Les joueurs de concession

Au lieu de déménager au Massachusetts pour suivre... (Spectre Média, René Marquis)

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Au lieu de déménager au Massachusetts pour suivre le carnet de commandes de la défunte entreprise magogoise H. Fontaine, l'ingénieur Édouard Poulin est devenu l'un des pivots de la compagnie qui rapatrie moins de cinq ans plus tard une partie des actifs qui avaient été perdus.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Les délocalisations d'entreprises qui soufflent de nos emplois à l'étranger sont toujours difficiles à avaler. Lorsque nos jobs s'en vont, on a le sentiment que nos compétences et notre savoir partent aussi.

La nouvelle sombre de la fin d'année 2011 à Magog avait été d'apprendre, à quelques semaines seulement des Fêtes, que les 170 emplois de la compagnie H. Fontaine seraient déplacés vers les États-Unis. Un fleuron magogois allait ainsi disparaître.

L'un des Estriens licenciés, Édouard Poulin, s'était malgré tout chargé de fouetter le moral des troupes.

« Certes, la production, l'ingénierie et les secteurs de support de Fontaine seront consolidés ailleurs. Mais tout cela n'aura pas été vain puisque la vraie valeur, c'est dans chacun des employés qu'elle aura été créée. Ce que nous avons appris nous restera et ces talents cultivés serviront à faire grandir d'autres entreprises » avait-il exprimé en lettre ouverte dans nos pages au lendemain de l'annonce de coup dur.

Comme d'autres, M. Poulin s'est vu offrir un poste à Orange, au Massachusetts. Après avoir rempli le mandat d'aller former le personnel là-bas, le jeune ingénieur dans la mi-trentaine a plutôt choisi de rentrer en Estrie.

« Il y avait plusieurs éléments clés au sein de notre équipe et j'étais persuadé que nous avions le potentiel pour rebondir » raconte celui qui est devenu depuis l'un des pivots de la firme estrienne rapatriant moins de cinq ans plus tard une partie des actifs et de l'historique de conception et de production de H. Fontaine.

Les transactions et les séances de repêchage sont scrutées à la loupe pour anticiper le rendement des équipes sportives, une dimension dont on ne se soucie pourtant que très peu quand on parle de développement des affaires. Les victoires s'acquièrent pourtant de la même façon, grâce à l'émergence du talent.

L'intérêt de la compagnie sherbrookoise ISE Métal à repêcher Édouard Poulin sur le marché des joueurs autonomes ainsi que ses ex-collègues Marc Boily et Patrick Cotnoir n'était pas évident. La conception de vannes d'eau n'était pas nécessairement un prolongement de la fabrication en sous-traitance de pièces métalliques coupées, pliées ou estampillées, produites dans l'arrondissement de Brompton.

Le trio, auquel se sont greffés une dizaine d'autres travailleurs, a orchestré à Magog, au sein d'une nouvelle filiale d'ISE, le virage de la diversification.

« Aquanox est une marque de commerce à laquelle nous voulons donner le sceau de qualité qui est celui de Fontaine en misant sur la contribution de chacun, à l'image de ce que nous avons appris au sein de cette entreprise. Nous avons le triomphe modeste, car, à court terme, nous n'aurons que le quart ou au mieux la moitié des emplois perdus. Sauf que nous nous sommes donné les outils pour grandir », compare M. Poulin.

J'avais rapporté en novembre 2011 la déception de l'ex-maire de Magog, Paul-René Gilbert, d'assister à l'exode de la compagnie que son « ami Henri avait mis près de 50 ans à bâtir ».

« Ce qui se passe est merveilleux. J'en suis très heureux. On ne ressuscite pas tout du jour au lendemain, mais l'héritage de mon chum renaît. C'est un refus de laisser mourir son immense contribution à Magog », commente M. Gilbert.

La fierté d'aujourd'hui baigne dans celle du passé. De plus, les forces de Sherbrooke et de Magog s'allient au lieu de se concurrencer, comme on l'a vécu dans certains dossiers d'implantation d'entreprises.

Chaque fois qu'une entreprise estrienne cesse ses activités, il y a des joueurs de premier plan à repêcher. La région n'a pas les moyens de les échapper. Car, parmi eux, s'en trouvent d'aucuns qui ont le talent de joueurs de concession.

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