elle a recommencé à sauter, à nager. Elle est en voie de rebondir.

Lundi matin, en séchant vos larmes après avoir déposé votre grande ou votre grand de cinq ans à la maternelle, pensez à Élissa. À la capacité d'adaptation extraordinaire des enfants.

Je m'efforcerai d'en faire autant en rentrant à la maison sans mon bébé...

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