À grands coups de pelle dans le passé

L'ancien quartier général de CHARMES a été rasé... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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L'ancien quartier général de CHARMES a été rasé pour faire place à un spa urbain en bordure de la rivière Magog. Par devoir de mémoire, il aurait été de mise que la Ville explique comment elle entend veiller à ce que ce développement se fasse avec une sensibilité environnementale particulièrement aiguisée.

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / J'ai assisté à des dizaines d'annonces liées au développement de Cité des rivières. Probablement davantage, même.

Remise de chèque, lancement de travaux, inauguration d'un nouveau sentier ou d'une passerelle, ces annonces ont toujours été teintées d'un certain fla-fla politique pour marquer le progrès.

Le maire Bernard Sévigny a d'ailleurs assisté à une conférence de presse de ce genre, jeudi matin, pour se réjouir qu'un développement résidentiel vienne enfin chasser le souvenir de l'ancien complexe du Relais Saint-François, qui était en décrépitude le long de l'autoroute 410.

Au même moment, la machinerie lourde faisait disparaître banalement à grands coups de pelle l'ancien édifice de CHARMES, en bordure de la rivière Magog. Les travaux d'aménagement de terrain sont également commencés en prévision de la construction du spa urbain qui verra le jour à cet endroit.

Rappelons que la Ville a obtenu 1,2 M$ pour ce terrain, vendu avec la bande riveraine sur laquelle s'appliquera toutefois une servitude de conservation et de non-construction d'une largeur de dix mètres.

Me semble qu'il aurait été opportun que l'administration municipale soit de mèche avec les promoteurs et que les deux s'entendent pour sortir la «pelle en or» des grandes occasions afin de fournir l'assurance aux Sherbrookois que la modernité va s'emparer de ce terrain avec une sensibilité particulièrement aiguisée. Le devoir de mémoire le suggérait du moins.

Depuis que la corporation CHARMES a été fondue dans un nouvel organigramme municipal, on a perdu de vue sa mission fondamentale. Cet organisme a été durant plus de 30 ans la conscience environnementale des Sherbrookois.

«Nous avions un siècle d'ignorance et d'insouciance à rattraper dans la protection et la mise en valeur de nos cours d'eau», retrace-t-on dans les mémoires des pionniers ayant lancé en 1975 le Comité d'hygiène et d'aménagement de la rivière Magog (CHARM).

L'état de santé de ce cours d'eau était alors lamentable. On peine à croire qu'il ait déjà été la source d'approvisionnement en eau potable des Sherbrookois.

Il n'a fallu que quelques années avant que l'organisme n'élargisse son rayon d'action. Deux lettres ont été ajoutées à l'acronyme devenu (CHARMES) avec le mandat de veiller aussi sur la rivière Saint-François.

Nombre de bénévoles et d'élus municipaux se sont succédé au conseil d'administration de CHARMES durant ces décennies, tous habités par le même souci de vigilance et la préoccupation de faire évoluer les consciences.

C'eut été une délicatesse en même temps qu'une belle marque de reconnaissance de la part des autorités en place de mettre en valeur ce travail de longue haleine et d'expliquer aux citoyens comment le développement de cette propriété symbolique sera encadré.

En plus des travaux de démolition effectués à quelques mètres seulement de la rive, une pelle hydraulique a procédé à l'enlèvement du pavé sur la voie cyclable qui longeait la rivière et qui contourne maintenant le site, en parallèle sur la rue Roy.

J'ai contacté la Ville hier pour savoir quelles mesures de mitigation avaient été convenues avec le promoteur afin de réduire les impacts environnementaux de ces travaux.

On m'a référé à quelques articles du règlement 312, prévoyant des mesures d'atténuation générales. On m'a également expliqué qu'un canal a été creusé perpendiculairement à la rivière afin d'amoindrir les effets du ruissellement sur les sols dénudés. L'eau de surface passerait à travers une trappe à sédiments avec berne filtrante avant d'être rejetée en milieu naturel sous le pont Jacques-Cartier.

Je veux bien croire.

C'eut été par contre plus clair et pas mal convaincant si les autorités municipales avaient eu le souci de nous présenter ce projet comme un cas type encadré selon le code de valeurs dont nous avons hérité à travers l'oeuvre de CHARMES. Un code de valeurs qui cadre avec nos investissements de plusieurs dizaines de millions autour du lac des Nations.

La façon routinière de faire à la Ville donne plutôt à penser que ce ne fut qu'une transaction et un dossier parmi d'autres.

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