Bien plus qu'une carte postale

Les paysages, dont la réputée plage de la... (La Tribune, Luc Larochelle)

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Les paysages, dont la réputée plage de la Dune-du-Sud à Havre-aux-Maisons, sont fabuleux aux Îles-de-la-Madeleine. Les habitants sont aussi généreux que la nature qui les entoure.

La Tribune, Luc Larochelle

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Je ne suis pas le premier à revenir des Îles-de-la-Madeleine sur un nuage plutôt qu'à bord du traversier.

- « C'est un p'tit coin de paradis, pas loin d'ici... »

Onze heures de route jusqu'à l'Île-du-Prince-Édouard, cinq autres sur le bateau, sans compter celle perdue en passant à l'heure des Maritimes, ce n'est pas à la porte. Mais, à la rencontre de gens qui ne regardent pas l'heure parce qu'ils ont du temps, le vent a tôt fait de mâter nos cerveaux programmés pour gérer à la minute près !

Tim Hortons a accroché sa bannière à un mât près du quai de Cap-aux-Meules. Feignez de ne pas la voir en arrivant, ça fait partie du sevrage pour passer en mode découverte. Les habitudes du service au volant reviennent par elles-mêmes à la fin des vacances.

Après un voyage en mer de nuit, première halte au Restaurant chez Armand du secteur Fatima. Notre groupe de douze Estriens devance le propriétaire chauffant ses plaques, qui nous offre de squatter ses tables à pique-nique jusqu'à ce qu'il soit prêt à nous servir le déjeuner.

Le soleil baigne déjà dans l'immensité qui rapetisse l'espace minuscule que nous occupons. Le bord de mer est irrésistible. Y'a un semblant de chemin au milieu de l'herbe en friche, au diable la rosée.

Le bruit des vagues heurtant les falaises prend le contrôle de mes sens, le son des tondeuses est à des centaines de kilomètres.

Évasion de courte durée, le voisin saute sur son tracteur !

Le vieil homme descend vers le sentier et tond jusqu'à la mer. Il élargit l'emprise en passant en sens inverse, puis range son tracteur et retourne sur son patio sans nous adresser la parole.

Est-ce un message subliminal pour nous reprocher d'avoir violé sa propriété ? Je cours m'excuser de ne pas avoir demandé de permission.

« Y'a pas de faute, je voulais épargner aux autres d'avoir à se mouiller les pieds pour aller à la mer », me répond-il.

Armand Leblanc, 78 ans, en a vu passer des touristes. Le restaurant d'à côté a été sien durant la moitié de sa vie.

« Nos lots se rendent à la mer. Mais, ici, y'a que les gens de la ville, ceux qui viennent s'acheter des résidences secondaires, qui pensent détenir un droit exclusif. Le bord de mer appartient à tout le monde. »

La voisine qui cueille des fraises hésite un moment lorsque je sollicite le privilège de m'asseoir quelques instants sur sa chaise Adirondack offrant une vue imprenable :

- « Les oiseaux s'y sont arrêtés avant vous, faudrait que je la nettoie. »

Avant que j'aie eu le temps de lui dire de ne pas se soucier de ça, elle revient avec un linge. Dans l'esprit d'Armand et des autres Madelinots, les intrus ne sont pas ceux qui empiètent, mais ceux qui empêchent !

Ces insulaires sont isolés, enclavés par la mer, on les imagine parfois malheureux à devoir s'encabaner tout l'hiver. Sauf que cet environnement parfois hostile les a rendus solidaires, il en a fait des gens exceptionnellement avenants et accueillants.

Les urbains ont le sens d'appropriation très fort. Trop fort. Notre tolérance n'est guère plus grande que nos lots cadastrés de plus en plus étroits parce que l'espace devient rare et fortement convoité.

Les parois de la plage de la Dune-du-Sud, considérée comme l'une des cinq plus belles plages au Québec, sont sublimes. Avançant vers la mer, elles nous protègent du vent, elles nous isolent. À marée haute, on dirait des bornes de lots.

Y'a de la place ailleurs, ici, c'est privé, ai-je eu comme première pensée en voyant la marmaille de quelques jeunes familles venir briser la quiétude d'une section de plage où nous avions été seuls durant toute la matinée.

Outre les propos d'Armand, les mots de Dan Bigras ont résonné :

« Si tu me surprends à fermer les fenêtres parce que le bruit des enfants me monte à la tête, tue-moi ! »

Les paysages des Îles sont fabuleux, tout comme ses habitants accessibles et généreux grâce à qui l'on repart la tête pleine d'heureux souvenirs et avec un remède pour soigner le nombrilisme.

« C'est un p'tit coin de paradis, pas loin d'ici... », chante Pierre Robichaud dans sa composition sur les Îles-de-la-Madeleine que l'impayable MC Gilles a sélectionnée dans l'un de ses albums de « musique de sous-sol ».

Notre voyage part du coffret de l'humoriste au chapeau de cowboy. À fredonner cette chanson dans l'ivresse d'une soirée entre amis, l'un de nous a donné le signal de départ. Tous ont suivi.

Merci, gens des Îles. Merci, MC Gilles. Merci, M. Robichaud.

Quelle cure !

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