Trop de sacrifices

Le chef démissionnaire Pierre Karl Péladeau avait reçu... (Archives La Tribune, René Marquis)

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Le chef démissionnaire Pierre Karl Péladeau avait reçu un accueil enthousiaste d'un militant, Paul Dancause, lors d'un bain de foule au Carrefour de l'Estrie durant la campagne au leadership du Parti québécois. Son coordonnateur régional devenu depuis chef du PQ-Estrie, Philippe Pagé, l'accompagnait.

Archives La Tribune, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

CHRONIQUE / Les gens d'affaires sont souvent décrits comme des cartésiens dépourvus d'émotions dont le raisonnement ne repose que sur la logique. Pierre Karl Péladeau aura démontré tout le contraire lorsqu'il s'est lancé en politique autant qu'au moment d'en sortir.

En postulant pour devenir chef du Parti québécois et pilote d'un projet souverainiste pour le moins fissuré, M. Péladeau n'était pas sans savoir qu'il s'imposerait un rythme de vie endiablé.

Le couple qu'il formait avec Julie Snyder, une vedette carburant aux projets dans un univers trépidant et aussi exigeant que la politique, était de nature à compliquer les choses. L'arrivée des enfants survenue tardivement, alors que les carrières des deux étaient bien engagées, augmentait également le coefficient de difficulté.

C'était sans compter tous les autres compromis, dont le mur à ériger pour séparer le capital financier acquis et le capital politique à se constituer. Les conditions n'étaient pas gagnantes pour se rendre au bout du rêve.

Le chef démissionnaire est apparu à la télé aussi ébranlé et fragilisé que son ex-épouse la veille, lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle.

« Je suis consterné, décontenancé, c'est tellement soudain. Rien ne nous préparait à cela. C'est un choc difficile à encaisser », a réagi Philippe Pagé, jeune militant devenu président du PQ-Estrie après avoir coordonné en région la campagne au leadership de PKP.

« Quand j'ai entendu M. Péladeau exposer ses motivations familiales, j'ai revu la déception et l'émotion qui se lisaient sur son visage après sa rencontre avec Claude Laroche, qui n'a pu sauver l'entreprise familiale de transformation de viande qu'il voulait léguer à ses enfants, à Asbestos. On sentait chez M. Péladeau que l'entrepreneuriat lui tenait profondément à coeur. »

Les péquistes se retrouvent une fois de plus à la barrière de départ.

« M. Péladeau avait gagné en confiance. Les militants, aussi. Là, il faut remettre les compteurs à zéro alors qu'il reste à peine deux ans avant les prochaines élections. Je ne sais pas si le Parti québécois a neuf vies, mais on doit approcher de la neuvième », poursuit M. Pagé.

                                                                  ***

La politique défie souvent toute logique. Elle repose sur des convictions qui, dans certaines circonstances, ne font plus le poids dans la balance.

« Je ne veux surtout pas juger, ni M. Péladeau ni Mme Snyder. Je ne connais rien de leur relation et ça ne regarde qu'eux. Je comprends cependant leurs préoccupations à l'égard de leurs enfants, surtout que les deux sont des personnalités largement exposées au regard du public. Dans mon cas, sans Michèle, sans la complicité de mon épouse, je n'aurais jamais pu passer autant d'années en politique », livre l'ex-premier ministre Jean Charest qui est parvenu à concilier son rôle de père avec celui de chef politique.

Autant une personne doit suivre l'instinct qui la mène vers la politique, autant elle doit recentrer ses priorités vers ses proches ou vers elle-même lorsque la dualité ou la fatigue s'installe, dit Jean Charest.

C'est le conseil qu'il a récemment rappelé au ministre Luc Fortin, qui lui a succédé comme député libéral de Sherbrooke. Ce dernier est en congé pour cause de maladie.

« Luc a pris du mieux, il se sent prêt à revenir au travail. Je lui ai suggéré de ne rien précipiter. Les fins de session sont intenses à l'Assemblée nationale et je pense qu'il est mieux d'attendre la reprise des travaux parlementaires après l'été », considère l'ancien premier ministre.

En écoutant le bref point de presse Pierre Karl Péladeau, j'ai cru entendre le vétéran Jean Lapierre commenter cette sortie écorchée : « Mon premier passage politique a été un désastre sur le plan familial. Il a fini par un divorce. Après avoir quitté les enfants à la maison, je pleurais comme un veau jusqu'à Ottawa.

« Au fond, il y a deux moments pour faire de la politique : quand t'es jeune et que t'as rien à perdre ou quand t'es plus vieux et que t'as tout à donner », avait confié l'ex-chroniqueur à Esther Bégin quelques mois avant son décès, au cours d'une entrevue qu'il été possible de réentendre après l'accident d'avion lui ayant coûté la vie.

C'eut été une très bonne analyse de l'atterrissage d'urgence de Pierre Karl Péladeau.

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