Déficit d'attention

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La pile de documents que le ministère des Finances avait produite en prévision du discours du budget du ministre Carlos Leitão n'a pas fait le poids, mardi, par rapport à l'impact de la frappe de l'UPAC qui mènera notamment l'ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau devant les tribunaux.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / À entendre le ministre des Finances, les Québécois ont de quoi être rassurés : leur « maison a été remise en ordre ».

L'équilibre budgétaire a été atteint au cours de l'exercice financier qui s'achève, le gouvernement enchaîne avec second budget sans déficit et l'objectif passe le test de la planification quinquennale, a soutenu le ministre Carlos Leitão.

Toutefois, la révision à la baisse des prévisions de revenus autonomes pour 2015-2016 et pour les deux années à venir, représentant des pertes de 873 M$, ainsi que la faiblesse de la croissance de l'emploi pondèrent quelque peu cet optimisme. La relance est encore bien fragile.

L'élan que le gouvernement Couillard souhaitait donner à son Plan économique pour mettre en valeur le retour à l'équilibre budgétaire a par ailleurs été freiné par le déficit d'attention qu'a provoqué la frappe de l'UPAC, qui mènera notamment l'ancienne vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau devant les tribunaux. En fait, la commotion provoquée par cette nouvelle a carrément relégué le budget au second plan.

Chez les libéraux, c'est un très mauvais souvenir. Ça ne pouvait pas plus mal tomber. C'est comme si la moisissure dans l'octroi des contrats publics avait percé la poche d'argent à distribuer pour assainir l'air des écoles.

Des intentions de rénovation en éducation, il y en a pour 700 M$. Dans les artifices des annonces budgétaires, notez que nous sommes passés des engagements qu'il fallait décaler dans le temps - faute de moyens pour les assumer - aux chiffres mirobolants qu'il faut diviser par trois ou par cinq pour en évaluer les effets immédiats.

Les dépenses en immobilisations projetées dans les écoles sont sur trois ans. Tout comme d'ailleurs, les 500 M$ alloués afin d'augmenter le financement des opérations. Les établissements du primaire et du secondaire ont 109 M$ à se partager cette année alors que 55 M$ seront ajoutés dans l'enseignement supérieur. Celui-ci avait essuyé des compressions de 75 M $ seulement l'an dernier.

Il n'y a rien là-dedans s'apparentant à un réinvestissement massif. Une brise de dos est cependant préférable à un vent de face.

Le ministre Leitão a glissé subtilement durant son allocution budgétaire que 400 de ces 700 millions « correspondent à des enveloppes déjà prévues mais non encore affectées, qui sont attribuées à l'éducation ».

Cette priorisation s'annonce de courte durée si l'on fie au Programme québécois des infrastructures (PQI). L'éducation accaparera 16 pour cent des investissements totaux l'an prochain, mais seulement 10 pour cent du PQI durant la période 2016-2026.

La proportion de 7,5 pour cent allouée cette année aux cégeps et universités doit cependant être maintenue, selon cette planification à long terme.

« Les 600 000 $ que l'Université de Sherbrooke se voit accorder pendant cinq ans pour la stratégie Innovation, Partenariat, Entrepreneuriat n'est pas la mer à boire. C'est le message qui compte pour nous. Le gouvernement appuie notre démarche au même titre que la Ville l'a fait. Ça devrait faciliter nos approches auprès des partenaires privés », croit d'autre part le vice-recteur aux relations gouvernementales de l'UdeS, Alain Webster.

« Les sommes prévues à cet effet seront pourvues à même le Fonds de suppléance », peut-on lire dans les documents budgétaires. Ah bon! Une précision strictement technique m'a toutefois indiqué un porte-parole du ministère des Finances.

Si vous nous croyez sortis de l'enlisement parce que nous sommes au déficit zéro, détrompez-vous. Le gouvernement a beau prétendre, en se référant au PIB réel par habitant, que les Québécois se sont enrichis davantage que leurs voisins ontariens entre 2007-2015, le poids de notre dette collective pèse toujours autant.

À 55 pour cent, le poids de la dette brute en fonction du PIB est identique à ce qu'il était au début des années '2000 ou encore lorsque le ministre péquiste Nicolas Marceau en avait aussi fait un cheval de bataille de son budget, au printemps 2013.

Et cela, c'est en calculant l'apport du Fonds des générations. Autrement, ça nous reculerait au niveau d'endettement de 1998, à l'époque où les parlementaires québécois avaient convenu que le niveau d'endettement des Québécois commandait l'adoption d'une loi condamnant les gouvernements à l'équilibre budgétaire en dehors des situations exceptionnelles.

Le Québec arrivera à la fin du mois de mars avec un surplus technique de 1,4 milliard réalisé au cours des 12 derniers mois. On prévoit un excédent des revenus sur les dépenses de 2 milliards en 2016-2017.

Prudemment, le gouvernement provincial a choisi d'affecter la totalité de ces 3 milliards et demi à la dette. Parfaitement d'accord. Les baisses d'impôts plus marquées peuvent attendre.

Nos finances publiques sont un peu plus saines, mais encore loin d'être ce qu'on veut qu'elles deviennent.

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