Le culte du pylône

Nos voisins américains protégeront leurs paysages avec une... (Courtoisie, Caroline Roy)

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Nos voisins américains protégeront leurs paysages avec une ligne souterraine sur le tiers du tracé de leur territoire. Il n'y a pas d'insistance semblable en Estrie, pas même pour la vallée du mont Hereford.

Courtoisie, Caroline Roy

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / La vigilance semble s'étioler en Estrie et l'engagement céder le pas au détachement. À part les pitbulls, y'a pas grand-chose qui nous fait japper.

La Tribune a rapporté plus d'une fois la résistance de citoyens du New Hampshire à la nouvelle ligne de transport d'énergie qu'Hydro-Québec veut mettre en service avec des partenaires américains. Ici, c'est à peine si l'on a entendu quelques protestations lors d'une séance de consultation tenue cette semaine à Sherbrooke.

Il ne s'agit pas de s'opposer pour s'opposer. Ce projet, j'en conviens, est une opportunité d'affaires pour le Québec. Ce n'est cependant pas une raison pour tout accepter.

Voici comment le projet a évolué de l'autre côté de la frontière. Les promoteurs américains sont maintenant disposés à enfouir leurs fils sur 96 des 307 kilomètres du tracé, soit pratiquement le tiers de la distance à franchir sur leur territoire. Les corridors souterrains seront plus longs que les 77 km à construire au Québec, entre le poste des Cantons et le point de passage à la frontière au sud du village d'East Hereford.

Nos voisins protégeront sur 80 km le paysage des Montagnes Blanches ainsi qu'une partie de la vallée de la Pemigewasset River, qu'on longe en roulant sur l'autoroute 93 en direction de Boston.

La ligne plongera également sous terre à deux reprises à l'approche du Canada, sur les promontoires de Clarksville ainsi qu'au croisement de la rivière Connecticut et de la « Scenic road 3 » débouchant à Chartierville.

Ici, Hydro-Québec a vite écarté toute demande en ce sens. L'enfouissement est jugé trop onéreux et le culte du pylône n'est aucunement remis en question.

Comme 80 pour cent du corridor choisi longe une ligne d'exportation existante dans la région, on s'entend que les considérations d'exception pourraient se limiter à la nouvelle emprise qui doit passer dans la vallée du mont Hereford, la montagne que deux municipalités de la MRC de Coaticook ont reçue en héritage du défunt millionnaire américain Neil Tillotson.

Quatre fois le prix

L'enfouissement ne se fait pas en milieu naturel, seulement en longeant les voies publiques. Les experts d'Hydro-Québec ont établi qu'un corridor souterrain de 17 km qui suivrait le rang 9 jusqu'au village d'East Hereford, puis rejoindrait le point de raccordement via la route 253, entraînerait des déboursés de 104 M$ tandis que cette portion en ligne aérienne au pied de la montagne est estimée à 26 M$. Ce serait donc quatre fois le prix.

L'enfouissement nécessiterait un empiètement sur l'une des deux voies des routes. Les coûts d'asphaltage s'ajouteraient à ceux d'excavation.

De plus, à 400 $ du mètre linéaire, le fil utilisé pour l'enfouissement est beaucoup plus onéreux que les 12 $/m linéaire pour l'installation traditionnelle. Or, les approvisionnements représenteraient autour de 40 pour cent d'une ligne souterraine, fait-on également valoir à HQ.

Effectuons tout de même un calcul rapide à partir de ces chiffres. Il y aurait pour 6,8 M$ de fils sous terre comparativement à 180 000 $ dans les airs. La différence est énorme, mais elle ne représente qu'une fraction de l'excédent de 78 millions véhiculé publiquement par Hydro-Québec, qui invoque pourtant ce facteur comme déterminant.

D'autre part, « Googlez » le pourtour du mont Hereford et vous verrez qu'il y a plusieurs chemins « verbalisés », Lépine, Houle et Owen, notamment dans le prolongement du rang 9 et dans l'axe nord-sud qu'Hydro-Québec doit suivre. Certains de ces chemins ne sont plus carrossables, mais ce sont des emprises publiques existantes qui pourraient être considérées pour enfouir sans tout massacrer. À combien l'écart serait-il ramené en éliminant les trois quarts du pavage?

Ces quelques éléments ne présentent pas un portrait financier complet. N'empêche, il y a peut-être un peu d'enflure de la part de notre société d'État.

« Mon principal souci a été d'éviter l'érection de pylônes de notre côté de la montagne afin de protéger les points de vue à partir du village et des routes panoramiques de Saint-Venant-de-Paquette », m'a précisé le maire d'East Hereford, Richard Belleville.

Une préoccupation fondée, à laquelle je souscris pleinement. Sous terre, par contre, ça aurait pu être une autre affaire.

Le maire de Saint-Herménégilde, Gérard Duteau, juge quant à lui que tous les efforts nécessaires ont été faits afin que cette future ligne d'exportation soit le moins visible possible au pied ainsi que du sommet du mont Hereford.

« Je ne dis pas qu'il n'y aura pas d'impacts visuels, mais ceux-ci m'apparaissent acceptables. Avant de me battre pour protéger des paysages, j'exigerai l'enfouissement en milieu agricole. On sous-estime les inconvénients de ces structures dans les champs », répond le maire-agriculteur, qui a été membre du comité consultatif de l'UPA pour ce projet.

J'admets d'emblée que le corridor aérien recommandé par les planificateurs d'Hydro-Québec est celui qui causera le moins de pollution visuelle. Le travail n'a pas été bâclé et mal fait.

Mais pourquoi l'enfouissement est-il un mur infranchissable au Québec alors qu'il est une concession chez nos voisins du Sud? Sachant d'ailleurs que, comme utilisateur exclusif de la future ligne, Hydro-Québec écopera inévitablement d'une bonne partie des coûts supplémentaires occasionnés par cette exigence au NH.

Si la rentabilité n'est pas mise en cause même pour satisfaire nos voisins, en quoi risquerions-nous de tout saboter en étant juste un peu plus exigeants?

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