La bombe à retardement

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Des investisseurs avaient réclamé des propriétaires de Jay Peak le remboursement d'une partie des sommes avancées pour la construction de l'hôtel Tram Haus Lodge.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Les millions ont coulé à flots au cours des dix dernières années à Jay Peak. Cette croissance nous a rendus envieux, de ce côté-ci de la frontière, étant donné que les stations touristiques estriennes ont connu un développement modeste au cours de la même période.

Ce succès a souvent été associé à un homme, Bill Stenger, le promoteur allumé qui était venu chercher chez nous l'idée d'un programme d'immigrant investisseur et qui avait su convaincre le gouvernement américain d'en faire un levier de développement dans les régions fragilisées, notamment le nord du Vermont.

M. Stenger m'avait raconté sa croisade de vive voix, en 2006, alors que je m'étais rendu à Jay et à Stowe, pour voir comment nos voisins américains étaient parvenus à encadrer le développement sur des terres publiques. L'Estrie était alors embourbée dans la saga du Mont-Orford.

Un hôtel neuf, un parc aquatique, un aréna, Jay a explosé avec des capitaux étrangers. Ceux-ci devaient également être la source de financement pour vivifier un autre centre de ski (Burke), développer la biotechnologie à Newport et financer l'expansion de l'aéroport, etc.

Pas moins de 350 M$ seraient entrés au Vermont via le programme EB-5, mais voilà que M. Stenger et son partenaire Ariel Quirios, un homme d'affaires vivant en Floride, se voient reprocher d'en avoir détourné une partie à leur profit. Ils devront répondre d'une fraude présumée de 200 M$.

L'affaire éclate aujourd'hui, mais elle couvait de longue date.

«Je suis dans le domaine. Notre entreprise pilote des dossiers avec EB-5 et je vous dirais que les premières mises en garde remontent à 2010. C'était une bombe à retardement. Il était évident que des gens allaient être bernés Je me souviens d'en avoir parlé ouvertement avec un répondant du programme qui était venu me rencontrer à Magog», soutient Richard Parenteau, qui pilote des dossiers d'immigration et d'investissements aux États-Unis depuis 20 ans.

L'attrait d'EB-5 pour les étrangers est l'obtention d'une carte de citoyenneté aux États-Unis (green card) en allongeant entre 500 000 et 1 000 000 $ US, argent servant de capital de risque. Le promoteur proposant des postulants doit faire la démonstration qu'au moins 10 emplois seront créés pour chaque tranche de 500 000 $ provenant d'EB-5.

Des signaux de fumée sont apparus publiquement, il y a deux ans, lorsque des investisseurs ont talonné MM. Stenger et Quirios, réclamant le remboursement d'une partie des sommes avancées pour la construction de l'hôtel Tram Haus Lodge.

«Quiconque est le moindrement attentif aux activités de Jay Peak voit bien que la station touristique ne génère pas les revenus pour promettre des remboursements» relève l'avocat Jean-Pierre Rancourt, qui vit à Newport.

Les journalistes américains avaient commencé à creuser, à soulever des doutes quant à des investissements dans des projets immobiliers à New York. Or, c'est l'une des utilisations illégales aujourd'hui reprochées à Ariel Quirios par la U.S. Securities and Exchange Commission.

En février, l'un des plus chauds partisans d'EB-5, le sénateur vermontois Patrick Leahy a admis devant un comité fédéral chargé d'évaluer les retombées économiques du programme qu'il fallait en revoir l'encadrement.

«Je demeure profondément convaincu de l'utilité d'EB-5 pour soutenir la création d'emplois dans les communautés défavorisées. Malheureusement, nous avons dévié de cet objectif. Il faut revoir les règles», a suggéré le sénateur démocrate, qui a déjà participé à des missions à l'étranger avec Bill Stenger pour recruter des immigrants investisseurs.

La fraude de Ponzi qui aurait été orchestrée par les propriétaires de Jay Peak atteint également le candidat à l'élection présidentielle Bernie Sanders. Un article paru jeudi dans la version électronique du magazine Forbes rappelait une déclaration de M. Sanders, à l'automne 2012, qui vantait les mérites de ce partenariat public-privé dans l'État qu'il représente au Sénat. Le gouverneur Peter Shumlin est également pris avec la patate chaude, ayant lui aussi pris part à des missions de recrutement en Asie.

«Des 50 centres régionaux administrant le programme EB-5, celui du Vermont est le seul qui relève de l'État. Les autorités vont devoir répondre de leur négligence. Ça ne se limitera pas qu'à des reproches publics, il y aura des recours judiciaires. Nous avons aidé des investisseurs floués à récupérer leur mise dans un cas de fraude à Chicago.

«Neuf investisseurs sur dix pour EB-5 sont recrutés en Chine. Pour ces gens, l'appui de politiciens est une caution morale, la garantie que le gouvernement veillera sur leur argent. C'est la perception que nous entendions en Chine lorsqu'il était question de Bill Stenger et de ses projets. La crédibilité du programme sera affectée», croit Richard Parenteau.

La station Jay Peak est big à côté des nôtres. Dites-vous qu'une tempête politique durant une année électorale est également pas mal plus big aux États-Unis qu'ici!

On recule l'horloge

Je vieillirai d'un an la semaine prochaine, de grâce ne m'en donnez pas deux ou trois de plus! C'est pourtant l'erreur que j'ai commise cette semaine en écrivant que «l'embryon de la CAQ à Sherbrooke», Gaston Stratford, était âgé de 70 ans alors qu'il n'en a que 67. On recule évidemment l'horloge pour lui redonner ses trois années...

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