Et le partage des factures?

C'est un peu court de nous présenter les... (Archives, La Tribune)

Agrandir

C'est un peu court de nous présenter les impacts des Uber de ce monde seulement comme un choc générationnel, sans se soucier du choc fiscal qu'ils vont provoquer pour le financement de services collectifs comme la santé.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / La Commission jeunesse du Parti libéral du Québec a quasiment fait passer le ministre des Transports, Jacques Daoust, pour un mammouth lors du congrès de la dernière fin de semaine en lui reprochant d'avoir imposé un carcan législatif au service Uber au lieu de s'être appuyé sur cette formule novatrice pour moderniser l'industrie du taxi.

Les jeunes libéraux ne sont pas les seuls à penser que ce fut un rendez-vous manqué. À vrai dire, il n'est probablement que reporté. La compagnie se montre soudainement plus conciliante.

Uber, Airbnb et autres compagnies qui émergent de ce courant vont créer un « phénomène irréversible », pour reprendre l'expression des jeunes libéraux. Ce pour quoi d'ailleurs le premier ministre Couillard a voulu vite évacuer la perception d'immobilisme en annonçant l'ouverture d'un chantier sur l'économie du partage.

Veux, veux pas, les transformations seront majeures. La firme PricewaterhouseCoopers annonce des revenus mondiaux de 335 milliards de dollars d'ici 2025 dans cinq secteurs névralgiques liés à l'économie du partage (hébergement, transport, musique et vidéo en continu, dotation en ligne et crédit d'entraide/financement collectif) comparativement aux recettes d'une quinzaine de milliards en 2013, citait l'an dernier une étude du Bureau du Conseil privé du Canada.

On l'appelle aussi l'économie du pair-à-pair, du fait QUE-DEUX-CITOYENS-GÈRENT-LIBREMENT-LEURS-AFFAIRES. Ôtez-vous de nos chemins, que les gouvernements aillent se faire voir avec leurs taxes et leurs règlements!

Ah bon. Petit détail, par contre : comment se partage-t-on la facture des services collectifs dans l'économie du partage ?

En plus des 20 milliards provenant du fédéral, la province a besoin de 82 milliards en revenus autonomes pour soutenir cette année le rythme de la croissance des coûts de la santé, pour réinvestir en éducation et pour réparer nos infrastructures mal en point. Où prendra-t-on l'argent si l'on tranche certains doigts du fisc ?

C'est un peu court d'invoquer la résistance au changement comme barrière au nouveau modèle économique, de nous présenter les impacts des Uber de ce monde seulement comme un choc générationnel, sans se soucier du choc fiscal qu'ils vont provoquer.

Les terminaux de facturation restent dans les restaurants, les bars et les bistros afin de percevoir les taxes de manière équitable (275 M$ de plus), on maintient pour les chauffeurs de taxi l'obligation de facturer la TVQ (rentrées nettes de 14 M$), mais on laisse les chauffeurs d'Uber s'entendre à la bonne franquette avec leurs clients ?

On continue à additionner la taxe de promotion touristique de 3 $ par nuit aux taxes commerciales sur la facture des visiteurs qui dorment à l'hôtel ou dans un gîte de la région, mais on laisse les bons comptes aux bons amis qui s'organisent via Airbnb ?

Dans la même optique de libéralisation du commerce alors, les provinces n'auraient pas le droit d'imposer une barrière territoriale à leurs citoyens en limitant l'alcool qu'ils peuvent acheter ailleurs au pays, a déterminé un juge dans une cause entendue au Nouveau-Brunswick. Selon l'avis de quelques juristes, cela pourrait ouvrir la porte aux commandes par internet livrées à domicile sans passer, ici au Québec, par le monopole de la SAQ.

Tant qu'à y être, il est permis de se vendre de l'électricité entre voisins dans certains pays. J'ai deux pans de toiture orientés vers le soleil à rentabiliser, pourquoi pas nous ?

De nouvelles technologies rendent tout cela possible. Bien sûr qu'il faut ouvrir la porte au changement et le faire plus vite que trop tard. Mais ne nous leurrons pas, le mode de compensation des revenus gouvernementaux ne vient pas avec le mode d'emploi. Les innovations budgétaires n'arrivent pas à la vitesse des innovations technologiques.

Les Québécois étant parmi les citoyens les plus taxés, la dépendance de l'État à nos portefeuilles est plus grande qu'ailleurs. Pour chaque dollar en moins, il faut identifier un autre payeur ou encore les services à retrancher pour ajuster la colonne de dépenses.

Les grandes compagnies qui transforment nos modes de vie sont d'incontournables agents de changement. Il est difficile de leur résister. Celles-ci ne sont toutefois que bien peu préoccupées par les aspects terre-à-terre du pair-à-pair.

Veux, veux pas, les Québécois, eux, ne peuvent se soustraire à leur réalité.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer