La justice pour les chiens

Cette photo des deux banderoles de Raif Badawi... (Spectre Média, René Marquis)

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Cette photo des deux banderoles de Raif Badawi accrochées aux colonnes de l'hôtel de ville avec un chien à l'avant-plan illustre à quel point la protection des animaux a pris le pas sur notre engagement dans le combat pour la libération du blogueur saoudien, attendu à Sherbrooke par les membres de sa famille.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / La photo illustrant cette chronique est celle que vous avez vue dans notre édition d'hier. La redondance est volontaire, c'est moi qui ai insisté.

Cette photo des deux immenses banderoles de Raif Badawi accrochées aux colonnes de l'hôtel de ville avec un chien à l'avant-plan vaut mille mots. Elle est une sombre caricature de nos priorités des derniers mois à Sherbrooke.

Les mois passent, au risque que le blogueur Badawi meure à petit feu dans la prison à l'intérieur de laquelle il reste enfermé avec sa liberté d'expression sans qu'on secoue de temps à autre l'indolence de la monarchie saoudienne et la torpeur diplomatique canadienne représentant son mince espoir de libération.

La seule chose qu'on ait sue - ou qu'on ait cherché à savoir - ces derniers temps à propos du père de famille muselé, c'est que son histoire inspirera le tournage d'un film. Désolé pour ce manque de considération. Avec quelques jours de retard, joyeux anniversaire quand même, Mme Haidar...

C'est rendu fou, à quel point la protection des animaux domestiques nous accapare. Elle a pris le pas sur notre engagement à défendre les droits de l'homme ainsi que la cause de M. Badawi.

Il y aurait urgence d'empêcher d'autres abus comme celui dont Toxon a été victime, prétendent les promoteurs d'une justice canine. Ceux-ci reprochent à la Société protectrice des animaux (SPA) de l'Estrie d'avoir agi dans la précipitation et suivant des principes discriminatoires en euthanasiant le pitbull ayant pris à la gorge un chien de plus petite taille.

Ça prend un tribunal administratif, une instance neutre pour évaluer les chiens ayant manifesté un comportement agressif, ont réclamé lundi soir ces militants auprès des élus sherbrookois. Leur demande est endossée par presque 600 personnes, appuis récoltés en l'espace de seulement quelques semaines.

Une mobilisation régionale de cette envergure n'est pas rien en pleine période de vacances. Elle dilue l'ampleur de l'élan de solidarité envers Raif Badawi. Ce parallèle assez désolant est plutôt gênant.

Rappelons qu'en quatre mois, entre février et juin, à peine 600 Canadiens dont 552 Québécois ont appuyé la pétition parrainée par le député fédéral de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault, réclamant du gouvernement Trudeau qu'il confère à M. Badawi le titre de citoyen honoraire du Canada. Par chance, la croisade d'Amnistie internationale, dont la pétition atteindra bientôt 81 000 signataires, nous fait un peu mieux paraître.

Un système de justice pour les chiens ? Quand même !

La SPA n'est plus crédible, ses liens financiers avec les villes font qu'elle est passée du côté des méchants ? À Sherbrooke, rien n'empêche des citoyens suspicieux de demander à l'ombudsman de la Ville d'évaluer si, dans le cas spécifique de Toxon, ce service administratif a été rendu efficacement et selon toutes les conventions applicables.

Ça tire dans toutes les directions dans le dossier des chiens dangereux. Malheureusement, l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec ne recevra pas une médaille pour la rigueur et l'objectivité de sa récente analyse qui, au départ, citait sans nuances des études commanditées par un lobby de défense des animaux. À force de trier, on va être à court de spécialistes tantôt.

Avant de mettre à mort un chien jugé dangereux en vertu des règlements municipaux, la SPA de l'Estrie l'évalue. Lorsque la recommandation ne convient pas au propriétaire de la bête, celui-ci peut, à ses frais, demander une contre-expertise.

Si la seule réserve est que la SPA se retrouve juge et partie lorsque vient le moment de soupeser des opinions contraires, ça s'arrange. On pourrait dans ces cas s'en remettre à un quelconque comité indépendant pour trancher. Sans que cela coûte une fortune, on pourrait dissiper les doutes de partialité.

On parle par contre ici d'une procédure, d'une simple mécanique d'arbitrage, pas d'un système de justice reposant sur des enquêtes exhaustives, la comparution de témoins et de longues plaidoiries.

Nos tribunaux peinent à juger à l'intérieur de délais raisonnables les causes civiles et criminelles impliquant des enfants, des adolescents et d'adultes. OK, on va laisser les chiens dans leurs niches.

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