La clef, mais seulement pour la sortie d'urgence

Médecin en soins palliatifs au CHUS-Fleurimont, le Dr... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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Médecin en soins palliatifs au CHUS-Fleurimont, le Dr Carl Bromwich est parmi les professionnels estriens acceptant de prodiguer l'aide médicale à mourir. Il souscrit à ce droit reconnu aux patients comme mesure d'exception.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le Centre universitaire de santé McGill a causé une onde de choc, cette semaine à Québec, avec une politique interne exemptant son unité de soins palliatifs de l'application de l'aide médicale à mourir.

Sans nier ce droit, l'hôpital oriente un patient adressant une telle demande vers une autre unité puisque ses médecins spécialisés en soins de fin de vie jugent qu'il s'agit d'un acte contraire à leur engagement.

Une dualité bien réelle qui ne devrait toutefois pas être un mur pour les membres du corps médical, croit le Dr Carl Bromwich, spécialiste en soins palliatifs et enseignant à la faculté de médecine de Sherbrooke.

« Il y a derrière cette décision de McGill un souci d'éviter la confusion afin que les patients en soins palliatifs et les professionnels veillant à leur bien-être ne soient pas constamment en train de se demander s'il est temps d'envisager l'aide médicale à mourir. Bien que cette inquiétude soit fondée, elle peut être surmontée », commente le médecin spécialiste qui est lui-même diplômé de McGill.

Le Dr Bromwich est au nombre des médecins estriens ayant acquiescé à la demande d'un patient à l'intérieur du nouveau cadre légal. Il y a eu une quinzaine de cas semblables dans la région depuis six mois.

« J'ai été impliqué dans l'un de ces cas. Je suis ensuite rentré à la maison sans être torturé, sans me demander si j'étais devenu un médecin différent de celui que j'ai toujours voulu être. Ce qui venait de se produire avait un sens, ça correspondait au désir d'un patient qui souffrait et devant lequel je n'avais plus d'arguments pour l'amener à changer d'idée. J'étais en paix de l'avoir aidé d'une autre façon » témoigne-t-il.

Tous ne sont pas d'accord en Estrie.

« Malgré une certaine réticence, il a été convenu en région qu'il serait traumatisant pour un patient d'être obligé de changer d'endroit pour exercer un droit. En principe, ce qui se passe à McGill ne se produira pas ici. D'autre part, je ne me sens pas jugé par mes collègues ayant des objections de conscience. Les discussions les plus animées à ce sujet, c'est en privé avec des amis que je les ai eues ».

Le Dr Bromwich ne veut surtout pas être perçu comme propagandiste de l'aide médicale à mourir.

« Je demeure profondément convaincu qu'il y a moyen de rendre la vie acceptable avec des soins palliatifs. C'est d'ailleurs encore mon travail de tous les jours. Pour moi, l'aide médicale à mourir est une clef donnant accès à une sortie d'urgence qu'on emprunte seulement dans des cas exceptionnels.

« Au cours des six derniers mois, plusieurs autres patients ont soulevé la question. Cela se produisait souvent avant. Ma responsabilité est de chercher à comprendre le désarroi et la souffrance poussant les gens à envisager le recours à cette méthode pour leur en proposer d'autres. Ça fonctionne dans la majorité des cas », insiste-t-il.

Le Dr Bromwich est cependant conscient que cette solution définitive, qui pour le moment est marginale, pourrait provoquer un effet d'entraînement.

« Il y a un risque important que les cas se multiplient. Le nouveau cadre légal a précisé des choses, mais il reste encore beaucoup de zones grises. Définir la qualité de vie, c'est large. La souffrance physique ou psychologique, c'est très subjectif. Pour caricaturer, si pour une dame la perte d'autonomie l'empêchant de se coiffer ou de se maquiller devient une atteinte à sa dignité, ce n'est pas vers un médecin mais vers une esthéticienne qu'il faudrait se tourner pour l'aider. En toute légitimité, les gens souffrant de handicaps sévères et pour qui la vie est difficilement supportable vont réclamer le même droit. Je m'efforcerai d'évoluer avec la société. Par contre, je n'endosserai jamais que cette clef mène à une trappe mortelle vers laquelle les gens pourront se diriger massivement ».

Selon le Dr Bromwich, il y a moyen d'éviter cela.

« Je suis le premier à exprimer le refus de me voir totalement dépendant. J'imagine facilement que je puisse demander un jour l'aide médicale à mourir. Comme aux autres, la loi m'apporte une certaine sérénité par rapport à mes choix. Par expérience, je sais cependant qu'il est fort possible qu'une fois rendu là, ma vision soit totalement différente.

« On n'écourte pas la vie des patients en abordant d'emblée avec eux la question des soins palliatifs. Des études rigoureuses ont plutôt prouvé que cette transparence prolonge l'espérance de vie, elle aide les patients à vouloir vivre plus longtemps. Les oncologues, les cardiologues, les neurologues et tous les autres professionnels susceptibles d'avoir à annoncer à leurs patients une atteinte sérieuse à leur qualité de vie à court, moyen ou long terme, doivent être mis à contribution pour lancer dès le départ la discussion qui apaisera des craintes », met-il en opposition.

La faculté de médecine de Sherbrooke a annoncé récemment que cette approche des soins palliatifs sera intégrée à tous ses programmes de formation. Une orientation qui cadre parfaitement avec la vision du professeur Bromwich.

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