Le décompte des chaises vides

Même avec une vigilance ou une autonomie variable,... (Archives, Le Droit)

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Même avec une vigilance ou une autonomie variable, le désir de liberté des aînés est total. C'est ce qui rend l'encadrement compliqué dans les résidences privées pour personnes âgées.

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Je vous dis registre que vous pensez immédiatement au registre des armes à feu. Normal, le débat sur le contrôle des armes utilisées par les chasseurs fait rage depuis tellement longtemps.

On ne s'intéresse par contre que très rarement au registre des absences dans les résidences pour personnes âgées. Sans être une obligation légale, le décompte des chaises vides aux repas est une façon d'exercer une surveillance minimale.

Un coroner a récemment corroboré les critiques d'une famille décontenancée parce qu'il a fallu sept jours au personnel d'une résidence pour aînés de Saint-Jean-sur-Richelieu pour s'inquiéter de la disparition d'une femme de 85 ans ayant finalement été retrouvée morte dans sa chambre.

Le jour même où le coroner André-H. Dandavino recommandait à l'exploitant de l'établissement en cause « de réviser ses processus de gestion des absences prolongées », un homme de 93 ans était retrouvé dans des buissons adjacents au stationnement du Domaine Fleurimont.

Selon ses proches, il y aurait passé une journée entière après avoir manqué quatre repas et un coucher.

« C'est inadmissible que le personnel de l'établissement ait mis autant de temps à réagir », blâme son gendre Gaston Maheux.

La version du directeur général du Domaine Fleurimont, Patrick Tétrault, diffère.

« Selon nos relevés effectués lors de chaque repas, le pensionnaire était présent au souper de la veille et il a été vu au cours de cette même soirée. Il était au déjeuner, mais ne s'est pas présenté aux deux repas subséquents. C'est ce qui a déclenché nos recherches. Peu importe le temps qui s'est écoulé, cet incident nous atteint, il nous heurte. Notre équipe dédiée et professionnelle a le souci des gens », répond M. Tétrault.

Fort heureusement, les conséquences n'ont pas été aussi dramatiques qu'en Montérégie. Le vieil homme ayant trébuché portait des ecchymoses, il avait été piqué par des guêpes, mais il ne souffrait pas de blessures portant atteinte à sa vie.

C'est ce qui pose problème pour chercher la vérité. S'il était mort, un coroner serait déjà au travail pour établir les faits; s'il avait été dépouillé de l'argent qu'il portait sur lui ou s'il avait été molesté, la police enquêterait sur de possibles gestes criminels. Dans un cas comme dans l'autre, il n'en est rien.

Les répondants régionaux de la santé ne sont pas partis pour s'en mêler non plus :

« Notre responsabilité est de s'assurer qu'une résidence répond à tous les critères avant d'être certifiée. C'est par contre la responsabilité de l'exploitant de s'assurer de la sécurité et de la qualité des soins des résidents », m'a répondu une porte-parole du CIUSS de l'Estrie-CHUS, Sylvie Vallières, en me renvoyant aux règles provinciales.

De fait, l'exploitant d'une résidence privée pour aînés doit établir, faire connaître et faire respecter les procédures à suivre en cas de danger pour la vie, l'intégrité, en cas de décès ou d'absence inexpliquée d'un résident.

Tout cela existe au Domaine Fleurimont où l'engagement est de contacter les proches après trois absences consécutives à des repas. Si l'on se fie à la version de la famille, il y aurait eu manquement à la politique interne. Suivant celle de la direction, l'alerte aurait été devancée.

Qui croire? Comment savoir? Personne n'a le mandat de chercher des réponses.

« L'encadrement des personnes autonomes et semi-autonomes est une zone grise pour le gouvernement comme pour nous. Nous ne pouvons mettre les aînés sous surveillance, car ils ont les mêmes droits de liberté que n'importe quel locataire. Personne ne songe à appeler le propriétaire d'un immeuble à logements pour réclamer qu'il empêche un individu de rendre visite à ses proches sous prétexte qu'il serait menaçant. Ce sont pourtant des demandes que nos membres reçoivent. Veiller sur la sécurité, c'est large comme responsabilité avec des pouvoirs limités », illustre Yves Desjardins, qui préside le Regroupement québécois des résidences privées pour aînés (RQRA).

Les entreprises représentées par le RQRA réclameraient les pouvoirs d'imposer un couvre-feu général à 20 h 30, afin que leur personnel puisse systématiquement faire le tour des chambres pour prendre les présences, que bien des aînés seraient contrariés. Ma mère, qui raffole des clairs de lune sur le balcon, serait la première à monter aux barricades.

Vigilance et surveillance sont des synonymes, mais les interprèteriez-vous de la même façon si je vous confiais une tâche de gardien? Moi, je serais confus.

À mon avis, c'est la première chose à tirer au clair entre les répondants d'une résidence pour personnes âgées, un ou une locataire et ses proches. Autrement, on marche dans la zone grise.

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