Des chiens dans un jeu de quilles

Les élus de Sherbrooke et Québec ont reculé.... (Archives, Le Soleil)

Agrandir

Les élus de Sherbrooke et Québec ont reculé. Les maires s'accommodent  de la démarche provinciale pour se sortir momentanément de ce bourbier.

Archives, Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Apeurés ou enragés, au pied! On se calme. On attend qu'un comité provincial évacue l'émotivité à propos des chiens dangereux.

Les élus municipaux ont changé d'avis. La précaution additionnelle qu'ils voulaient instaurer à Sherbrooke en obligeant les gros pitous à porter le licou, dans l'attente des recommandations de la table de concertation parrainée Québec, n'est plus nécessaire.

Même l'incisif Régis Labeaume a perdu ses crocs.

« On va voir ça avec le gouvernement, avec le groupe de travail provincial. Actuellement, il y a 1000 experts à cinq cennes. Là, il y aura de vrais experts et je présume que ces gens-là auront l'intelligence de nous faire les bonnes propositions », s'est ravisé le coloré maire de Québec.

C'est pourtant avec assurance que le maire Labeaume justifiait à la mi-juin sur sa page Facebook (la vidéo est toujours en ligne), l'urgence d'agir pour interdire les pitbulls dans sa ville.

« Comment on l'a réfléchie (la réglementation)? Je l'ai réfléchie en bon père de famille. Si j'avais des enfants à la maison et que mon voisin possédait un pitbull, je ne me sentirais pas en sécurité. C'est aussi simple que ça, et c'est de cette façon-là qu'on a pu se faire une tête sur ce problème-là. Fallait que ça se règle, y'avait pas ni un ni deux. Salut, merci », avait alors résumé celui qui a attiré le regard de 1,2 million d'internautes sur sa manière expéditive d'écarter le danger.

Loin de reconnaître qu'impétuosité ne rime pas toujours avec intelligence, le maire Labeaume affirme haut et fort qu'il n'a jamais eu la moindre intention de s'attaquer aux pitbulls. Ce n'était que de la frime, il bluffait « pour mettre le pied à terre ».

Comme prix de consolation pour l'équipe de hockey professionnel accordée à Las Vegas, le maire de Québec veut peut-être présenter sa ville comme un bon marché pour un casino. Chose certaine, il aura à nouveau une place de choix dans les revues humoristiques de fin d'année.

À Sherbrooke, on nage également dans les contradictions. Il y a quinze jours, le président du comité exécutif, Serge Paquin, faisait valoir qu'après deux récentes discussions sur le sujet, qu'après l'analyse documentée au terme de laquelle l'interdiction de posséder un pitbull a été levée l'an dernier sur le territoire de l'ancienne ville de Sherbrooke, les élus n'ont pas pris de décision improvisée en s'orientant vers le port obligatoire du licou pour les bêtes de 20 kilos et plus.

Toutefois, surgit soudainement la complexité de faire respecter des restrictions qui seraient basées sur le poids !

« On voyait difficilement comment ça aurait pu s'appliquer dans le concret », a reconnu lundi soir M. Paquin.

Habituellement allergiques « au mur-à-mur de Québec », aux intrusions provinciales dans des domaines relevant du monde municipal, les maires se rabattent avec convenance sur la démarche initiée par le gouvernement Couillard pour se sortir momentanément de ce bourbier.

Car, le meilleur ami de l'homme est synonyme de danger pour les politiciens. Quelles que soient les décisions qui seront prises, elles seront source de division et de mécontentement. Les maires préfèrent être ceux qui vont subir plutôt que ceux qui auront éventuellement à défendre.

Les députés libéraux auront les propriétaires de pitbulls sur le dos si leur gouvernement décide d'imiter l'Ontario en décrétant une interdiction générale. Si la province impose davantage de contrôles et va jusqu'à rendre la formation obligatoire pour acquérir un chien, il faudra une structure administrative minimale pour veiller à l'application de ces nouveaux règlements. Les villes craindront que cette obligation atterrisse dans leur cour et vienne ajouter aux coûts déjà très élevés de la gestion des animaux domestiques.

D'autre part, j'imagine mal un politicien, à Sherbrooke ou ailleurs, osant défendre que les policiers devraient passer plus de temps sur la piste des délinquants qui ne tiennent pas leur chien en laisse, au détriment de la surveillance de quartier ou de la lutte à la criminalité.

Existe-t-il une seule mesure de prévention efficace susceptible d'être acceptée et applaudie par tous et qui soit sans incidence financière pour nos administrations publiques? On en cherche depuis longtemps, et même les provinces ou autres gouvernements qui appliquent des règles plus radicales n'arrivent pas à démontrer que les résultats sont très probants.

Voilà pourquoi nous sommes encore dans le néant, à réagir comme des chiens dans un jeu de quilles.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer