Les blindés dans la mire

Le contrat de ventes de véhicules blindés à... (Archives, La Presse)

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Le contrat de ventes de véhicules blindés à l'Arabie saoudite a pourchassé le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, encore cette semaine. La controverse a ramené le cas de Raif Badawi dans l'actualité.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / On n'entend pratiquement plus parler du blogueur Raif Badawi. Trop peu, doivent d'ailleurs s'inquiéter son épouse Ensaf Haidar et ses trois enfants devenus Sherbrookois.

J'y reviens parce que le ministre des Affaires extérieures du Canada, Stéphane Dion, s'est une fois de plus retrouvé sur la corde raide cette semaine après avoir essuyé les reproches de Louise Arbour, qui a siégé à la Cour suprême du Canada et qui a occupé le poste de haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.

Le Canada refuserait de livrer des blindés à la monarchie saoudienne que d'autres pays s'empresseraient de le faire, a notamment invoqué le ministre Dion sur une tribune de l'Université d'Ottawa.

« Ce sont des arguments très très faibles. Avec cela, on pourrait excuser les pires comportements », a sursauté l'ex-juge Arbour, qui a plutôt suggéré au gouvernement fédéral d'utiliser ce contrat controversé pour tenter d'améliorer le sort de M. Badawi.

Une voix crédible s'ajoutant à plusieurs autres, dont celle de l'ex-ministre libéral Loyd Axworthy, qui a déjà occupé les mêmes fonctions que M. Dion et pour qui il est temps que le Canada cesse de livrer des armes à ce régime autoritaire.

La caution des autorités canadiennes n'est pas seulement morale, elle comporte des aspects légaux. La commande de 15 milliards n'a pas été passée directement au fabricant General Dynamics Lands Systems du Canada, qui produit ces blindés en Ontario.

Ce contrat militaire, comme les autres, a transité par la Corporation Commerciale Canadienne (CCC), une société d'État facilitant « la coopération internationale en matière d'approvisionnement de défense entre le Canada, ses alliés et les pays d'optique commune ».

La CCC est un prolongement des alliances militaires de la Seconde Guerre mondiale. Sa création remonte à 1946 et son mandat initial a été d'appuyer le processus de reconstruction de l'Europe. Figurent parmi nos premières contributions, l'envoi de 23 700 chevaux et des pièces détachées pour véhicules d'une valeur de 4 M $. Rappelons-nous que les industries manufacturières de Sherbrooke, comme celles de tout le pays, avaient préalablement participé à « l'effort de guerre » des Alliés.

Les faits saillants recensés à l'onglet Réalisations et Historique de la CCC s'arrêtent à la vente, en 2013, de 24 blindés à la Colombie également pour le compte de General Dynamics. Il n'est aucunement fait mention dans cette rubrique du contrat avec l'Arabie saoudite.

C'est pourtant avec exubérance que son président, Ray Castelli, l'avait qualifié d'historique dans le rapport d'activités 2013-2014.

« Il s'agit là d'une réalisation véritablement extraordinaire pour le pays, et je ne saurais être plus fier de cet accomplissement monumental pour la Corporation », jubilait M. Castelli.

Ce ne sont pas les mots du PDG d'une compagnie privée, mais bien du patron d'une agence gouvernementale fédérale!

Le ministre Stéphane Dion a prétendu encore cette semaine que l'annulation du contrat des blindés entraînerait des « amendes salées ». Il n'a toutefois pas chiffré ce que ces pénalités pourraient représenter.

La Corporation commerciale canadienne a refusé de fournir ces informations aux membres du collectif « Opération droits blindés », qui les avaient demandés. Ce groupe vient de s'adresser à la Cour fédérale pour tenter de bloquer les livraisons militaires promises aux Saoudiens sous prétexte qu'elles contreviendraient à la Loi sur les licences d'exportation et d'importation en vigueur au Canada ainsi qu'à la Loi sur les conventions de Genève.

« Selon le ministre Dion, le gouvernement fédéral appuie sa position sur des convictions responsables alors qu'il s'agit plutôt d'actions totalement irresponsables », prétend Daniel Turp, le professeur de l'Université de Montréal qui a entrepris ces procédures judiciaires avec un groupe de ses étudiants en droit international.

Ce n'est pas demain la veille qu'un jugement définitif sera rendu dans cette affaire complexe. Au terme du processus, il n'est pas dit non plus qu'un blocage judiciaire aiderait la cause de Raif Badawi, car une pareille décision risquerait d'irriter au plus haut point le gouvernement saoudien.

« Nous n'agissons pas à l'encontre des intérêts de M. Badawi et des membres de sa famille. Les considérations vont bien au-delà de cela. Un État ne peut pas faire fi de ses propres lois. Le Canada ne doit plus envoyer d'armes dans un pays qui bafoue les droits individuels et qui est susceptible de les utiliser contre des civils. Les représentations du Parlement européen vont en ce sens, un recours similaire au nôtre est entrepris en Grande-Bretagne, de combien d'exemples le ministre Dion a-t-il besoin avant d'admettre que le Canada doit être fidèle à ses valeurs », soulève le professeur Turp, un ex-député bloquiste.

Avec à peine 500 signataires dans tout le pays, la pétition en faveur de Raif Badawi ayant été initiée par le député de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault ne lève pas. Les blindés sont devenus le point de mire.

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