L'ingérence et l'imputabilité

Sherbrooke Innopole a demandé et obtenu du conseil... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Sherbrooke Innopole a demandé et obtenu du conseil municipal une bonification substantielle des crédits de taxes qui seront offerts à compter de cette semaine afin de stimuler les investissements manufacturiers. Ces derniers mois, la Ville avait déjà révisé à la baisse le prix de vente de ses terrains industriels afin d'être plus concurrentielle.

Spectre Média, Jessica Garneau

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Le fabricant d'armoires NAC Systems et sa cinquantaine d'employés quitteront le parc industriel de Sherbrooke. L'entreprise a trouvé à Cookshire des installations parfaitement adaptées à ses besoins dans l'ancienne usine de Frabritec, une compagnie qui oeuvre dans le même domaine et qui a consolidé ses opérations à Bromont.

Un jour, une communauté gagne des emplois. Le lendemain, elle en perd.

Ce cas est d'ailleurs un bon exemple pour l'illustrer. Même après avoir tout tenté, les autorités municipales de Cookshire avaient dû faire leur deuil des emplois des Industries Bonair, en 1991, après l'incendie qui avait complètement détruit la chaîne d'assemblage de roulottes qui occupait le site où s'installera NAC. Les opérations de Bonair ont repris à Thetford Mines.

À ce jeu d'itinérance, Cookshire-Eaton a aussi perdu des entreprises au profit de Sherbrooke, rappelle d'autre part le maire de cette municipalité, Noël Landry, en citant le cas de Balances Dodier.

« Nous ne courtisons pas les entreprises de nos voisins. Par contre, nous offrons aux gens qui frappent à notre porte le meilleur accompagnement possible », souligne-t-il.

Outre l'avantage du bâtiment adapté, Cookshire-Eaton a consenti des incitatifs fiscaux à ses nouveaux citoyens corporatifs, qui bénéficieront d'un crédit de taxes de 100 pour cent en 2016. Ce rabais sera de 50 pour cent pour 2017 et 2018 et de 25 pour cent au cours des deux années subséquentes.

La mesure est passée sous le radar, mais Sherbrooke vient de bonifier de façon substantielle son offre de « cadeaux ». Avis a été donné lors d'une récente séance du conseil municipal que Sherbrooke Innopole pourra offrir à compter du 7 avril un crédit de taxes foncières de 100 pour cent sur une période de 10 ans, pour la construction d'un nouveau bâtiment ou la relocalisation d'une industrie entraînant la construction d'un nouveau bâtiment. Pour un projet d'agrandissement, de modification ou de modernisation d'un immeuble, le crédit applicable sera équivalent à 100 pour cent sur 5 ans.

Ces nouveaux avantages sont accordés spécifiquement aux industries manufacturières. Ils sont deux fois plus généreux que ceux offerts, par exemple, aux centres touristiques et dont le Grand Times Hotel de Sherbrooke a bénéficié en s'installant sur les rives du lac des Nations.

Rappelons qu'au cours des derniers mois, la Ville a également révisé à la baisse le prix de vente de ses terrains industriels et instauré des frais fixes pour le raccordement aux infrastructures municipales afin de stimuler les investissements.

En même temps qu'elle perd un joueur, Sherbrooke s'ajuste pour être plus agressive dans la bataille pour les emplois manufacturiers.

La direction de Sherbrooke Innopole n'était donc pas dépourvue d'arguments pour rivaliser avec Cookshire-Eaton dans le dossier de NAC Systems. Il faut évidemment souhaiter des résultats plus positifs dans la vive bataille s'annonçant avec Drummondville, Magog, Windsor et même Plattsburgh, dans l'État de New York, qui courtise l'entreprise sherbrookoise Motrec. Celle-ci prévoit doubler la superficie de ses installations.

Dans les circonstances, je conçois parfaitement que Sherbrooke Innopole n'ait pu retenir le fabricant d'armoires qui trouve mieux ailleurs. Un aspect m'a par contre titillé dans les explications fournies cette semaine par sa directrice générale, Josée Fortin.

« Le maire n'a pas rencontré la direction de NAC Systems, car il ne s'ingère pas dans nos opérations courantes », a indiqué Mme Fortin en spécifiant que « lorsqu'une intervention du maire est nécessaire ou souhaitable dans un dossier particulier, il collabore toujours activement avec nous ».

De l'ingérence possible de la part d'un maire?

Bernard Sévigny n'a marché dans les plates-bandes de personne en recevant dans son bureau les dirigeants de Costco, intéressés à construire un nouveau magasin sur le plateau Saint-Joseph. C'était sa job.

De la même façon, osons croire que ce n'est pas seulement pour venir en renfort à Sherbrooke Innopole que M. Sévigny a fait de l'aéroport sa priorité en matière de développement économique. Faudrait pas mélanger ingérence et imputabilité.

Celui qui vend sa salade économique en campagne électorale et qui nous rendra des comptes dans un an et demi, c'est le maire. Je ne suis sûrement pas le seul Sherbrookois à souhaiter que la mairie soit plus qu'un comptoir de dépannage.

En passant, monsieur le maire, même si la direction de Sherbrooke Innopole vous avait convaincu qu'il n'y avait plus rien à faire pour retenir NAC Systems, un appel au président n'aurait pas été de l'ingérence ou de l'énergie perdue. C'eut été une manifestation d'intérêt et un geste de courtoisie.

La considération n'est jamais de la duplication dans le développement des affaires...

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