Le puits de l'intelligence

Michel St-Pierre, le citoyen de l'arrondissement de Lennoxville... (Archives, La Tribune)

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Michel St-Pierre, le citoyen de l'arrondissement de Lennoxville qui avait réclamé et obtenu la sauvegarde de l'étang Watson comme régulateur naturel, avait invoqué des considérations esthétiques que la Ville de Sherbrooke fait siennes aujourd'hui dans son nouveau guide d'aménagement des bassins de rétention des eaux pluviales.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Y'a pas plus aride et plus technique qu'un guide sur l'aménagement de bassins de rétention des eaux pluviales, ces eaux qui ruissellent de nos jours à une vitesse vertigineuse à cause du déboisement et dont les risques sont amplifiés par les changements climatiques.

Le guide que la Ville de Sherbrooke vient de produire à l'intention des promoteurs marque cependant des avancées avec des considérations « d'intégration urbaine réussie » que les autorités municipales n'ont pas toujours eues dans le passé.

Avant de s'apercevoir qu'on pouvait concevoir des bassins de rétention esthétiques en même temps que pratiques, Sherbrooke ne se préoccupait que de capter l'eau et d'éviter qu'on puisse s'approche de ces soupapes de sécurité. La Ville a ainsi multiplié les horreurs dans de nouveaux quartiers résidentiels.

Pour s'en convaincre, on n'a qu'à se référer aux photos reproduites dans les documents d'analyse produits à l'intention des élus et déposés lundi soir lors de la séance du conseil municipal. Les comparaisons entre les enclos empierrés et clôturés servant de bassins de rétention à Sherbrooke et les aménagements nettement plus raffinés effectués dans d'autres villes québécoises démontrent que notre capitale se proclamant verte et innovante n'avait vraiment pas de quoi pavoiser !

Juste vous rappeler d'ailleurs qu'il y a à peine cinq ans, la Ville et la direction régionale du ministère de l'Environnement suggéraient de vider l'étang Watson !

Un certificat autorisant le remblayage de cette mare de la taille de cinq terrains à construire avait effectivement été émis pour prolonger la rue Watson, dans l'arrondissement de Lennoxville, sous prétexte que « l'étang n'avait qu'une faible valeur écologique étant donné qu'il n'abritait aucune espèces vulnérables ou menacées, et qu'il n'avait pas non plus de lien hydraulique avec un autre cours d'eau ».

On peut pourtant y circuler en pédalo !

Un voisin, Michel St-Pierre, avait vivement protesté dans une chronique que j'avais intitulée « La mare des contradictions ». Invoquant des facteurs esthétiques, M. St-Pierre avait farouchement défendu ce havre de paix en faisant valoir qu'il ne pouvait être sacrifié puisqu'en plus de son utilité comme drain naturel, il constituait un espace vert aménagé à peu de frais. Ses prétentions avaient été appuyées par d'autres citoyens.

Cinq ans après que ces pressions eurent forcé la Ville à revoir son plan de lotissement afin de protéger l'étang Watson, nous voici à boire collectivement au puits de l'intelligence :

«Il faut s'attarder sérieusement à l'implantation et à l'aménagement des bassins de rétention afin d'en faire des composantes urbaines participant à la qualité de vide des citoyens», se fixent comme objectif les autorités sherbrookoises dans leur nouveau guide d'aménagement.

«En voyant l'orientation prise par la Ville, je n'ai pu faire autrement que de penser à l'étang Watson, moi aussi. Il faut se réjouir que les points de vue des citoyens soient pris en compte et que la Ville veuille les intégrer à ses pratiques », commente le président de l'arrondissement de Lennoxville, David Price.

La configuration de l'étang Watson n'a pas été modifiée. Cette cuvette n'est pas un bassin de rétention parfait. Mais elle joue tout de même le rôle de régulateur qu'on attend d'elle.

La Ville a voulu se montrer prudente dans le passé en imposant que les bassins de rétention soient systématiquement clôturés. Cette obligation sera levée. Les accumulations d'eau n'y sont que de courte durée et il existe des moyens de créer des écrans végétaux pour éviter que des accidents impliquant de jeunes enfants ne se produisent.

Les parcs urbains comme le parc Jacques-Cartier ou l'étang Howard ne sont ne sont d'ailleurs pas clôturés. Les corridors récréatifs non plus, et il serait excessif d'exiger une protection complète partout.

Il faut se préoccuper de sécurité, mais c'est un risque qui peut être géré autrement qu'avec d'affreux carcans métalliques. La Ville partagera dorénavant les coûts d'aménagement avec les promoteurs. Le coup d'oeil amélioré préservera la valeur des propriétés voisines et, par le fait même, la base fiscale municipale.

Ce n'est pas une grande révolution, sauf que les jours où la bureaucratie desserre son emprise sur nos vies sont des bouffées d'air frais !

Inspirez. Relâchez. C'est un moment zen.

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