La vigilance par séquence

Brusque retour de vacances pour Bernard Sévigny, qui... (Spectre Média, René Marquis)

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Brusque retour de vacances pour Bernard Sévigny, qui s'est retrouvé à devoir admettre que le financement illégal s'est bel et bien frayé un chemin au sein de son parti.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Le maire Bernard Sévigny est rentré de vacances avec le teint basané mais aussi avec les pieds mouillés, se retrouvant à devoir admettre que le financement illégal s'est bel et bien frayé un chemin dans son parti qu'il croyait pourtant étanche.

À ce qu'il paraît, l'infiltration par des prête-noms arrive aussi sournoisement que l'eau dans un sous-sol de bungalow.

« En 2009, nous devions veiller à ce que le donateur soit domicilié à Sherbrooke et que sa contribution soit payée par chèque. Ce sont les deux seuls éléments qui étaient sous notre contrôle. Il fallait se fier à la bonne foi du donateur. Nous n'avions donc aucune façon de relier une personne à une entreprise », s'est défendu le maire Sévigny.

C'est la preuve que le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) est parvenu à établir lors d'une enquête, au terme de laquelle un ex-patron du Groupe S.M., Jean Guité, a reconnu avoir orchestré quatre contributions illégales au profit du parti de M. Sévigny, le même nombre pour financer la campagne de son adversaire Hélène Gravel et six autres en faveur de François Godbout, qui était également impliqué cette année-là dans la campagne à la mairie.

Ces contributions sont arrivées tardivement, par l'intermédiaire d'employés du bureau sherbrookois de cette société d'ingénierie. Ceux-ci auraient tous été remboursés par leur employeur même si cela allait à l'encontre de la loi.

Ça prenait un front de boeuf pour continuer à agir de la sorte malgré le tapage de la Commission Gomery, qui avait fait ressortir ce stratagème au cours des précédentes années. Encore plus dans la circonscription de Sherbrooke, qui avait été le point de mire d'une enquête commandée par le DGEQ.

Rappelons qu'en 2006, l'ex-juge Jean Moisan avait eu à soupeser les allégations de Jean Brault, dont l'entreprise Groupaction a eu recours aux prête-noms pour financer le Parti québécois à hauteur de 96 000 $ et le Parti libéral du Québec pour 8300 $.

M. Brault avait également prétendu avoir reçu la commande de verser 50 000 $ de manière détournée à la campagne locale de l'ex-premier ministre Jean Charest, en 1998, par l'intermédiaire de représentants du Groupe Everest. L'ex-juge Moisan avait toutefois conclu que rien ne permettait d'établir qu'une pareille somme ait été versée au bénéfice de M. Charest ou de son organisation.

La surprise de Bernard Sévigny de s'être retrouvé dans cette spirale du financement occulte lors de sa première campagne à la mairie tient la route. Par contre, M. Sévigny n'a pas manifesté par la suite un très grand souci pour augmenter les mécanismes de protection afin d'éloigner les donateurs douteux de sa caisse électorale.

Le chef du Renouveau sherbrookois a été informé par le DGEQ de la malversation touchant son parti en mai 2014. Ça fera bientôt deux ans. Comme les donateurs ont maintenant l'obligation de dévoiler le nom de leur employeur, il lui aurait été simple de minimalement vérifier si les prête-noms de S.M. avaient récidivé ou si d'autres représentants de cette firme avaient cotisé à sa campagne de 2013.

M. Sévigny n'en a même pas eu le souci. Même en sachant que cette affaire finirait par rebondir sur la place publique.

« Moi, je ne suis pas un enquêteur. Je suis un chef de parti, un maire. J'ai d'autres choses à faire que de feuilleter des fiches. Ces gens ont-ils donné à la campagne? Je ne sais pas. Je n'ai pas vérifié ».

La mairie ne s'est pas davantage questionnée à savoir si la Ville devait envisager une forme de sanction pour ces gestes illégaux.

« Non. Pour l'attribution de contrats, les règles ont été largement renforcées. Est-ce que ces quatre contributions ont pu favoriser quelqu'un? Moi, je vous dis que non. Plusieurs personnes participent à l'appréciation des dossiers, autant chez les fonctionnaires qu'au comité exécutif et, par la suite, au conseil municipal. »

Je ne remets rien de cela en doute.

Je me permets quand même de vous rappeler les propos tenus par le maire Sévigny à l'automne 2011, à mi-chemin de son premier mandat :

« On ne finance pas les campagnes avec les prières. Par contre, tout est fait dans les règles de l'art et quand arrivera l'élection, je serai en mesure d'expliquer en toute transparence d'où provient l'argent... Plus serré que ça, on arrête de faire de la politique », m'avait-il lancé.

Quand la curiosité et la vigilance sont exercées seulement sous pression, par séquence, je n'en suis pas si sûr que cela.

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