Le délestage par temps doux

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Tout en reconnaissant les avantages du programme de biénergie, Émile Audy se demande si Hydro-Sherbrooke ne prolonge pas les périodes de haut tarif par appétit pour les profits.

Spectre Média, Maxime Picard

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Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Le dernier hiver nous a pincé les joues avec quelques matins sibériens, mais nous a épargné les grands froids persistants des premiers mois de l'année 2015.

Que le réseau d'Hydro-Sherbrooke soit fortement sollicité ou pas, le mode opérationnel est toutefois le même. La gestion passe par la mise à contribution des 4500 abonnés inscrits au programme biénergie, qui sont délestés à distance afin de contrôler les pointes de consommation.

«Quand on me facture à haut tarif un 14 avril, à 9 h 34, alors que le mercure indique 4 degrés Celsius, ça me laisse perplexe», soulève l'un d'eux, Émile Audy.

Le haut tarif (HT), c'est 26,91 cents/kWh, soit pratiquement trois fois le tarif domestique de 8,5 cents/kWh facturé aux Québécois, notamment aux 80000 autres clients du réseau municipal d'électricité.

L'avantage pour les participants à la biénergie est de bénéficier d'un tarif réduit à 4,6 cents/kWh en dehors de la période HT.

S'étant créé un fichier l'automne dernier dans lequel sont inscrites les conditions ambiantes lors des périodes de facturation, M. Audy a relevé plusieurs autres situations semblables, dont un tarif HT appliqué le 27 octobre, durant une nuit d'automne à 20degrés qui était un relent d'été.

Selon les relevés lui ayant été fournis par Hydro-Sherbrooke, Émile Audy a économisé 216,22 $ (18,3 pour cent) au cours de la période de 12 mois s'étalant du 25 septembre 2014 au 22 septembre 2015. Il avait épargné un peu plus de 200 $ l'année précédente. Le comparable de l'année courante lui parviendra à l'automne.

«Je ne nie pas les économies. Mon questionnement est de savoir si l'on ne me maintient pas délibérément à haut tarif même lorsque la demande est moins forte. Surtout quand on m'avoue ouvertement au téléphone que le souci premier est de protéger le cash flow de l'entreprise», fait valoir M. Audy.

Hydro-Sherbrooke présente à ses abonnés les avantages du programme de double tarif en expliquant «qu'il permet de réaliser des économies substantielles en plus de contribuer à la gestion énergétique du réseau».

«Nos coûts d'approvisionnement auprès d'Hydro-Québec sont calculés sur la base de relevés journaliers, mensuels et annuels. Même si le temps reste doux durant 30 jours consécutifs, ce sont les pointes de consommation au cours de cette période qui déterminent le prix d'achat et, par conséquent, notre niveau de rentabilité», explique Pierre Fréchet, chef de division de la gestion énergétique et de l'électrométrie à Hydro-Sherbrooke.

Programme de gestion de coûts ou d'efficacité énergétique?

«C'est un mode d'économie d'énergie fossile, car les participants au programme sont des gens qui pourraient n'utiliser que le mazout et qui deviennent partenaires de notre réseau d'énergie propre. Nous délestons pour épargner tout en offrant au client l'opportunité d'épargner lui aussi en gérant sa consommation», nuance le directeur général du réseau municipal, Christian Laprise.

Lorsque des conditions particulières font exploser la pointe dès le début d'une période de facturation, il y a moins de délestage durant les jours qui suivent, car la probabilité est forte que cette crête devienne la référence tarifaire.

Les périodes au cours desquelles Hydro-Sherbrooke déleste le plus souvent sont celles avec des températures stables. C'est ce qui se produit ces temps-ci. Mais les périodes de délestage sont courtes.

«Vous verrez dans notre rapport d'activités de 2015 qui sera déposé prochainement que, globalement, le nombre d'heures de délestage a diminué et que les économies des participants sont supérieures à celles de l'année précédente», précise M. Laprise.

Le dernier relevé fourni à Émile Audy fixait son économie moyenne des cinq dernières années à 588 $. Pour l'ensemble des abonnés à la biénergie, l'économie moyenne serait de 800 $ par année.

La nouvelle grille de tarification d'Hydro-Québec, qui est en phase d'implantation et qui grugera d'ici trois ans le tiers des profits d'Hydro-Sherbrooke (pertes estimées à 7 M$ par année), ne devrait pas pénaliser les abonnés du programme biénergie.

«Au contraire, ces changements leur seront profitables. Comme le calcul du tarif d'approvisionnement se fera sur 75 pour cent de la pointe enregistrée au cours d'une année, celle-ci sera déterminée par les jours de grands froids. On délestera donc moins souvent et ce, sans que les participants perdent l'avantage de pouvoir consommer à la moitié du prix régulier», précise Pierre Fréchet.

L'an dernier, 56 clients se sont retirés du programme de biénergie alors que 60 autres y ont adhéré.

«C'est un bon programme, mais qu'on expose clairement aux gens les motivations qui sont derrière», insiste Émile Audy.

C'est chose faite.

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