La justice et la grandeur d'âme

Les cas d'abus impliquant les membres d'une même... (Archives, La Tribune)

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Les cas d'abus impliquant les membres d'une même famille sont toujours délicats, en particulier lorsque les victimes sont des personnes âgées. Ils doivent néanmoins être jugés selon nos principes de transparence et d'équité.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Après avoir assisté lundi à la comparution de son petit-fils qui l'aurait maltraitée et lui aurait soutiré plus de 70 000 $, une grand-maman était prête à passer l'éponge : « je lui pardonne tout ».

C'est plutôt la couverture médiatique qui a paru décontenancer la victime de même que sa fille, se trouvant à être la mère de l'accusé. La famille aurait souhaité ne pas être exposée au regard des journalistes et de l'opinion publique.

Ce réflexe de repli des proches ainsi que l'indulgence dont la victime fait preuve à l'égard de l'homme de 25 ans qui aurait abusé de sa bonté sont des réactions légitimes.

« L'hésitation à dénoncer est perceptible dans la majorité des cas qui nous sont soumis et qui impliquent des membres de la même famille. Les victimes sont habitées par un sentiment de honte, elles craignent de nuire à la réputation des leurs. La médiatisation accentue sûrement cette crainte, mais elle ne devrait pas être un frein à la dénonciation », croit LucieCaroline Bergeron, directrice de Dira-Estrie, un organisme d'accompagnement pour les aînés afin de lutter contre la maltraitance.

L'amour inconditionnel et la grandeur d'âme ne peuvent effectivement voiler nos règles de justice basées sur la transparence. De la même façon, ils ne doivent pas teinter le travail des journalistes affectés aux affaires judiciaires. Il serait hasardeux d'ajuster la couverture médiatique selon la bienveillance d'une victime ou la soif de vengeance d'une autre.

« La majorité des citoyens n'ont jamais eu affaire à la justice et ne sont pas familiers avec son fonctionnement. Il incombe aux procureurs de la couronne d'expliquer à une victime, en particulier chez les aînés, que l'objectif des tribunaux n'est pas de punir, d'envoyer en prison pour 10 ou 15 ans une personne pouvant être de la même famille qu'elle. Notre responsabilité est de susciter une prise de conscience pour tenter d'initier une démarche de réhabilitation » met en contexte Me René Verret, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) au ministère de la Justice à Québec.

Malgré le pardon accordé par la victime, tout porte à croire que les plaintes de vol, de fraude, de harcèlement criminel et de voies de fait armés visant Youri Blais-Skorvaga seront maintenues.

« Sans me prononcer sur ce cas précis, le principe est toujours le même : si des crimes ont été commis, ils doivent être jugés. S'il y a procès et qu'un verdict de culpabilité est rendu, avant d'imposer la peine, la grand-mère pourra intercéder en faveur de son petit-fils. Son appréciation pèsera dans la balance », précise Me Verret.

Selon ce dernier, la médiatisation des causes judiciaires demeure essentielle pour garantir la transparence des tribunaux et maintenir la confiance des citoyens.

« Elle est une conséquence d'actes posés qui, elle aussi, doit être assumée. Ma mère a 84 ans et, si un membre de ma famille abusait d'elle, je ne serais sûrement pas heureux de l'apprendre. Mais j'insisterais pour que le cas soit soumis à la justice, car c'est la meilleure façon de combattre ces pratiques », affirme le représentant du DPCP.

*****

À voir rebondir les histoires du passé, on se rend bien compte plusieurs abus à caractère sexuel ont volontairement été cachés du temps où l'aura d'abuseurs avait plus d'importance que la souffrance de celles et ceux qui subissaient en silence ou sans être crus.

Fort heureusement, les priorités ont changé. La proximité des victimes ou le rang social ne sont plus des cachettes, ils n'excusent plus les comportements déviants. On protège les personnes avant les réputations.

Nous nous devons d'avoir les mêmes lignes de conduite pour la défense des aînés, des citoyens particulièrement vulnérables à la menace et au chantage. La vérité peut être difficile à entendre, à admettre et à subir, mais elle est préférable à la souffrance dans le silence.

Notre société a évolué. Elle appuie ceux qui ont le courage de rapporter ce type de délinquance afin qu'on puisse l'attaquer de front. Elle se montre également plus réceptive à l'égard de gens disposés à admettre leurs torts et prêts à combattre les facteurs de dépendance les ayant poussés à infliger ce mauvais traitement à des personnes de leur entourage.

Convenons simplement de l'importance de laisser les mandataires de la justice agir en gardiens de nos principes d'égalité et d'équité avant de juger les cas et les gens de manière superficielle. Faisons-le ouvertement et objectivement.

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