Tirer le diable par la reconnaissance 

Sans avoir toutes les réponses quant aux impacts... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Sans avoir toutes les réponses quant aux impacts économiques d'un salaire minimum à 15 $ au Québec, Alexandre Taillefer porte un regard sur la rémunération nous incitant à relever le menton.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Survivre sur le marché de l'emploi est un job à temps plein. C'est un défi quotidien nous obligeant à travailler fort.

À travailler plus, pour produire à moins cher, sans quoi la concurrence nous raye de la carte. Elle nous pousse dans la trappe.

On travaille comme des damnés, avec le sentiment d'être devenus les esclaves du diable ou avec le ressentiment d'être les otages de ceux qui ne travaillent pas.

En plus, la mondialisation tire nos salaires et nos conditions de travail vers le bas. Au lieu d'une bonification, il faut d'autres concessions. Renoncer serait devenue une condamnation, tellement on nous décrit comme des conscrits en sursis.

Dans ces conditions de sauve-qui-peut, pensez-vous l'économie québécoise capable de supporter un salaire minimum de 15 $?

L'homme d'affaires Alexandre Taillefer, que plusieurs réussites entrepreneuriales ont rendu crédible, endosse la suggestion tout en admettant ne pas en connaître toutes les répercussions et sans pouvoir garantir qu'elle serait économiquement viable avant la réalisation d'analyses plus poussées.

Reste que la confiance de l'ex-dragon dans la capacité du Québec à s'engager dans cette voie est une bouffée d'air frais nous incitant à relever le menton : n'est-il pas temps de recommencer à regarder vers le haut pour cesser de tout niveler par le bas?

Ne jouons pas à l'autruche, économiquement parlant, le Québec tire encore le diable par la queue. Mais rien ne nous empêche d'envisager les choses autrement pour se donner un plan de match différent, question de tirer le diable avec un peu plus de considération et de reconnaissance sur la base d'un code de valeurs accentuant le souci de partage et d'équité.

À un taux horaire de 10,75 $, notre salaire minimum n'est pas indécent en proportion du salaire moyen (autour de 23 $) et du coût de la vie au Québec en comparaison avec les conditions prévalant en Alberta ou dans des États américains comme la Californie, où des réajustements importants sont annoncés.

C'est ce pour quoi d'ailleurs le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, manifeste peu d'empressement à l'idée d'une remise en question. À son avis, le salaire minimum « est à l'intérieur de ce qui est souhaitable ».

La crainte est la même partout lorsqu'il est question de hausser le salaire minimum, celle d'étouffer les entreprises. En particulier celles du commerce de détail.

Je serais tout de même curieux d'entendre le ministre Leitão débattre de la question avec Alexandre Taillefer. En invitant également à cette table ronde, le président et chef de la direction de la Maison Simons, Peter Simons, le joueur-clé du commerce de détail au Québec ayant prévenu les autorités gouvernementales, il y a quelques mois, du risque d'un « tsunami ».

Le printemps dernier, M. Simons s'est montré beaucoup moins préoccupé par les coûts de sa main-d'oeuvre que par les fuites commerciales croissantes causées par les géants du commerce électronique n'étant pas soumis aux mêmes règles fiscales que son entreprise.

« Réveillez-vous » a lancé M. Simons en s'adressant aux autorités fédérales, provinciales et municipales.

Pour un, le gouvernement du Québec ne demanderait pas mieux que de mettre la main sur les millions de dollars qui lui échappe. Il ne lui sera pas simple de colmater toutes les brèches afin d'obliger les commerces furtifs à payer des impôts corporatifs et à prélever les mêmes taxes à la consommation que les magasins ayant pignon sur rue au Québec.

C'est toutefois le démon auquel il faut s'attaquer pour assurer une concurrence loyale et du coup, des salaires convenables à des employés comme ceux avec lesquels la Maison Simons, par exemple, a su développer une culture d'entreprise efficace ayant été profitable jusqu'à maintenant.

Si on n'en fait qu'une discussion froide de chiffres, la peur de prendre des risques va nous enfermer dans le statu quo. Si, au contraire, la réalité démographique du Québec vieillissant nous pousse à admettre que la rareté de main-d'oeuvre annoncée et inévitable obligera de toute façon bon nombre d'employeurs à revoir leur échelle de salaires et de valeurs, l'objectif peut nous faire avancer collectivement.

D'ici à ce que nous soyons convaincus qu'un réajustement significatif du salaire minimum serait bon pour le portefeuille d'une majorité de Québécois, convenons que c'est au moins bon pour le moral d'avoir le cran et l'audace d'envisager la chose!

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer