Voyage à Percé

Le ministre des Finances, Carlo Leitão, sortira le... (Archives, La Presse)

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Le ministre des Finances, Carlo Leitão, sortira le porte-voix du guide qui annonce aux voyageurs qu'ils sont enfin rendus à destination. Comme lorsqu'on arrive dans la baie de Percé.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / J'ai fait mes valises pour Québec avec l'impression de partir pour Gaspé.

Je savais que Gaspé n'était pas à la porte, qu'on ne faisait pas l'aller-retour la même journée, mais je n'avais pas réalisé que c'était une trotte de 900 kilomètres. Ajoutez-en 60 pour voir le rocher Percé.

Se rendre au bout de la péninsule gaspésienne n'est pas une sinécure mais à ce qu'y paraît, une fois rendu, c'est ben beau. À condition de ne pas être parmi les malchanceux qui y débarquent dans un brouillard qui stagne pendant trois jours et à travers lequel vous ne voyez que la pancarte « Bienvenue à Percé ».

J'assisterai aujourd'hui au huis clos budgétaire à Québec et je présume que le ministre des Finances, Carlo Leitão, sortira le porte-voix du guide qui annonce aux voyageurs qu'ils sont enfin rendus à destination étant donné que le Québec atteint le déficit zéro.

Le grand argentier de la province rappellera sans doute que d'immenses obstacles se dressaient devant nous. Le trajet a été long, la route aussi sinueuse que la 132 qui longe au sud le littoral du Saint-Laurent et, malgré cela, il reste un peu de carburant dans le réservoir. Y'aura même des surplus, célèbrera M. Leitão.

Je nous vois devant le rocher Percé, oubliant que l'on vient de se taper onze heures consécutives de route, ébahis par ces immenses falaises abruptes plantées dans l'océan, stupéfaits par le travail inlassable de la mer ayant réussi à creuser un zéro dedans, dans la colonne de droite en plus, comme si on devait cette sculpture à un comptable.

Il est vrai que le rocher Percé est une oeuvre colossale et je ne serais pas surpris d'entendre le ministre Leitão utiliser le même qualificatif pour son budget. Rome n'a pas été bâtie en une seule journée et le redressement des finances publiques du Québec ne s'est pas fait non plus en claquant des doigts. Ce fut un travail de longue haleine.

C'est un bel accomplissement collectif, sauf que le déficit zéro n'est qu'une carte postale, une image photoshoppée d'une seule étape du voyage.

Il ne faut effectivement pas oublier que nous sommes parvenus à l'équilibre budgétaire en coupant des bains à des personnes qui ne sont pas autonomes, en chronométrant le temps du personnel affecté aux soins à domicile, en plumant les services de soutien dans les écoles, etc.

J'entendais cette semaine à la télé le cri du coeur d'une mère courageuse mais épuisée : les médecins font des miracles en sauvant les enfants de naissances compliquées, mais les parents sont ensuite laissés à eux-mêmes.

Une fois, deux fois, trois fois, ça peut paraître des cas isolés. Lorsque ce genre de témoignages se multiplie, cela démontre d'évidentes trouées dans le soutien collectif assuré par l'État.

Lorsque le vérificateur mandaté par le gouvernement afin d'examiner la gestion des centres de protection de la jeunesse établit un lieu entre « fugue et fuite de financement et des compétences », ce n'est pas une lecture émotive manquant d'objectivité.

Les répercussions des compressions budgétaires remontent d'ailleurs à la surface les unes après les autres et ces brèches ne seront pas nécessairement colmatées parce que le Québec cessera d'accumuler les déficits.

Y'a eu plusieurs bancs de brouillard sur la route de l'austérité. Bien que souhaitable et nécessaire, le retour à l'équilibre budgétaire n'est pas une preuve en soi que le Québec est maintenant mieux structuré, mieux organisé. Tout cela reste à être démontré.

J'avais fait mes bagages pour Québec pensant partir pour Gaspé. J'ai finalement laissé mes valises à la maison. J'ai décidé de faire l'aller-retour. Deux heures de route, c'est rien. Ça représente à peine la distance que le Québec a parcourue sur le chemin de la prospérité à brasser des services et des structures pour concilier des chiffres dans un bilan comptable.

Je vous reviens demain avec des observations sur le budget.

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