Les yeux ronds comme des ballons

Luke Bélanger, père de l'olympienne membre de l'équipe... (Spectre Média, René Marquis)

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Luke Bélanger, père de l'olympienne membre de l'équipe canadienne de soccer, et Armand M. Batika, père du soccer à Coaticook, étaient des spectateurs attentifs lors de la retransmission du match remporté par le Canada.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Grâce au succès phénoménal de Foresta Lumina, la gorge de Coaticook est bondée de touristes. La ville, elle, est gorgée de fierté même si son olympienne Josée Bélanger n'a pas sauté sur le terrain lors du premier match de l'équipe canadienne de soccer féminin, qui vise un autre podium aux Jeux de Rio.

Il y a certes eu déception de ne pas voir la joueuse arborant le numéro 9 au sein de l'alignement de départ, mais elle a vite été dissipée par le revirement qui a coûté un but aux Australiennes dès la première minute de jeu.

« J'aurai aimé que Josée entre dans la partie, mais c'est la victoire qui compte. L'entraîneur aura besoin de toutes ses joueuses d'ici la fin du tournoi, elle aura sa chance », a analysé sereinement sa mère Danielle Blouin, une fois le blanchissage de 2-0 acquis.

Les Bélanger-Blouin connaissent la game, le sport d'élite. Ils savent que les attentes personnelles n'entrent pas dans le vestiaire d'une équipe en mission.

Une cinquantaine de spectateurs s'étaient déplacés au Pavillon des Arts de Coaticook pour suivre la retransmission de la partie sur écran géant. Considérant que celle-ci avait lieu durant un après-midi de semaine, ce fut une belle marque d'intérêt et d'affection.

Ce rendez-vous a également offert une bonne image de ce qu'a été l'évolution du soccer à Coaticook puisque Luke Bélanger et Armand M. Batika ont suivi le match côte à côte : le premier est le père de l'athlète au zénith de sa carrière, l'autre est le père du soccer dans cette communauté.

Luke Bélanger et moi avons pratiquement le même âge, nous avons grandi dans le même quartier.

« Tu te souviens sûrement que je n'étais pas le plus doué dans le sport. Quand je jouais à la balle-molle, je risquais d'avoir la balle dans le front chaque fois que j'essayais de l'attraper », a rigolé en me voyant celui qui, à défaut d'avoir transmis des gènes athlétiques à sa fille, croit l'avoir influencée positivement par sa détermination.

Ce passionné d'agriculture est devenu employé-pensionnaire sur une ferme à 13 ans. Plus tard, il a fondé une entreprise offrant divers services agricoles, dont celui du dépannage.

« Au début, je vendais de l'équipement le jour et j'effectuais de la mécanique la nuit. J'ai toujours dit à mes enfants que c'est le travail qui leur permettrait de se réaliser. Mon fils Mathieu était chez un agriculteur à 4 h 30 ce matin pour réparer un silo et il rate le match, car il était attendu chez un autre client en après-midi », raconte M. Bélanger.

Malgré l'enjeu, il n'était pas non plus question de fermer le magasin de pièces en cette période cruciale pour les agriculteurs. L'aînée de la famille, Jessika tenait le fort.

« J'aurais aimé être avec les autres, mais bon, je vais suivre le match par internet tout en travaillant », a-t-elle confié sans se montrer le moindrement froissée.

Les parents se sont pointés au match avec Benjamin, le fils de Jessika et filleul de Josée, la deuxième génération des héritiers d'un homme noir, natif de la République démocratique du Congo, débarqué à Coaticook en 1976.

Je n'ai effectivement pas le souvenir d'avoir vu un seul ballon de soccer dans ma ville natale avant l'arrivée d'Armand M. Batika.

« Je disais seulement aux jeunes : venez essayer, vous aimerez. Malgré le fait que j'étais un inconnu, les parents m'ont accordé leur confiance. Oui, j'amenais quelque chose de neuf, mais je retirais un grand bienfait de cette implication à travers l'ouverture et l'accueil des gens. Le sport est rassembleur et peut faciliter l'intégration des nouveaux arrivants », décrit ce précurseur.

Comme dans plusieurs villes du Québec, le soccer est aujourd'hui le sport le plus populaire auprès des jeunes de la MRC de Coaticook.

« Avec une Josée Bélanger comme ambassadrice, ça ne peut que stimuler nos jeunes », croit Armand M. Batika.

Certains des matchs cruciaux du soccer olympique féminin coïncideront avec la tenue, dans deux semaines, du tournoi des Frontières ayant déjà été sacré événement sportif de l'année en Estrie. Si l'ascension canadienne se poursuit, une projection en plein air, dans un parc de Coaticook, pourrait avoir lieu. Ce ne serait pas l'effervescence du Carnaval de Rio, mais pas loin!

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