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Minimaisons, mégachantier

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Luc Larochelle
La Tribune

Il a 28 ans et vit toujours chez ses parents. Façon de parler...

En fait, il habite dans sa minimaison installée derrière celle de ses parents, à cheval sur la réglementation de la Ville de Bois-des-Filions qui le tolère comme campeur permanent dans sa « roulotte sur roues » !

Bienvenue dans la zone grise et l'univers d'un jeune ayant complété sa maîtrise en environnement à l'Université de Sherbrooke il y a trois ans et qui se vend comme l'un des précurseurs au Québec dans la commercialisation « de maisons écologiques et abordables ».

Gabriel Parent-Leblanc est propriétaire d'Habitations MicroÉvolution, une PME installée dans la couronne nord de Montréal. L'entreprise livre des minimaisons clés en main pour moins de 55 000 $ ou offre son expertise pour accompagner l'autoconstructeur désirant mettre en chantier une résidence miniature.

Les nouvelles vont vite. Au moment où je l'ai contacté, M. Parent-Leblanc avait déjà eu vent de la requête formulée en début de semaine par un citoyen, à l'hôtel de ville de Sherbrooke.

Il se réjouit de l'ouverture manifestée par des élus face à ce type de résidence, qui ne rencontre pas actuellement la superficie minimale exigée par la Ville.

« Certaines municipalités, se trouvant pour la plupart dans la catégorie de celles qui luttent contre la dévitalisation, ont rapidement saisi que c'est un courant porteur. Dans les villes de la taille de Sherbrooke, c'est plus lent. Je suis ravi de voir que l'idée pourrait y faire son chemin ».

Partisan de la simplicité volontaire, M. Parent-Leblanc admet d'emblée que son cas est plus simple que ne le serait la cohabitation avec un propriétaire foncier qui ne serait pas un de ses proches : il n'a pas eu à acheter ou à négocier les droits d'utilisation du terrain, il lui arrive encore d'aller prendre ses aises dans la salle de bain ou la cuisine de la maison familiale, etc.

« Par contre, je pourrais vivre de manière totalement autonome, sans manquer de rien. Je ne suis pas le seul à qui ce mode de vie convient. C'est un désir exprimé partout sur la planète. Il y a moyen d'organiser tout cela » fait valoir M. Parent-Leblanc.

Selon ce dernier, la remise en question de la planification urbaine ne doit pas se limiter à la désignation d'un périmètre avec un lotissement plus serré, qui serait destiné aux minimaisons.

« Le premier réflexe va être de revenir au modèle des maisons mobiles avec un zonage rigide établissant que les maisons plus petites sont permises là, mais pas ailleurs. Tant qu'à redéfinir le développement urbain, faisons table rase des règlements axés sur l'uniformité ou sur des préoccupations d'esthétisme plus que sur les besoins des citoyens.

« Cela dit, il ne faut pas que ça devienne l'anarchie. Ça prendra toujours des règles fixant les marges de recul ou une harmonisation minimale des bâtiments afin de préserver les relations de bon voisinage. Le respect est à la base du développement durable.

L'objectif est de maximiser l'utilisation de l'espace disponible avec un souci d'équité. Le prix d'acquisition abordable d'une minimaison est un facteur important, mais ce n'est pas le seul dans l'équation », plaide Gabriel Parent-Leblanc.

Méchante révolution !

Encadrer l'apparition de minimaisons pourrait s'avérer un mégachantier, car j'ai été témoin de frictions entre citoyens pour bien moins que cela.

Les élus sherbrookois en ont eu pour leur argent à gérer les problèmes de bruit causés par les filtres de piscine ou les thermopompes. C'est beau les services municipaux à la carte, mais parlez-en au seul propriétaire qui avait des installations sanitaires conformes sur la rue Hollywood et qui s'est retrouvé à devoir quand même payer les coûts du raccordement au réseau municipal imposé pour corriger les rejets honteux de certains de ses voisins.

Autre exemple, il a fallu que le conseil municipal use de patience et de diplomatie dans l'arbitrage du contentieux entre le propriétaire des terrains du parc de maisons mobiles de la rue Hertel et les occupants qui n'avaient pas le moyen d'acheter le fond de terrain.

Cela dit, jusqu'à quel point formons-nous une communauté innovante ? Les élus sherbrookois, les citoyens, l'élite intellectuelle préparant la relève sur le campus universitaire, nous tous, jusqu'où sommes-nous prêts à nous engager dans la voie du changement ?

Les Tiny House sont pour la plupart équipées de toilettes à compost, développées en se basant sur la prémisse qu'il est plus intelligent de réutiliser la matière comme fertilisant que de consacrer des milliards de dollars au traitement des eaux usées ensuite rejetées dans nos rivières.

En miniature, le concept marque une évolution. Orchestrer ce progrès à grande échelle est une autre paire de manches. On ne perd cependant rien à essayer.

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