Une voie incontournable!

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L'érection de murs de chaque côté de la voie ferrée, dont la hauteur pourrait atteindre celle des clignotants du passage à niveau, créerait des cicatrices permanentes au centre-ville de Lac-Mégantic et n'offrirait qu'une protection partielle.

La Tribune, Luc Larochelle

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Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Autant le train en dérive est arrivé à une vitesse folle la nuit où il a dévasté le centre-ville de Lac-Mégantic, autant l'analyse d'un nouveau tracé avance à pas de tortue.

Neuf mois ont été nécessaires pour produire ce premier rapport. Il en faudra douze de plus pour préparer la recommandation finale aux instances politiques et 18 autres pour passer à travers le processus d'approbation environnementale si les fonds sont débloqués.

Ceinturer Lac-Mégantic d'une nouvelle voie ferrée appellera à la même patience que d'amener l'autoroute 410 à son point de destination au sud de Sherbrooke. Mais la sécurité est fondamentale.

Même si la tragédie ayant coûté la vie à 47 personnes en juillet 2013 justifiait en elle-même les besoins de cette voie de contournement, l'étude d'opportunité recense une série de critères techniques qui viennent renforcer les arguments de dangerosité.

« Nous avons de quoi convaincre les représentants gouvernementaux de l'unicité du cas à travers le pays », croit Jean Hardy, le consultant de la firme Stantec mandaté par la Ville de Lac-Mégantic pour coordonner l'ensemble des professionnels impliqués au dossier.

Même en sachant que cette option serait impopulaire, les représentants locaux devaient examiner le tronçon actuel. Or l'analyse fait ressortir l'absence d'alternative valable pour sécuriser les citoyens de Lac-Mégantic.

Les seules corrections qui pourraient en faire un « tracé amélioré » seraient l'installation de parois antibruit le long des zones résidentielles les plus densément peuplées ainsi que l'érection d'épais murs de protection de chaque côté de la voie ferrée dans les courbes les plus prononcées, notamment celle où le convoi mortel a déraillé, puis explosé.

On parle de véritables remparts, de murs qui pourraient avoir quatre à cinq mètres de hauteur et jusqu'à deux mètres d'épaisseur. Des horreurs, quoi, dans un quadrilatère dont la décontamination a coûté 500 M$ et qui cherche à se refaire une beauté pour retrouver ses charmes de villégiature.

Du balcon de son gîte L'S-en-ciel, se trouvant seulement à une dizaine de mètres de la voie ferrée, Hélène Métivier ne verrait plus que ces fortifications.

« À moins que l'objectif soit d'en faire une attraction touristique qui piquerait la curiosité comme le Mur de Berlin, je trouve ça assez ordinaire. On a eu suffisamment peur pour mériter mieux », réagit la femme ayant eu des wagons-citernes à la hauteur de sa chambre à coucher durant la nuit funeste de juillet 2013.

Tous les clients qui dorment chez elle depuis la tragédie parlent du train en rouvrant les yeux le lendemain.

« C'est le sujet de conversation universel au petit déjeuner. Or on vient de le voir avec ce qui est arrivé à Fort McMurray, si le vent avait soufflé vers nous cette nuit-là, je ne serais plus là pour vous en parler ».

« Avec des vents défavorables, tous les Méganticois auraient effectivement risqué d'y passer. Je souhaite aux sinistrés de l'Alberta ainsi qu'aux autorités locales d'obtenir le maximum du fédéral. Leurs représentations ne peuvent qu'être positives pour faire avancer les nôtres », lance le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier.

En plus de créer des cicatrices permanentes au centre-ville, les murs n'offriraient qu'une protection partielle.

« Ces structures pourraient atténuer les impacts, mais ils n'empêcheraient pas le déraillement d'un train dans des conditions semblables à celles de juillet 2013 », évalue Barry Palynchuck de la firme AECOM, la référence technique au sein du comité ayant produit l'étude d'opportunité.

« Les wagons se sont empilés sur les autres jusqu'à trois de hauteur lors du déraillement. Sous l'impact d'un choc semblable, ils sortiraient de l'enceinte », renchérit l'ingénieur Conrad Lebrun de la Ville de Lac-Mégantic.

Ne craignez-vous pas de vous faire lancer des tomates en proposant des murs?

« Possiblement. La proposition est faite et il appartient aux citoyens de nous dire ce qu'ils en pensent. C'est la raison d'être de la consultation », répond M. Lebrun.

Le corridor suggéré pour contourner Lac-Mégantic coûterait 115 M$ tandis que les murs nécessiteraient des investissements d'une trentaine de millions. Considérant que la première option obtient le meilleur pointage dans la grille d'efficacité (78 pour cent) et que l'autre obtient le plus bas résultat (à 58 pour cent), les murs devraient rester sur les cartons.

Les Méganticois méritent plus de respect et de considération que cela pour les pertes humaines, sociales et économiques qu'ils ont vécues. La seule alternative intelligente et durable est de contourner la ville pour éliminer ce danger.

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