Au nom de la loyauté

Il y a de l'enflure politique avec l'histoire... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Il y a de l'enflure politique avec l'histoire des prête-noms comme il y en a avec les investissements municipaux, alors qu'on nous présente une réfection de piscine comme une amélioration du réseau routier.

Spectre Média, Maxime Picard

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

CHRONIQUE / La directrice du service des infrastructures urbaines et de l'environnement, Caroline Gravel, attendait les journalistes, lundi matin, pour la mêlée de presse hebdomadaire au cours de laquelle la Ville de Sherbrooke présente les chantiers susceptibles de perturber la routine de nos déplacements quotidiens.

Cette information sert en même temps de vitrine politique pour exposer les retombées de la taxe spéciale de 2 pour cent sur l'asphalte que l'administration Sévigny a décrétée dans le budget 2016.

Après nous avoir livré son boniment, Mme Gravel s'est retrouvée cette semaine malgré elle à l'intérieur d'un corridor rétréci par des cônes orange.

Est-ce que la chasse au prête-nom est ouverte aux Travaux publics, lui ai-je demandé ?

« Je n'ai entendu personne parler de cela ».

Craignez-vous que certains employés puissent penser que vous êtes le professionnel ayant pu être associé aux contributions illégales versées à des candidats à la mairie en 2009 ?

« Non », m'a-t-elle répondu en m'exprimant le souhait de ne pas élaborer sur le sujet.

De fait, Mme Gravel n'est absolument pas en cause. Bien qu'elle soit ingénieure et qu'elle ait été recrutée en 2015, son nom n'apparaît pas sur la liste des donateurs du Renouveau sherbrookois pour l'élection municipale de 2009.

Pas davantage parmi les donateurs des candidats à la mairie Hélène Gravel et François Godbout, qui, au même titre que Bernard Sévigny, ont bénéficié d'un financement frauduleux orchestré par un ancien cadre du Groupe S.M.

Mme Gravel n'a jamais été à l'emploi de cette société d'ingénierie, elle a travaillé auparavant pour des firmes concurrentes à Sherbrooke.

Tout cela pour dire qu'elle n'était pas très encline à parler du sujet.

« Je n'ai pas de commentaires » m'a également servi Réal Hétu, qui préside l'association des cadres municipaux, qui représente les ingénieurs.

Ça chuchote quand même dans l'appareil municipal, j'en ai eu vent : c'est qui, c'est qui ?

Assez normal.

Il doit y avoir un ingénieur malheureux et tourmenté parmi la gang. Il accepterait de se dévoiler que je suis persuadé qu'il nous dirait ce que d'autres ont déjà raconté : qu'il a agi comme prête-nom par loyauté, parce qu'on lui disait que c'était nécessaire et que c'était pratique courante à l'époque.

« Je me suis demandé comment j'aurais réagi si un de nos membres était en cause. Franchement, je ne saurais pas par quel bout prendre ça », a admis le président du syndicat des cols blancs, Carl Veilleux.

La conseillère Hélène Dauphinais a saisi cette autre occasion pour écorcher sans retenue les valeurs éthiques du maire Sévigny.

Piqué au vif, ce dernier a répondu que la Ville ne pouvait se substituer au Directeur général des élections du Québec (DGEQ), qui a choisi de ne pas intenter de poursuite contre les quatre ingénieurs sherbrookois ayant accepté de signer des chèques personnels alors qu'il s'agissait plutôt de dons corporatifs.

Ces ingénieurs n'ont effectivement pas de tache d'illégalité à leur dossier, mais les traces alimentant des doutes quant à leur intégrité existent. Le maire les a effectivement eues sous les yeux dans la lettre du DGEQ, qui a exigé que ces contributions illégales soient remboursées.

Sans commettre d'ingérence dans le recrutement et sans transgresser de règles de confidentialité, M. Sévigny aurait pu appeler à la prudence dans l'embauche d'ingénieurs locaux.

Au fait, qu'est-ce qui empêchait les ressources humaines de procéder discrètement aux mêmes vérifications que les journalistes ?

Des centaines de candidatures sont rejetées au tri chaque année par la Ville de Sherbrooke ou par d'autres employeurs, sans jamais que ceux-ci n'aient à se justifier.

La Ville n'aurait-elle pas pu se défendre d'une éventuelle plainte pour de discrimination à l'emploi - risque qu'a évoqué cette semaine le président du comité exécutif, Serge Paquin - en plaidant le devoir de protéger le lien de confiance du public ?

Juste vous rappeler que l'aveuglement volontaire est le motif ayant mené au congédiement d'une ancienne secrétaire-réceptionniste du cabinet de la mairie ayant fermé les yeux sur les activités illégales de son conjoint...

                                                                ***

Tant qu'à parler d'enflure politique, y'en a pas seulement à propos des prête-noms.

On nous présente la reconstruction de la piscine de Saint-Alphonse-de-Liguori ou la réfection de la rampe de mise à l'eau de la Plage-Municipale de Deauville comme une amélioration du réseau routier!

Si, si, ce sont des travaux comptabilisés dans « les 35 M$ qui seront investis dans environ 145 chantiers routiers », phrase que la Ville claironne dans chacun de ses communiqués hebdomadaires.

Les travaux de pavage qui seront effectués cette année s'élèvent plutôt à 13 M$.

Je ne suis ni ingénieur ni comptable, mais pas un canard du parc Blanchard non plus.

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